Geisha 芸者


Une « Geisha » (芸者), plus souvent appelée « Geiko » (芸妓) à « Kyōto » (京都), est une artiste et une dame de compagnie, qui consacre sa vie à la pratique artistique raffinée des arts traditionnels japonais pour des prestations d’accompagnement et de divertissement, pour une clientèle très aisée. Elle cultive le raffinement artistique dans divers domaines tels que l’habillement en « Kimono » (着物), la musique classique, la danse, les rapports sociaux et la conversation, des jeux… Le mot « Geisha » peut s’interpréter comme « personne d’arts » ou « femme qui excelle dans le métier de l’art ». Les Geishas étaient nombreuses aux XVIIIe et XIXe siècles. Elles existent encore dans le Japon contemporain bien que leur nombre soit en constante diminution : estimé à 17 000 dans les années 1980, il n’est plus que d’environ 200 de nos jours, principalement à Kyōto dans le quartier de « Gion » (祇園). Cependant, grâce à une meilleure communication sur les activités des Geishas, notamment par la télévision et Internet, le nombre d’apprenties (« Maikos »/舞妓) a connu récemment une nette augmentation. L’institution multi-séculaire des Geishas entretient un rapport étroit et complexe avec le phénomène de prostitution, entre idéalisation de leur rôle et de leurs activités, et réalités historiques et sociales. Il est toutefois certain que l’octroi de faveurs sexuelles par la Geisha à son client n’a jamais été entendu comme systématique ou allant de soi.

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Le mot Geisha se compose de deux caractères signifiant « art » (芸/ »Gei ») et « personne/pratiquant » (者/ »Sha »); une Geisha est donc littéralement une « personne qui pratique les arts ». Dans le dialecte de Kyōto, elles sont dénommées « Geikos » (芸妓) et leurs apprenties, « Maikos » (舞妓). Dans d’autres régions du Japon, notamment à « Tōkyo » (東京), on pourra utiliser les termes de « Hangyoku » (半玉) ou « Oshakusan » (御酌) pour désigner les jeunes filles en apprentissage, et appartiennent au « Monde des fleurs et des saules » (花柳界/ »Karyūkai »). Selon « Mineko Iwasaki » (岩崎 峰子), une Geisha doit avoir la délicatesse d’une fleur ainsi que la force et la souplesse d’un saule. Celles spécialisées dans la danse ou le jeu d’un instrument à vent ou de percussion, plus jolies, étaient appelées « Tachikatas » (立方/ »personne debout »), celles spécialisées dans le chant ou le jeu d’un instrument à corde « Jikatas » (地方/ »personne assise »), les secondes étant considérées comme les accompagnatrices des premières.

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L’ouverture des « maisons de thé » (お茶屋/ »Ochaya ») dans les quartiers de plaisirs en 1712 marque le début du métier de Geisha. Ces dernières sont le résultat de l’évolution des « Taikomochi » (太鼓持) ou « Hōkan » (幇間), équivalents au Japon des bouffons du Moyen Âge en Europe. Ainsi, les premiers Geishas étaient des hommes, dont le travail était principalement de divertir, par des chants et de la musique, les clients des maisons de thé. Au début de leur intégration aux Geishas, dans les années 1750, les femmes étaient appelées « Onna Geisha » (女芸者/littéralement : « femme Geisha »), ou « Geiko » (芸妓) à Kyōto. Elles devinrent rapidement plus nombreuses que les hommes, qui prirent le nom « d’Otoko Geisha » (男芸者/ »homme Geisha ») pour se différencier des femmes. À partir de 1800, toutes les Geishas étaient des femmes. En 1779, le gouvernement japonais officialisa ce métier et créa un bureau d’enregistrement (検番/ »Kenban »), destiné à les recenser et à faire respecter la loi. Celle-ci indiquait que seules les prostituées patentées pouvaient avoir des relations sexuelles avec leurs clients, et pas les Geishas. En 1842, la « réforme Tenpo » (天保の改革) proscrivit la prostitution et fit fermer les quartiers de plaisirs, mais ceux-ci rouvrirent en 1851. En 1886, afin de garder le contrôle sur les activités des Geishas, le gouvernement fixa un tarif officiel pour leurs activités. Jusqu’au début du XXe siècle, les Geishas étaient considérées comme à la pointe de la mode, à tel point qu’avec l’occidentalisation du Japon dans les années 1920-1930, on en vit apparaître s’habillant et dansant à l’occidentale, surnommées « Dansu Geisha » (ダンス芸者).

Mais beaucoup d’entre elles s’opposèrent à cette modernisation et se posèrent en gardiennes de la tradition japonaise, ce qui est toujours le cas actuellement. En 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fit fermer les quartiers de plaisir et envoya les Geishas travailler en usine pour soutenir l’effort de guerre. Le 25 octobre 1945, les quartiers de plaisir rouvrirent. L’interdiction totale de la prostitution en 1957 démarqua définitivement les Geishas des prostituées. À la même époque, de nouvelles lois sur le travail des enfants et la scolarité obligatoire interdirent aux filles de devenir Maiko avant quinze ans. En 1965, la « Kyōto dentō gigei shinkō zaidan » (京都伝統伎芸振興財団/ littéralement « Fondation pour le développement des arts et musiques traditionnels de Kyōto ») dénombrait à Kyōto 65 Maikos, chiffre qui chuta ensuite jusqu’à 28 en 1975, avant de remonter et se stabiliser à une moyenne de 60 dans les années 1990. Ces dernières années, on observe un engouement nouveau pour la profession de Geisha au Japon, avec pour la première fois en avril 2008 plus de 100 Maikos (101 exactement) dans les 5 « hanamachi » (花街/ »quartiers des Geishas ») de Kyōto. Il semblerait que cet engouement soit notamment dû au nombre grandissant d’informations disponibles sur ce métier : livres, reportages et documentaires télévisés, mais aussi blogs et sites web personnels de Maikos ou de Geishas.

Kyōto est traditionnellement la ville des Geishas, c’est dans cette ville que les premières Geishas ont fait leur apparition. De nos jours, c’est dans cette ville qu’elles sont les plus nombreuses. Le vêtement porté par celles-ci est le « Kimono » (着物) de soie décolleté dans le dos, surnommé « obebe no kimono » (着物のおべべ) dans le dialecte de Kyōto. Les couleurs du kimono se choisissent selon la saison, mais aussi selon l’âge de celle qui le porte : les jeunes femmes portent des couleurs vives tandis que les geishas de plus de trente ans choisissent des couleurs plus discrètes. Le kimono est plus ou moins épais selon la saison : celui d’été, « Ro » (絽), est en simple gaze de soie; le kimono d’automne ou « Hitoe » (単衣) est en soie non doublée. Enfin, le kimono d’hiver, « Awase » (袷), est doublé de crêpe. il est noué dans le dos par une large ceinture de soie, nommée « Obi » (帯/おび). Ce dernier se noue différemment selon l’âge de la Geisha : les femmes mûres le portent en « nœud de tambour » (太鼓結び/ »Taiko Musubi »), mais les Maikos le portent « en traîne » (だらり帯/ « darari obi »), avec un nœud qui remonte jusqu’aux omoplates, le bout de l’Obi traînant presque par terre. Un tel nœud nécessite une étoffe de plusieurs mètres de long. Ce nœud dans le dos distingue les Geishas des « Oiran » (花魁) et autres prostituées, qui nouaient leur obi sur le devant pour pouvoir l’enlever et le remettre plusieurs fois au cours d’une soirée. Enfiler un Kimono et nouer un Obi est une opération complexe, d’autant plus que, les kimonos étant tous de la même longueur quelle que soit la taille de la porteuse, il est généralement nécessaire de replier le tissu de celui-ci sous l’Obi, sauf pour une Geisha très grande. C’est pourquoi les Geishas font souvent appel aux services d’un « habilleur professionnel ». Les kimonos sont fabriqués et peints à la main, ce qui les rend très chers : entre 5000 et 6 000 euros pour un bon kimono. En dehors des kimonos « ordinaires », les Geishas portent le « Kurotomesode » (黒留袖) pour les cérémonies importantes, noir et orné des cinq « Kamons » (家紋/blasons) de leur « Okiya » (置き屋/ »maison de Geisha »). En guise de sous-vêtements, les geishas portent un « Koshimaki » (腰巻) ou « couvre-hanches », une simple bande de tissu fin enroulée autour des hanches, puis une combinaison.

