Figures Ornementales sur les édifices chinois traditionnels 檐獸/走獸/蹲獸


Les « Figures Ornementales sur les édifices chinois traditionnels » (檐獸) ou «Animaux Marcheurs» (走獸) ou «Animaux Accroupis» (蹲獸) sont des statuettes placées le long des lignes de crête des édifices officiels de l’empire chinois. Seuls les palais, bâtiments gouvernementaux et quelques temples étaient autorisés à utiliser de telles décorations sur leurs toitures.

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Les toits chinois sont de type « en croupe » (廡殿頂), avec de petits pignons, de sorte que les ornements situés le long de la ligne de crête étaient très visibles pour les passants en contrebas. Les variantes sont toujours répandues dans les temples chinois et se sont répandues dans le reste de l’Asie orientale et des parties de l’Asie du Sud-Est. Le long des crêtes (unions entre les panneaux de toit), près du coin, une rangée de petites figures est placée. Celles-ci sont souvent fabriquées en céramique émaillée et forment un cortège.

A la queue de la procession, est placé un « Dragon » (龍/également appelé « ChuiShou » [垂獸]). « L’Immortel chevauchant un phénix » (騎鳳仙人), quant à lui, est à la tête du cortège. Une légende suggère qu’il s’agit d’un « séide » de l’empereur, devenu avide de pouvoir et pendu au pignon du toit pour trahison. Une autre version de cette figure suggère ledit immortel chevauchant un « Phénix » (鳳) ou un « QiLin » (麒麟). Une autre interprétation en fait une personne au service de l’empereur, surveillée par les bêtes qui le suivent dans son sillage. Entre les deux, un nombre impair de bêtes mythiques se succèdent, « prêtes à se jeter sur les fonctionnaires malhonnêtes » afin de leur rappeler leurs devoirs envers le peuple.

Le nombre de figures rappelle l’importance des fonctions exercées dans l’édifice ou dans la cour protégée par un portail. Neuf, est le nombre maximum de bêtes pouvant être observé, dont (dans l’ordre) :

  • « Immortel chevauchant le Phénix » (騎鳳仙人)
  • « Dragon » (龍) : il est le symbole du pouvoir impérial, il occupe donc le premier rang.
  • « Phénix » (鳳) : Il est le symbole de l’honneur, de la vertu mais aussi de l’Impératrice.
  • « Lion (獅子) : Il représente le courage et la majesté.
  • « Cheval Céleste » (天馬) et « Cheval Marin » (海馬) symbolisent la bienveillance des règles du pouvoir.
  • « SuanNi » (狻猊) : Il est l’un des « Neufs Fils du Dragon » (龍生九子) et est semblable à un lion.
  • « XiaYu » (狎魚) : Animal marin pouvant prévenir des dangers liés au incendies et aux déluges.
  • « XieZhi » (獬豸) : Symbole de bravoure et de justice, il est capable de discerner le vrai du faux.
  • « DouNiu » (鬥牛) : Animal hybride capable de prévenir des calamités.
  • « HanShi » (行什) : C’est une divinité qui empreinte ses traits à « LeiGong » (雷公), Dieu du Tonnerre, armé d’un glaive, qui prévient des catastrophes liées à la foudre.

Il est à noter que le HangShi ne pouvait être trouvé que sur la toiture de la salle du trône à l’époque impériale, bâtiment ayant le statut le plus élevé de tout l’empire. Ces exemples se trouvent dans la « Cité Interdite » (紫禁城) de « Pékin » (北京). D’autres exemples peuvent être trouvés sur des structures fonctionnelles telles que les portes et les baraques de la « Grande Muraille de Chine » (長城). Avec la chute de l’empire en 1911, de telles décorations sont maintenant visibles sur les structures commerciales et les bateaux touristiques.

Bien qu’il ne fasse pas à proprement partie des processions de figurines présentes sur les arrêtes des toits, on trouve également le « ChiWen » (鴟吻/螭吻), autre « Fils du Dragon », présent sur le sommet des édifices chinois anciens. Littéralement, « ChiWen » se compose des caractères « Chi » (螭/ »Dragon sans cornes ») et de « Wen (吻/ »avaler/baiser »). Il est représenté dans les décorations du toit impérial et d’autres motifs ornementaux de l’architecture et de l’ art chinois traditionnels. « ChiShou » (螭首) et « ChiTou » (螭頭) signifiant respectivement « tête de dragon sans corne », sont des ornements architecturaux ou des évacuations d’eau comparables aux gargouilles occidentales. ChiWen s’écrit encore « 鴟吻 » (« bouche de hibou »), en utilisant l’homophone chinois « Chi » (鴟/ »chouette/ Épervier/oiseau de proie »). Le « ChiWei » (鴟尾/ »queue de hibou ») et le « ChiMeng » (鴟 甍/ »hibou du toit-crête ») sont des décorations de toit ressemblant à des oiseaux.