Cette combinaison doit être en harmonie avec les couleurs du kimono, car elle apparaît en deux endroits : au niveau des chevilles quand la geisha relève son kimono pour marcher, et au niveau du col. Ce col est traditionnellement cousu chaque matin à la combinaison choisie par la geisha, puis décousu le soir pour être lavé. Il est rouge, couleur associée à l’enfance, pour les Maikos, et blanc pour les Geishas confirmées. Ces dernières portent aux pieds des « Tabis » (足袋/ »chaussettes ») et des « Getas » (下駄/ »sandales de bois »). Bien souvent le maquillage que l’on associe aux Geishas est en réalité celui des Maiko. La distinction entre les deux réside dans le port du rouge à lèvres. Si les Geishas ont les lèvres entièrement teinte, il ne s’agit chez les Maikos que de la lèvre inférieure. Le visage est entièrement fardé de blanc, par-dessus une couche d’huile appelée « bintsuke-abura » (鬢付け油). Le maquillage est étalé à l’aide d’une brosse de bambou, puis l’excédent est tamponné avec une éponge. Autrefois, ce maquillage contenait du plomb, si bien que beaucoup d’anciennes Geishas souffraient de maladies et de problèmes de peau. De nos jours, il est à base de poudre de riz. La nuque est également maquillée de blanc, en laissant apparaître une partie de la peau. Les joues, les yeux et les lèvres sont maquillés de rose et de rouge. Les sourcils et le contour des yeux sont tracés avec un bâtonnet de charbon de « paulownia » (泡桐), ou avec du « khôl ». La bouche peut être entièrement teintée de rouge, mais beaucoup de Maikos maquillent uniquement leur lèvre inférieure, de façon à avoir un air boudeur. Le maquillage est une opération délicate, et les Maikos se font souvent aider par leur « okâsan » (おかあさん/ »mère ») ou par une maquilleuse lorsqu’elles débutent; Par la suite, elles doivent apprendre à faire leur maquillage elles-mêmes. Au fur et à mesure de leur carrière, elles en diminuent la quantité; les Geishas de plus de trente ans ne portent quasiment plus de maquillage, sinon dans les grandes occasions.

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Les coiffures des Geishas sont des chignons traditionnels réalisés chez un coiffeur spécialisé et doivent tenir une semaine. Afin de ne pas aplatir leur coiffure, les Geishas doivent dormir sur un « repose-nuque » appelé « takamakura » (高枕). Les chignons nécessitant de tirer beaucoup sur les cheveux au sommet du crâne, beaucoup d’anciennes Geishas ont une calvitie. Cela tend à disparaître de nos jours, d’une part parce que les Maikos débutent plus tard qu’avant, et d’autre part parce que certaines Geishas utilisent des perruques. La coiffure typique des Maikos est dite en « pêche fendue »; Il s’agit d’un chignon divisé en deux et au milieu duquel apparaît une étoffe de soie : autrefois rouge puis blanc une fois la virginité de la Geisha perdue. Les plus âgées portent d’autres types de chignon comme le « Marumage » (丸髷). Ceux-ci sont ornés de peignes, ainsi que d’épingles à cheveux nommées « Kanzashi » (簪).

La structure d’un Okiya, maison de Geisha, s’apparente à une structure familiale, où la patronne est appelée okāsan, « mère », et où les Geishas plus âgées sont considérées comme les grandes sœurs des plus jeunes. Les Okiyas, auxquelles étaient généralement vendues les Geishas, percevaient alors la majeure partie de leur salaire, jusqu’au remboursement total de leur dette. Un Okiya se transmet par succession. L’une des geishas de la maison est désignée comme « l’héritière » (跡取り/ »Atotori ») : il peut s’agir soit d’une fille naturelle de l’Okāsan, soit d’une Geisha talentueuse adoptée par la maison. En tant qu’héritière, ses gains se confondent avec ceux de son Okiya, et elle est censée devenir la prochaine Okāsan. De nos jours, les jeunes filles ont le choix entre deux modes de vie : soit elles vivent dans un Okiya, qui leur fournit un logement et des Kimonos mais perçoit une partie de leurs gains en échange, soit elles sont indépendantes : elles vivent alors dans leur propre logement, et doivent financer elles-mêmes leurs vêtements et leur équipement, mais elles conservent la quasi-totalité de leurs gains. Elles restent cependant rattachées à l’Okiya, qui leur sert « d’agence de rendez-vous » et qui perçoit une petite commission en échange. Qu’elles soient indépendantes ou non, la vie des Geishas est partagée avec tout le Hanamachi : à chaque occasion importante, elle en fait le tour et annonce la nouvelle aux patrons des maisons de thé en leur offrant de la nourriture ou des cadeaux. Généralement, une cérémonie a également lieu dans la maison de thé habituelle de la Geisha. Elles forment souvent de véritables « lignées ». En effet, chaque jeune fille désirant devenir Geisha doit pour cela se trouver une « grande sœur », elle-même Geisha confirmée et plus âgée qu’elle, qui lui enseigne le métier, l’emmène à ses rendez-vous, et touche en contrepartie un pourcentage des gains de sa « petite sœur » durant l’apprentissage.

La « grande sœur » et la « petite sœur » se lient lors d’une cérémonie appelée « san san ku do » (さんさんくど), au cours de laquelle elles boivent trois gorgées dans trois coupes de saké. Cette cérémonie est également un moment clé du mariage traditionnel japonais, elle symbolise la création d’un lien entre deux personnes. La « petite sœur » se choisit à ce moment un nom de Geisha, sur les conseils de son Oneesan. Elle prend généralement un nom dont la racine est la même que celui de sa « grande soeur » : ainsi, la petite sœur d’une Geisha nommée « Ichiume » pourra prendre le nom de « Ichigiku ». Une Geisha, pour augmenter ses gains ou devenir indépendante, a besoin d’un protecteur, nommé « Danna » (旦那), un homme riche qui lui fait divers cadeaux, ce qui ne le dispense pas de payer les prestations de la Geisha au tarif normal. Elle et son Danna se lient au cours d’une cérémonie analogue au san san ku do. Autrefois, la notion de Danna impliquait que la Geisha ait des relations sexuelles avec son protecteur, même si ce n’était jamais dit officiellement; Ce dernier était d’ailleurs souvent choisi non pas par la Geisha elle-même, mais par l’Okiya, en fonction de sa richesse et de son prestige. Il est possible qu’une Geisha ait des relations plus ou moins suivies avec des hommes qu’elle a rencontrés, mais ces relations sont généralement discrètes, car la réputation d’une Okiya pâtirait du mauvais comportement de celles-ci. Les Geishas sont censées être célibataires, et celles qui se marient abandonnent leur métier. Celles qui mettent un terme à leur carrière organisent une cérémonie d’adieu, le « hiki-iwai » (引き祝い), au cours de laquelle elles offrent du riz bouilli à leur Oneesan et à leur Okāsan.

Les geishas étaient traditionnellement entraînées depuis leur petite enfance. Les jeunes filles étaient vendues par les familles pauvres aux Okiyas, qui se chargeaient de les élever et d’assurer leur éducation. Durant leur enfance, elles travaillaient comme bonnes, puis comme assistantes dans les maisons de Geishas pour contribuer à leur entraînement mais aussi pour assurer le remboursement de la dette contractée pour le coût de leur éducation qui est souvent élevé. En particulier, la plus jeune fille de l’Okiya avait pour tâche de veiller à l’entrée et d’accueillir les Geishas qui revenaient de leurs rendez-vous. C’est une forme d’entraînement traditionnel au Japon et qui perdure encore aujourd’hui, dans laquelle l’étudiant vit chez son maître, l’aide, le regarde pratiquer, l’assiste et exécute les tâches ménagères. Cet entraînement dure souvent plusieurs années. Elles commençaient dès leur plus jeune âge à pratiquer un vaste éventail d’arts. La tradition japonaise veut que les enfants qui pratiquent les arts commencent « le sixième jour du sixième mois de leur sixième année », mais il arrivait que les futures Geishas commencent plus tôt. La formation des Geishas inclut la pratique de plusieurs instruments de musique : le « Shamisen » (三味線), instrument à trois cordes typique des Geishas, mais aussi la flûte japonaise ainsi que différents tambours traditionnels : le « Tsutsumi » (鼓) qui se tient sur l’épaule, « l’Okawa » (大鼓) sur les cuisses, et enfin le « Taiko » (太鼓), le plus grand, que la Geisha pose à côté d’elle et frappe avec une baguette. À noter que les airs de Shamisen ne sont généralement pas inscrits sur des partitions, et les Geishas les apprennent à l’oreille. Elles étudient également le « Chanoyu » (茶の湯/ »cérémonie du thé »), « l’Ikebana » (生け花/ »composition florale »), la poésie et la littérature japonaise. La danse traditionnelle est étudiée par toutes les Geishas afin d’obtenir un port gracieux et une démarche élégante, mais seules les Geishas les plus belles et les plus douées sont encouragées à se spécialiser dans cet art. Pour leur apprentissage, elles traversent une plus ou moins longue période (d’au moins un an) au cours de laquelle elles suivent et observent leur « grande sœur ». Elles n’ont alors pas de clients, mais participent aux fêtes le soir, et vont à l’école la journée. Cette période, qui dure quelques mois de nos jours, est appelée « Minarai » (見習い), ce qui signifie « apprendre par l’observation ». Les très jeunes filles sont alors appelées « Shikomiko » (仕込妓/ »apprenties-Geishas »). En regardant et assistant leurs aînées, elles apprennent le « Kitsuke » (着付/ »port du Kimono »), l’art de la conversation, différents jeux (par exemple le jeu de celui qui boira le plus, avec un client), et l’art de divertir. Une fois devenues apprenties, elles accompagnent des Geishas dans les maisons de thé, aux réceptions et banquets. Durant cette période, leur Oneesan se charge de leur transmettre sa propre expérience, en échange de quoi elle perçoit un pourcentage des gains de sa « petite sœur ».

Cette méthode d’entraînement persiste encore aujourd’hui mais elle est raccourcie, étant donné que la majeure partie des Geishas le deviennent à la fin de l’adolescence. La formation d’une Geisha se termine officiellement lors de la cérémonie dite du « changement de col » (襟替え/ »Erikae »), où elle remplace son col rouge de Maiko par le col blanc des Geishas confirmées. La tradition veut que la Maiko soit mise aux enchères lorsqu’elle est jugée digne de devenir une Geisha à part entière. À « l’époque Edo » (江戸時代), leur virginité était vendue au plus offrant vers l’âge de 14 ans. Vers les années 1950, la pratique est toujours vivace mais les enchères ne commencent que lorsque la Maiko a fêté ses 18 ans. Leur virginité n’a pas de prix et atteint souvent des sommes tellement importantes que seuls de grands industriels peuvent se les offrir. Le prestige en rejaillit sur leur firme. Ces « Dannas » richissimes, qui n’achètent pas que « la première nuit » (水揚げ/ »Mizuage »), mais un ensemble de nuits s’étendant parfois sur plus d’une année. Souvent mariés par ailleurs, ils achètent, en fait, l’admiration de leurs pairs et n’ont pas toujours de relations sexuelles avec la Maikos. Aujourd’hui, les Geishas n’entrent plus dans les Okiyas dès leur enfance. Devenir une Geisha est désormais un acte entièrement volontaire, qui se fait souvent à dix-sept ou dix-huit ans. L’apprentissage reste néanmoins long et difficile; Cependant, les Geishas étant de plus en plus difficiles à recruter, les apprenties sont chouchoutées par leurs aînées, ce qui contraste avec l’époque où leur travail était volontairement difficile, voire épuisant, pour s’assurer de leur obéissance.

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Le travail principal des Geishas est de participer aux banquets nommés « Zashikis » (座敷). Ceux-ci ont généralement lieu dans les maisons de thé ou les « restaurants traditionnels » (料亭/ »ryōtei »), mais peuvent également se dérouler dans des salons privés ou chez des particuliers. Les Geishas ont pour rôle de divertir leurs clients; Selon le client et les circonstances, ce peut être en dansant et en jouant des airs traditionnels, ou simplement en discutant et en jouant à divers jeux de société. Les Zashikis ne sont pas ouverts à n’importe quels clients. Il faut connaître le « Geisha Asobi » (芸者遊び), l’art de se divertir en compagnie des Geishas, et aussi être un client solvable. En effet, les Zashikis sont payés sur facture, après le banquet, par les clients au restaurant, qui paye les honoraires des Geishas au « kenban » (けんばん), qui se charge de répartir l’argent entre les Geishas ayant participé. Si les clients tardent à payer, voire ne payent pas du tout, le restaurant doit payer lui-même les honoraires des Geishas; C’est pourquoi beaucoup de restaurants ou « d’Ochayas » (お茶屋/ »salons de thé ») ne sont ouverts qu’aux habitués ou aux personnes recommandées par leurs habitués. Les honoraires des Geishas portent le nom poétique de « O-hana » (お花) ou « Hanadai » (花代), « argent-fleur ». Ils sont proportionnels au temps que passe la Geisha au Zashiki. Une Maiko n’encaisse qu’un demi-hanadai là où une geisha confirmée en reçoit un entier.