« ChiWen » (鴟吻/螭吻).

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Le Boddhisatva GuanYin 觀世音菩薩


Le nom de « GuanYin » (觀音) est l’abréviation de « Guan ShiYin » (觀世音) qui signifie « L’observation des sons (ou cris) du monde ». Elle est aussi parfois appelée « GuanYin PuSa » (觀音菩薩). Certains bouddhistes croient que lorsqu’un des leurs quitte ce monde, il est placé par GuanYin au cœur d’un lotus, puis renvoyé chez lui, en « Terre Pure de Sukhavati » (淨土). Il est généralement admis (dans la communauté chinoise) que GuanYin proviendrait du Sanscrit « Avalokiteśvara » (अवलोकितेश्वर), qui est sa forme masculine. Communément connue comme la Déesse de la Miséricorde, GuanYin est également vénérée par les taoïstes chinois comme une immortelle.

GuanYin est dépeinte comme un « Bodhisattva » (菩薩) de sexe masculin, et porte donc des vêtements de poitrine révélatrice et peut même, parfois, arborer une moustache. Bien que cette représentation torse nu et moustachue existe encore en Extrême-Orient, GuanYin est le plus souvent représentée comme une femme. En outre, certaines personnes croient que GuanYin est à la fois homme et femme. Le « Sutra du Lotus » (妙法蓮華經) la décrit comme un Bodhisattva pouvant prendre la forme de n’importe quel type d’homme ou femme, adulte ou enfant, homme ou non-être humain, afin d’enseigner le « Dharma » (法/ »loi bouddhique ») aux êtres vivants. Ce texte et ses trente-trois manifestations de Guanyin, dont sept sont des manifestations de femmes, est connu pour avoir été très populaire dans le bouddhisme chinois dès la dynastie des « Sui » (隋朝) et des « Tang » (唐朝).

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Les représentations du Bodhisattva en Chine avant les « Song » (宋朝) étaient plutôt d’apparence masculine. Parce que celui-ci est considéré comme la personnification de la compassion et de la bonté, patronne des mères et des marins, sa représentation en Chine a également été interprétée sous une forme exclusivement féminine autour du XIIè siècle. De nos jours, GuanYin est le plus souvent représentée comme une belle femme en robe blanche, portant habituellement des parures de la royauté indienne/chinoise, une représentation qui découle du Bouddha-femelle « Pandaravasini » (དགོ་དཀར་མོ་). Dans sa main gauche est un pot contenant de l’eau pure, et la droite tient une branche de saule. La couronne représente généralement l’image du « Bouddha Amitabha » (阿彌陀佛), maître spirituel de GuanYin avant qu’elle ne devienne un Bodhisattva. Dans la région de « FuJian »(福建), en Chine, par exemple, provient une représentation populaire de GuanYin en jeune fille vêtue de vêtements de style Tang portant un panier à poissons. Dans l’art chinois, GuanYin est souvent représentée soit seule, debout sur un dragon, accompagnée d’un perroquet blanc ou de deux acolytes. Ces deux enfants, respectivement appelés « LongNü » (龍女) et « ShanCai TongZi » (善財童子) vinrent à elle alors qu’elle méditait au « Mont PuTuo » (普陀山).

Comme toutes les divinités chinoises elle a reçu une biographie terrestre, existant dans différentes versions, la plus répandue étant celle qui fait d’elle une princesse, elle-même réincarnation d’Avalokiteśvara. La déesse « MaZu » (媽祖), qui joue comme elle un rôle de protectrice, est parfois considérée comme un de ses avatars. La princesse « MiaoShan » (妙善) était la fille d’un roi de Sumatra qui avait choisi de devenir nonne plutôt que d’épouser le riche parti choisi par son père. Celui-ci avait ordonné aux moines de la faire travailler jour et nuit afin de la décourager, mais les animaux des alentours vinrent à son secours et elle fut toujours en mesure d’accomplir la tâche demandée, quelle que soit son importance. Exaspéré, son père décida de mettre le feu au monastère. MiaoShan éteignit alors l’incendie de ses mains sans souffrir de la moindre brûlure. Son père la fit finalement mettre à mort. Alors qu’elle se dirigeait vers le paradis, elle baissa la tête et vit la souffrance du monde. Elle décida alors d’y rester pour sauver les âmes en détresse. Une variante de l’histoire offre une explication à l’existence de la « GuanYin aux mille mains et aux mille yeux » (千手千眼觀音) dont le culte, lancé au temple de « XiangShan » (香山) dont l’effigie tantrique daterait des « Tang » (唐朝). Son père étant tombé malade, la princesse MiaoShan sacrifia ses bras et ses yeux pour demander sa guérison. Aussitôt après son sacrifice, elle apparut brièvement dotée de mille bras et mille yeux avant de retrouver son corps intact. En Chine, il est dit que les pêcheurs ont l’habitude de prier pour elle pour assurer leurs voyages en mer. Le titre de « GuanYin de l’océan Austral » (南海觀音) découlent de cette tradition.