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Les Geishas danseuses se produisent lors de festivals de danse. Les plus célèbres, à Kyōto, sont le « Kamogawa Odori » (鴨川をどり/ »danse du fleuve Kamo ») à Ponto-chô, et le « Miyako Odori » (都をどり/ »danse de la capitale ») à Gion. Le Miyako Odori a débuté à l’occasion de l’Exposition Universelle de Kyōto en 1871. Le Kamogawa Odori a débuté en 1872, et depuis, il a lieu tous les ans en mai et en octobre; Il n’a été interrompu qu’en 1945, au moment de la fermeture des Okiyas pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors de ces festivals, les Geishas donnent des représentations de danse traditionnelle, mais aussi de théâtre « kabuki » (歌舞伎), en particulier pour le Kamogawa Odori. Les Geishas ne sont pas payées pour leurs représentations dans les festivals. Au contraire, elles dépensent souvent beaucoup pour les financer, et vont parfois même jusqu’à s’endetter. Cela est dû au fait que pour une « Odoriko » (踊り子/ »Geisha danseuse »), participer à un festival est une marque de prestige importante. Pour cette raison, les Geishas qui participent aux festivals de danse ne sont pas des débutantes, elles ont souvent au moins trente ans. Tōkyō est la seconde ville la plus importante en matière de nombre de Geishas. La capitale du Japon possède elle aussi ses Hanamachis, dont les plus renommés sont « Shinbashi » (新橋), « Asakusa » (浅草), « Mukōjima » (向島), « Kagurazaka » (神楽坂) et « Akasaka » (赤坂), ce dernier étant le Hanamachi le plus cher et le plus renommé de Tōkyō; Il abrite, comme à Kyōto, un festival de danse annuel nommé « Azuma Odori » (東をどり). À Tōkyō, le terme associé aux Geishas est « Gyoku » (玉/ »bijou/pierre précieuse ») plutôt que « hana » (花/ »fleur »). Leurs honoraires sont surnommés « argent-bijou » (玉代/ »gyokudai »); De même, les apprenties Geishas de Tōkyō sont appelées « hangyoku » (半玉), ce qui signifie « demi-bijou » car, comme à Kyōto, elles ne perçoivent que la moitié des honoraires d’une Geisha confirmée, donc un demi-gyokudai. Les jeunes filles de Tōkyō ne décident généralement pas de devenir Geishas avant dix-huit ans, alors qu’à Kyōto, elles commencent à dix-sept ans (les lois sur le travail des enfants interdisent de commencer plus tôt). De plus, la période d’apprentissage est très réduite, et les Hangyoku ne le restent généralement que quelques mois à un an et demi. Contrairement à ce qui se passe à Kyōto, il est courant que les Geishas de Tōkyō vivent en dehors de leur Hanamachi. Elles sont rattachées à un Okiya comme le demande la loi, mais ce dernier ne leur sert que d’agence de rendez-vous, et de vestiaire où elles stockent leurs kimonos.

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Les Geishas de province sont parfois surnommées « chihō » (地方/littéralement « province »). On les trouve principalement dans les lieux touristiques ou de villégiature. En 1975 et 1976, « Liza Dalby », une anthropologue américaine, suit de près des Geishas dans leur activité à Kyōto, au point d’y participer également, sans toutefois avoir suivi la formation adéquate ni faire partie d’un Okiya. En 1983 elle publie « Geisha » basé sur son travail de recherche de thèse qui est adapté pour la télévision en 1986 sous le titre de « American Geisha ». Elle est consultante pour le film « Mémoires d’une geisha » sorti en 2005. En décembre 2007, le quartier d’Asakusa de Tokyo a vu les débuts de « Sayuki » (沙雪), la première Geisha occidentale dans l’histoire du Japon. Sayuki, de son vrai nom « Fiona Graham », est une anthropologue australienne devenue Geisha à la suite d’un projet universitaire. Cependant, depuis juin 2011, Sayuki ne fait plus partie de l’association officielle des Geishas d’Asakusa, mais continue néanmoins de faire des banquets à Tokyo. Selon une geisha membre de l’association, elle aurait refusé de suivre les leçons normalement imposées, devenant hystérique lorsque lui était refusé le droit de pratiquer devant des clients, par manque de formation. D’après « Peter Mac Intosh », un réalisateur de documentaires qui a étudié le monde des Geishas pendant 18 ans, Fiona Graham n’agit pas comme une geisha.

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Les Geishas et prostituées étaient historiquement cloisonnées dans les mêmes quartiers. Au sein du « karyukai », « monde des fleurs et des saules », qui désigne le quartier des plaisirs, ces deux catégories bien particulières de femmes se rencontraient et parfois même se côtoyaient au sein d’une même maison de thé. Au XIXe siècle il pouvait ainsi arriver qu’une maison de thé propose, en plus d’une mise à disposition de ses Geishas pour un Zashiki, les services nocturnes d’une prostituée, elle aussi rattachée à la maison. En période de crises, il n’était pas rare de voir des Geishas de moindre classe se prostituer. Cependant cela n’était pas dénué de conséquence, et bien souvent la Geisha ne pouvait espérer par la suite retrouver une position honorable, après avoir cédé ouvertement à la prostitution. La méprise entre ces deux métiers, principalement en Occident, s’explique également par la relation particulière qu’entretiennent les Geishas avec leur mécène. À l’instar des artistes occidentaux, pour subvenir aux besoins onéreux de leurs coiffures et kimonos, les geishas usent du mécénat. Un mécénat qui s’exprime par une forme toute particulière qui se retrouve dans le don de pourboires exorbitants par leurs clients les plus fidèles. Si aucun ne bénéficie de faveur particulière, il en va cependant différemment pour l’homme que choisit de prendre pour Danna la geisha. Il doit subvenir à l’ensemble de ses besoins, par le cadeaux d’onéreux costumes, l’achat si elle est danseuse de la majeure partie des billets de ses spectacles, la mise à disposition d’un logement et plus simplement d’une rente couvrant les frais de coiffures, autant que ceux de l’habilleur et de ses vêtements. Si être Danna se révèle le plus onéreux des investissements, il apporte au porteur de ce statut une importance sociale et un prestige auprès des siens. La Geisha, en échange, lui accorde toute son attention, le privilégie dans le choix de ses Zashiki et offrait, autrefois, à lui seul ses faveurs sexuelles.

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Les Geishas des villes thermales japonaises ou « Onsens » (温泉), des lieux de détente où l’ambiance est globalement plus légère que dans les villes, étaient souvent plus sollicitées sexuellement, en particulier pour le jeu de la « petite rivière », où les danseuses relevaient progressivement leur kimono comme pour traverser une rivière de plus en plus profonde. Elles avaient ainsi moins bonne réputation. De nos jours, cette pratique a disparu. Avec l’ouverture du Japon au reste du monde au XIXe siècle, les occidentaux au Japon découvrent ces femmes et se font parfois abuser par des prostituées maquillées en geisha, notamment dans les Onsens. Le terme « Onsen Geisha » (温泉芸者) est ainsi utilisé comme euphémisme en japonais pour désigner ces prostituées se faisant passer pour des geishas.

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DuiLian 對聯


Dans la poésie chinoise, un « couplet » (對聯/ »DuiLian ») est une paire de lignes de poésie qui adhèrent à certaines règles. En dehors des poèmes, ils sont généralement visibles sur les côtés des portes menant aux maisons ou sous forme de rouleaux suspendus dans un intérieur. Bien que souvent appelés « couplets antithétiques », ils peuvent mieux être décrits comme une forme écrite de « contrepoint ». Les deux lignes ont une correspondance « un-à-un » dans leur longueur métrique, et chaque paire doit trouver sa correspondance sonore. Un couplet est idéalement profond mais concis, en utilisant un caractère par mot dans le style chinois classique. Le « Couplet de Printemps » (春聯/ »ChunLian »), utilisé comme décoration de nouvel an, exprime des pensées de bonheur et d’espoir pour l’année à venir. Il comporte généralement sept caractères, sur deux côtés du cadre de la porte, dont le contenu est lié au printemps. Les règles lexicales et tonales sont toujours respectées, mais pas strictement. Parfois, en même temps, un rouleau horizontal de quatre à cinq caractères est pendu sur la traverse de la porte. Son contenu se rapporte principalement sur la beauté de la nature, le patriotisme de la Chine et le désir d’un avenir splendide.

Un DuiLian doit respecter les règles suivantes :

  • Les deux lignes doivent avoir respectivement le même nombre de caractères.
  • La catégorie lexicale de chaque caractère doit être la même que le caractère correspondant.
  • La tonalité d’une ligne doit être l’inverse de l’autre. Cela signifie généralement que si un caractère a un « ton de niveau » (平聲), celui de son caractère correspondant dans l’autre ligne doit être « oblique » (仄聲).
  • Le dernier caractère de la première ligne devrait être d’un « ton oblique », ce qui force le dernier caractère de la deuxième ligne à être de « niveau ».
  • Les significations des deux lignes doivent être liées, chaque paire de caractères correspondants ayant également des significations connexes.

Originaires des « Cinq Dynasties » (五代), et particulièrement florissants sous les dynasties « Ming » (明朝) et « Qing » (清朝), les couplets ont une histoire de plus de mille ans et restent un aspect durable de la culture chinoise. Souvent, les couplets sont écrits sur du papier rouge et collés sur les murs. Parfois, ils sont gravés sur des plaques de bois pour un affichage plus permanent. Les « couplets de duel » sont un passe-temps populaire avec des locuteurs chinois, un jeu de dextérité verbale et intellectuelle, d’esprit et de vitesse qui partage certains parallèles avec les « douzaines ». Le « HuiChun » (揮春) est une décoration traditionnelle fréquemment utilisée durant le « Nouvel An chinois » (農曆新年). Les gens les mettent sur les portes pour créer une atmosphère festive jubilatoire puisque les phrases y figurant signifient la bonne chance et la prospérité. Habituellement, le HuiChun est écrit à la main, mais pour des raisons de commodité, les versions imprimées sont produites en série de nos jours, de forme carrée ou rectangulaire. Il peut être suspendu verticalement ou horizontalement. Non seulement il existe en Chine, mais aussi en Corée, au Japon et au Vietnam.

Idiome condensé en un seul caractère (招財進寶/ »Attirez les richesses, faites entrer les trésors »).

Le HuiChun a pour originaire le « TaoFu » (桃符), talisman qui, jadis, était réalisé en bois de pêcher, réputé magique. Ce type de charme est un long morceau de bois d’environ sept à huit pouces de long et un peu plus d’un pouce de large. Selon la légende, il y avait un pêcher dans la mer de Chine orientale qui était la porte par laquelle les fantômes passaient pour traverser le monde souterrain vers le monde des vivants. « ShenTu » (神荼) et « YuLei » (鬱壘), divinités gardiennes de cette porte, étaient chargés de monter la garde devant celle-ci. Les fantômes voyageant dans notre dimension pendant la nuit devaient impérativement retourner dans le monde souterrain avant le petit matin, sous peine de rester prisonniers ici-bas. On croyait que les deux dieux pouvaient dissiper tous les démons qui nuisaient aux humains pendant la nuit. Les gens utilisaient donc le bois de pêcher pour fabriquer deux marionnettes à leur effigie et les suspendaient à l’entrée de leur maison afin de protéger leur famille. Puis, dès la « dynastie Han » (漢朝), les gens trouvèrent difficile et laborieux de fabriquer ces amulettes, alors ils les simplifièrent par deux planches en bois de pêcher sur lesquelles ils dessinèrent ou gravèrent le portrait des divinités.

Talisman en bois de pêcher (« TaoFu »/桃符) représentant « ShenTu » (神荼) et « YuLei » (鬱壘), « Dieux des Portes » (門神).

Plus tard, les gens  écrivirent simplement leurs noms sur des morceaux de bois de pêcher et les accrochèrent des deux côtés de la porte. Autour de la « dynastie Tang » (唐朝), les gens du peuple n’écrivaient plus seulement les noms des dieux, mais ajoutaient quelques bénédictions pour symboliser la bonne fortune et exprimer leurs espoirs et leurs meilleurs vœux pour la nouvelle année. Depuis la « dynastie Ming » (明朝), les morceaux de bois de pêcher ont été remplacés par des papiers de couleur rouge vif de forme carrée, sur lesquels des idéogrammes noirs ou ors sont calligraphiés au pinceau. Semblable à la couleur du feu, la couleur rouge a été choisie pour effrayer la légendaire et féroce bête « Nian » (年獸), qui mangeait les récoltes des villageois, le bétail et même les villageois eux-mêmes à la veille de la nouvelle année. Dans les temps anciens, le HuiChun était fait de « papier Xuan » (宣紙), également appelé « papier de riz », sa texture fine et douce permettant une expression artistique vivante et dynamique en calligraphie chinoise. En cette ère de technologie, les citadins écrivent rarement leur propre HuiChun. Au lieu de cela, ils les achètent dans les magasins de papeterie ou les centres commerciaux où une grande diversité de styles est offerte.

La commercialisation de HuiChun peut être vue lorsque des personnages animés sont utilisés pour attirer les enfants alors que la décoration scintillante est utilisée pour attirer les adultes. De plus, le matériau employé n’est plus limité au simple papier. Il peut être fait de tissu, de plastique ou de carton épais. Néanmoins, la pratique de l’écriture HuiChun se poursuit dans les zones traditionnelles, en particulier dans les villages fortifiés, faisant ainsi perdurer cet art. Parmis les types de HuiChun les plus courants, ont trouve le « DouFang » (斗方), carré dont les angles indiquent les quatre points cardinaux. En raison de l’espace limité, ce type de HuiChun affiche seulement un caractère tel que « Chun » (春/ »printemps »), « Man » (滿/ »plein ») et « Fu » (福/ »bonheur »).  Ce dernier est toujours accroché à l’envers sur le centre de la porte. La raison expliquant cela est liée à l’homonymie des mots mandarins « inversé » (倒/ »dao ») et « arrivée » (到/ »dao ») suggérant l’arrivée du bonheur et de la bonne fortune. Les « mots combinés », caractère unique mais inexistant dans le dictionnaire chinois, regroupant plusieurs caractères, sont également communément utilisés.

Caractère « Fu » (福) inversé.

Le « ChunTiao » (春條) est un rectangle vertical ou horizontal qui porte deux ou quatre caractères chinois. Les phrases auspicieuses sont exprimées en fonction de divers contextes. Par exemple, « GongXi FaCai » (恭喜發財) est une phrase omniprésente qui veut que les gens deviennent riches afin de pouvoir les voir en toute occasion. En ce qui concerne le lieu de travail, « CaiYuan GunGun » (財源滾滾/ »La marchandise va tourner comme une roue ») est un terme qui suggère la prospérité. À la maison, « NianNian YouYu » (年年有餘/ »surplus année après année ») exprime l’excédent de possessions familiales à la fin de l’année. Les enfants collent généralement « XueYe JinBu » (學業進步/ »Progrès dans les études ») sur les portes de leurs chambres en espérant une position plus élevée lors de la prochaine année scolaire, alors que les personnes âgées pendent « LongMa JingShen » (龍馬精神/ « Vitalité du dragon et du cheval ») afin de conjurer les maladies.

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Sakra 帝釋


« Sakra » (शक्र/ »DiShi ZunTian » [帝釋尊天] en chinois/ »Taishakuten » [帝釈天] en japonais), dont le nom complet est « Śakro devānām indraḥ », est une divinité dérivée de l’ancienne tradition védique indienne et seigneur des « trente-trois cieux » (三十三天/ »Trāyastriṃśa »), l’un des six mondes célestes du « Royaume du désir » (欲界天) de la cosmologie bouddhiste. Le Trāyastriṃśa se situe au sommet du « Mont Sumeru » (須彌山), centre polaire du monde physique, autour duquel tournent le Soleil et la Lune. Il est le plus élevé des cieux en contact direct avec la Terre. Comme les autres divinités de ce paradis, Śakra vit très longtemps, mais reste mortel. Quand un Śakra meurt, sa place est prise par une autre divinité qui devient le nouveau Śakra. Des histoires bouddhiques à propos de divinité se trouvent dans les « Jātaka » (जातक/本生/ »vies antérieures du Bouddha ») et dans plusieurs « sutras » (經), en particulier dans le « Samyutta Nikāya » (雜阿含經). Sakra est marié à « Sujā », fille du chef des « Asuras » (असुर/阿修羅), Vemacitrin (毗摩質多羅). Le terme « Śakra » est le nom propre et non une épithète de cette divinité, à l’inverse « d’Indra » (इन्द्र/因陀羅), terme parfois utilisé pour désigner Sakra, au sens de « Seigneur ». Dans la tradition chinoise, il est assimilé à « l’Empereur de jade » (玉皇大帝), appelé généralement le « Vieux Seigneur du Ciel » (老天爺) par le peuple.

« Sakra » (大帝釋尊天).

Dans l’art bouddhiste, Sakra est souvent représenté avec « Brahma » (梵天/le dieu créateur dans la tradition védique) rendant hommage au Bouddha. Ils sont souvent représentés lui donnant son premier bain à sa naissance, et lui demandant de leur délivrer ses enseignements au nom d’autres êtres sensibles, et l’escortant lors de ses voyages vers/depuis les royaumes célestes pour enseigner le « Dharma » (法/ »Loi bouddhiste »).  En raison de l’interprétation bouddhiste chinoise et de l’identification de Sakra avec l’Empereur de Jade, l’anniversaire de Sakra est également célébré le même jour que ce dernier. Il convient de noter à nouveau que les bouddhistes n’adorent ni ne vénèrent les dieux eux- mêmes, parce que ceux-ci ne sont pas des êtres illuminés. Du point de vue du bouddhisme, la vénération ou la prise de refuge spirituel sous les dieux et les esprits ordinaires est inappropriée parce que les bouddhistes ne suivent que des êtres éveillés comme les bouddhas et les « bodhisattvas » (菩薩). Cependant, il est considéré comme acceptable et propre à offrir des actions de grâces aux dieux qui donnent leur soutien et protègent la loi bouddhiste. Par conséquent, les adeptes de la tradition bouddhiste chinoise conduisent généralement une cérémonie appelée « faire des offrandes aux Bouddhas et observer un jeûne pour rendre hommage aux dieux » (供佛齋天). Celle-ci vise à remercier et honorer « 24 divinités célestes » (二十諸天), dont Sakra et Brahma, pour leur rôle en tant que « Dharmapalas » (護法神/ »Protecteurs du Dharma »), dont voici la liste :

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Carré mandarin 補子


Un « carré mandarin » (補子) était un grand insigne brodé et cousu sur la robe des fonctionnaires en Chine impériale, en Corée et au Vietnam. Il était orné d’animaux ou d’oiseaux, indiquant le grade et la fonction du dignitaire qui l’arborait. Les carrés de mandarin furent autorisés pour la première fois en 1391, pendant la « dynastie Ming » (明朝). L’utilisation de carrés représentant des oiseaux pour des fonctionnaires civils et des animaux pour des fonctionnaires militaires était une excroissance de l’utilisation de carrés semblables, à usage décoratif, sous la « dynastie des Yuan » (元朝).

Les normes concernant le port codifié des robes de cour sous les Ming furent publiées en 1368, mais ne furent pas référence aux carrés brodés en tant qu’insignes de rang. Ceux-ci continuèrent à être utilisés sous les « Qing » (清朝), jusqu’à ce que le système impérial soit aboli en 1912. Les nobles et les fonctionnaires Ming portaient cette étoffe sur des robes rouges dont le motif s’étendait d’un côté à l’autre du vêtement, recouvrant complètement la poitrine et le dos, impliquant que l’insigne soit légèrement trapézoïdale, avec les sommets plus étroits que ceux de la base. Sous les Ming, le statut social ne se référait jamais au nombre d’animaux ou d’oiseaux apparaissant sur les carrés brodés. Au début, ces derniers étaient souvent représentés par paires, en plein vol, sur fond de nuages, ou d’autres variantes ne montraient qu’un seul oiseau au sol (voir exemple en dessous).

Une différence notable existait entre les styles de carrés mandarins Ming et Qing : ceux des Qing étaient plus petits avec une bordure décorative, et bien que que la symbolique des oiseaux et des animaux n’aient que peu changé au cours de l’histoire, la conception des insignes brodés a subi une évolution presque continuelle. Selon le rang, les nobles de cette période portaient leurs vêtements officiels respectifs. Les princes, y compris de rang « Qin Wang » (親王/de premier rang) et « Jun wang » (郡王/de second rang), portaient quotidiennement des robes noires, par opposition aux robes bleues de juges, et avaient quatre motifs circulaires de dragons à cinq griffes, dont un sur chaque épaule, et deux autres sur le devant et le dos de leur robe, contrairement à la conception esthétique habituelle. Les « BeiLe » (貝勒) et les « BeiZi » (貝子), princes de rang inférieur, avaient sur leurs vêtements officiels un motif circulaire de dragons à quatre griffes appelés « Grands Serpents » (巨蟒). Les ducs, les généraux, les marquis et les comtes, avaient deux dragons à quatre griffes, tandis que les vicomtes et les barons avaient des grues et des faisans dorés comme pour les mandarins de premier et second rang.

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Les Trois Astres du Bonheur, de la Prospérité et de la Longévité 福祿壽三星


« Les Trois Astres » (三星) sont des divinités chinoises composées de « L’Étoile du Bonheur » (福星), « L’Étoile de la Prospérité » (祿星) et « L’Étoile de la Longévité » (壽星). Ils ne doivent pas être confondus avec « Les Trois Purs » (三清), qui sont les trois dieux les plus élevés du panthéon taoïste. C’est à partir de la « Dynastie Ming » (明朝/1368-1644 après J.-C.), entre le XIIe et le XVe, que vint l’idée de représenter les divinités de la Bonne Fortune ou du Bonheur sous forme humaine. Pour cela, on choisit parmi les dieux déjà existants, trois figures qui représenteraient le mieux cette fonction.

« Les Trois Astres » (三星).

 

« L’Astre du Bonheur » (福星/ »FuXing »)

L’histoire raconte qu’il s’appelait autrefois « Yang Cheng » (陽城) et qu’il exerça la charge de Juge criminel de « DaoZhou » (道州) au « HuNan » (湖南). L’Empereur « WuDi » (武帝) de la « Dynastie Liang » (梁朝/502-557 après J.-C.) avait coutume de recruter des gens de petite taille, voir des pygmées comme comédiens ou serviteurs du palais, pour son plaisir personnel. Chaque année, c’était par centaines que ces pauvres gens se voyaient désignés pour cette corvée, si bien que les liens de parenté et la constitution même des familles s’en trouvaient gravement atteint. Quand Yang Cheng fut chargé d’administrer cette ville, il rédigea un placet où il déclara que ces personnes étaient au même titre que les autres, des sujets de l’Empereur et non ses esclaves. Au lieu de s’en offusquer, tout au contraire, l’Empereur fut touché par cette missive, et dès ce jour, il cessa de recruter ces pauvres gens. Pour le remercier de ses bienfaits, les habitants de cette préfecture élevèrent des statues en son honneur et lui firent des sacrifices. Dans toute la région il fut vénéré comme « l’Esprit/le Dieu du Bonheur ». Cette dévotion se répandit dans tout l’empire, lettrés et gens du peuple l’honorèrent et il fut, dès lors, considéré comme « l’Esprit/Dieu du Bonheur et de la Félicité ». FuXing est souvent confondu avec l’Astre de Prospérité, mais son apparence est celle d’un homme fort, représenté vêtu d’une robe de mandarin rouge et or et sa coiffe porte deux « ailettes » sur les côtés, de plus, il tient souvent un lingot d’or dans les mains et est entouré d’argent ou d’or. Parfois par homonymie, son image est remplacé par une chauve-souris, symbole de chance et de bonne fortune.

« L’Astre du Bonheur » (福星).

 

« L’Astre de la Prospérité » (祿星/ »LuXing »)

Le terme « Lu » (祿) signifie « les honoraires d’un mandarin », il s’agit donc ici de dignités officielles largement rétribuées, honneurs et bénéfices pécuniaires, ces deux choses sont toujours inséparables chez les Chinois. LuXing s’appellerait en vérité « ShiFen » (石奮) et était un lettré du « HeNei » (河内/ »Hanoï ») qui devint grand dignitaire à la cour de « l’Empereur HanJing  » (漢景帝/156-140 av. J.-C), le fondateur de la « Dynastie Han » (漢朝). L’Empereur qui le couvrit d’or, lui et ses quatre enfants, lui accorda le nom honorifique de « WanShi Jun » (萬石君/ »Monsieur Dix Mille Shi »), (le « shi » étant une mesure de grains et de monnaie), souvent désigné sous ce titre dans les livres chinois de nos jours. Ses honoraires étaient considérables. À sa mort, ShiFen devint un des « Cinq Esprits/Dieux du Groupe Stellaire de la Constellation du Pôle Sud » (?) et plus tard encore, l’« Astre du Bonheur ». Une autre tradition fait de lui « KuiXing » (奎星/l’Étoile Kui »), acolyte du Dieu de la Littérature, « WenChang DiJun » (文昌帝君) ou Dieu lui-même, car il reçut lui aussi le titre de « Chargé des Dignités et des Émoluments des Vivants et des Morts ». On le représente vêtu comme un mandarin ou un fonctionnaire de la Cour, d’apparence assez frêle, portant un long manteau de couleur bleue ou verte, une coiffe sur la tête et tenant dans sa main un rouleau ou entouré d’enfants. On le confond parfois avec FuXing. Parfois par homonymie, il est remplacé par un « cerf » (鹿/ »Lu »).

« L’Astre de la Prospérité » (祿星).

 

« L’astre de la Longévité » (壽星/ »ShouXing »)

« L’Astre de La Longévité » (壽星), sans doute le plus connu des trois, et le seul à être déjà un « Esprit/Dieu ». ShouXing était une divinité stellaire, qui plus tard fut représentée sous forme humaine. Il appartient à la Constellation des étoiles « Jiao » (角) et « Kang » (亢), qui figurent au premier rang sur la liste des « Vingt-huit Loges Lunaires » (二十八宿), et c’est pour ce motif d’antériorité qu’on l’appelle « l’Astre de la Longévité ». Une autre tradition dit que lorsque ce « Vieillard du Pôle Sud » se montre, c’est alors présage de paix, mais que lorsqu’il disparaît, c’est signe de guerre. Selon cette version, son étoile se trouverait au sud des étoiles « Hu » (弧/partie du « Grand Chien » et « d’Argo »), ce serait elle qui déterminerait les limites de la vieillesse et qui fixerait la durée de la vie humaine. Au matin de l’équinoxe d’automne, elle apparaît dans la Constellation « Jing » (景), et le soir du printemps, elle apparaît dans la Constellation « Ding » (丁); pour cela, on l’appelle « Longévité Brillante » et s’il elle venait à disparaître, les hommes seraient dans la perplexité. Quoi qu’il en soit, on le reconnaît souvent à son apparence hors du commun, vêtu d’un long manteau aux larges manches, le crâne chauve et bombé, avec de longs favoris et une moustache blanche, tenant un bâton tordu à son extrémité dans la main gauche et une pêche d’immortalité dans la droite. Parfois par homonymie, il est remplacé par un pin. Au Japon, il est vénéré sous le nom de « Jurojin » (寿老人) et emprunte les mêmes traits que son homologue chinois.

« L’astre de la Longévité » (壽星).

Comme l’indique leur nom, les trois acolytes portent chance à celui qui les vénère ou leur voue un culte; on trouve souvent dans les échoppes chinoises ou les grands magasins leurs images, soit dessinées sur des posters en couleurs, soit des statues les représentant de toutes les matières possibles (porcelaine, fer, bois, plastique, etc). Il n’est pas rare non plus de les trouver dans un restaurant encore de nos jours et d’y voir devant un plat de fruits laissé à leur intention ou un autel dressé spécialement pour eux, juste à côté du « Dieu local du Sol » (土地公), un autre Esprit/Dieu, lui aussi, très cher aux Chinois.

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Les six Ding et les six Jia 六丁六甲


Les « six Ding et les six Jia » (六丁六甲) sont, au même titre que les « 28 Généraux des Loges Lunaires » (二 十八 星宿), les « 36 Commissaires Célestes » (三十六天將) et les « 72 Généraux Terrestres » (十二地煞), un groupe de 12 protecteurs célestes au service de la divinités « XuanTian ShangDi » (玄天上帝) dans l’hémisphère nord du royaume céleste. Ils sont invoqués par les « Prêtres Taoïstes » (道士) ou les Maîtres Spirituels lors de Rituels ou  cérémonies associées.

Selon les registres et les écritures taoïstes, ils sont composés de 6 généraux mâles représentant les énergies positives et 6 divinités féminines représentant les énergies négatives, mais sont également rattachés au « zodiaque chinois » (中國占星術). Ils se composent de :

  • « Ding Mao » (丁卯), connu sous le nom de « Si MaQing » (司馬卿) – Lapin
  • « Ding Si » (丁巳), connu sous le nom de « Cui juQing » (崔巨卿) – Serpent
  • « Ding Wei » (丁未), connu sous le nom de « Shi ShuTong » (石叔通) – Chèvre
  • « Ding You » (丁酉), connu comme « Zang WenGong » (臧文公) – Coq
  • « Ding Hai » (丁亥), connu sous le nom de « Zhang WenTong » (張文通) – Cochon
  • « Ding Chou » (丁丑), connu sous le nom de « Zao ZiYu » (趙子玉) – Bœuf.

Les « 6 Généraux Ding » (六丁).

  • « Jia Zi » (甲子), connu comme « Wang WenQing » (王文卿) – Rat
  • « Jia Xu » (甲戌), connu sous le nom de « Zhao ZiJiang » (展子江) – Chien
  • « Jia Shen » (甲申), connu sous le nom « Hu WenChang » (扈文長) – Singe
  • « Jia Wu » (甲午), connu sous le nom « Wei YuQing » (衛玉卿) – Cheval
  • « Jia Chen » (甲辰), connu sous le nom de « Meng FeiQing » (孟非卿) – Dragon
  • « Jia Yin » (甲寅), connu sous le nom « Ming WenZhang » (明文章) – Tigre.

Les « 6 Généraux Jia » (六甲).

Leur rôle principal consiste en premier lieu à protéger le taoïsme, et sont également chargés de se pencher sur les problèmes associés à la pluie, au vent et au tonnerre. Permission leur est donnée d’utiliser la foudre céleste pour éliminer les entités négatives chaque fois que nécessaire. On leur a confié la tâche de prendre en charge chaque Âme mortelle et chaque corps physique. Dans l’antiquité, pour ceux qui pratiquaient la culture taoïste spirituelle, ils étaient tenus de faire la récitation du « Mantra de Protection des 6 Ding et 6 Jia » (六丁六甲護身神咒) afin de se prémunir contre les énergies négatives, garder leur corps physique en équilibre ou être en relation directe avec lesdites entités.

« Mantra de Protection des 6 Ding et 6 Jia » (六丁六甲護身神咒)

丁丑延吾壽。丁亥拘吾魂。
« Ding Chou Yan Wu Shou. Ding Hai Ju Wu Hun »

丁酉制吾魄。丁未卻吾災。
« Ding You Zhi Wu Po. Ding Wei Que Wu Zai »

丁巳度吾危。丁卯度吾厄。
« Ding Di Du Wu Wei. Ding Mao Du Wu E »

甲子護吾身。甲戌保吾形。
« Jia Zi Hu Wu Shen. Jia Xu Bao Wu Xing »

甲申固吾命。甲午守吾魂。
« Jia Shen Gu Wu Ming. Jia Wu Shou Wu Hun »

甲辰鎮吾靈。甲寅育吾真。
« Jia Chen Zhen Wu Ling. Jia Yin Yu Wu Zhen »

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Les 28 Loges Lunaires 二十八星宿


Les « 28 Loges Lunaires » (二十八星宿), également traduits par « Demeure Lunaire » ou « Maisons Lunaires », sont un système de subdivision du ciel utilisé en astronomie chinoise correspondant selon les cas à un découpage similaire à des bandes d’ascension droite, ou alors un découpage de la bande zodiacale. Dans ce second cas, la région concernée correspond à l’intersection de la bande d’ascension droite avec la bande zodiacale. Ces loges lunaires sont au nombre de 28.

Comme toujours à l’époque ancienne, ce type de subdivision possédait un intérêt en astronomie (permettre le repérage d’un événement astronomique), ainsi qu’en astrologie, la région se voyant attribuer une certaine symbolique. Ainsi, en astrologie chinoise, les Loges Lunaires appartiennent à quatre groupes distincts appelés « Dragon Vert de l’Est » (東方青龍), « Tortue Noire du Nord » (北方玄武), « Tigre Blanc de l’Ouest » (西方白虎), et « Oiseau Vermillon du Sud » (南方朱雀), conjointement appelés « Quatre Figures » (四象) et auxquels sont associées diverses symboliques. Ces quatre groupes comportent chacun sept Loges Lunaires et ne sont pas de taille égale, tout comme les constellations modernes du zodiaque. Leur utilisation comme système de repérage précis est employée dans certains témoignages relatant par exemple l’observation d’une supernova historique, comme « SN 1006 » ou « SN 1604 ».

Leur compréhension actuelle est donc d’un intérêt réel pour l’interprétation de tous ces événements, bien plus soigneusement consignées par les astronomes d’extrême orient qu’en occident. Une Loge Lunaire était repérée par une étoile référente fixée. Cette étoile référente définit la bordure occidentale de la loge, qui correspond en réalité à la ligne passant par cette étoile et joignant les deux pôles célestes. La frontière orientale est alors définie comme par la frontière gauche de la loge suivante. Du fait de la précession des équinoxes, la largeur d’une loge lunaire varie avec le temps, jusqu’à éventuellement devenir nulle, la variation des ascensions droites de deux étoiles référentes les amène à prendre la même valeur (c’est-à-dire être alignées avec les pôles célestes). Ainsi, la loge « ZuiXi » (觜宿) possède l’étoile référente « φ1 Orionis », et la suivante, « Shen » (參宿), est basée sur « δ Orionis » (Mintaka). Ces deux étoiles possèdent désormais presque la même ascension droite, alors que leur ascension droite différait d’environ un degré (ou 4 minutes d’ascension droite) en l’an 700.

Il est établi que ceci a d’ailleurs permis aux astronomes chinois de mettre en évidence vers le IVe siècle le phénomène de précession des équinoxes (soit après les astronomes grecs). La loge peut également correspondre au niveau de l’équateur céleste à un astérisme de taille réduite comprenant deux à un peu plus d’une vingtaine d’étoiles. Selon les cas, la Loge Lunaire se réfère donc à une bande en ascension droite où se trouve l’astérisme, ou alors à la seule région couverte par celui-ci. Cette ambiguïté rend l’interprétation de certains témoignages historiques délicate. Par exemple, la possible supernova historique « SN 386 » est basée sur l’idée que la mention que cet événement astronomique se soit produit dans « NanDou » (斗宿), doit être prise en tant qu’astérisme (situé dans le plan galactique, et donc signe que l’événement était une probable supernova), et non en tant que bande d’ascension droite, auquel cas l’événement était bien plus probablement une nova.

 

 

Ces Loges Lunaires d’origine chinoise étaient également en vigueur dans le Japon médiéval. Ainsi, le « Bansenshūkai » (萬川集海), écrit en 1676 par le maître ninja « Fujibayashi Yasutake » (藤林保武), consacre plusieurs passages à ces étoiles et constellations, dans son « cahier 8, volume 17 », traitant de l’astronomie et de la météorologie. Le texte original de cet ouvrage présente par exemple un schéma montrant la représentation traditionnelle de ces 28 loges lunaires.

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