« GuanYin » (觀音) accompagnée de ses deux acolytes, « LongNü » (龍女) et « ShanCai TongZi » (善財童子).

Trente-trois formes sont couramment représentées et seraient adaptées de la légende de MiaoShan :

  • « GuanYin au Saule » (楊柳觀音) : assise les jambes croisées sur une fleur de lotus, tenant dans la main droite une branche de saule et la main gauche à la hauteur de la poitrine.
  • « GuanYin à la Tête de Dragon » (龍頭觀音)  : assise sur un « Dragon » (龍) ou une tortue marine, son voile rabattu sur son haut chignon, tenant un lotus épanoui ou réalisant une posture de méditation cachée sous sa robe; Dans cette représentation, elle tient souvent un enfant et est confondue avec « Guanyin Donneuse d’Enfants » (送子觀音).
  • « GuanYin aux Écritures » (持線觀音) : assise en position de méditation, tenant dans ses mains un rouleau des écritures sacrées.
  • « GuanYin à l’Orbe de Lumière » (圓光觀音) : assise en méditation, les mains jointes et entourée de rayons lumineux.
  • « GuanYin Oisive et Théâtrale » (遊戲觀音) : assise sur une jambe, l’autre recroquevillée, la main droite reposant sur son nuage et l’autre sur le genou.
  • « GuanYin à la Robe Blanche » (白衣觀音) : assise sur une fleur de lotus, les mains en méditation ou tenant les écritures, souvent confondue avec « GuanYin à la Tête de Dragon ».
  • « GuanYin Étendue sur le Lotus » (臥蓮觀音) : assise sur une fleur de lotus ou couchée et méditative.
  • « GuanYin regardant la Cascade » (瀑見觀音) : assise en méditation sur un rocher en face d’une chute d’eau.
  • « GuanYin s’adonnant à la Joie » (施樂觀音) : assise, la main droite appuyée sur le visage, contemplant une fleur de lotus.
  • « GuanYin au Panier à Poisson » (魚籃觀音) : debout sur un poisson ou tenant un panier avec un poisson (scène extraite de « Pérégrination vers l’Ouest » [西遊記]), sans doute une de ses apparences la plus connue et la plus représentée.
  • « GuanYin Reine de la Vertu » (德王觀音) : assise en méditation tenant une branche de saule à la main, souvent confondue avec « GuanYin au Saule ».
  • « GuanYin à la Lune sur l’Eau » (水月觀音) : assise ou debout sur une fleur de lotus, parfois munie (rarement de trois têtes et six bras) et observant le reflet de la Lune sur l’Eau.
  • « GuanYin à la Feuille » (一葉觀音) : assise en délassement royal sur une feuille ou debout sur elle sur l’Océan, parfois appelée « GuanYin qui traverse la Mer » ( 過海觀音).
  • « GuanYin au Cou Bleu » (青頸觀音) : assise sur un lotus ou un rocher, tenant un lotus dans la main gauche et de la droite esquissant la paix ou accoudée à un rocher, un vase à ses pieds, pourvue parfois de trois têtes et quatre bras tenant chacun un Bâton, un Lotus, un Anneau et une Conque.
  • « GuanYin à la Majesté Vertueuse » (威德觀音) : assise en délassement royal, tenant un lotus dans la main droite, sans doute la plus représentée de ses formes en Chine.
  • « GuanYin Prolongatrice de Vie » (延命觀音)  : assise pensive derrière un rocher.
  • « GuanYin aux Nombreux Trésors » (眾寶觀音) : assise en délassement royal.
  • « GuanYin à la Porte de Rochers » (岩戶觀音) : assise à l’entrée d’une grotte.
  • « GuanYin à l’Immobile Capacité » (能靜觀音) : assise derrière un rocher.
  • « GuanYin Fin de Vie » (阿耨觀音) : assise sur un rocher au bord de la mer, protectrice contre les monstres aquatiques et des noyés.
  • « GuanYin aux Questions » (阿麼觀音) : assise en délassement royal sur un tigre blanc ou sur un rocher, peut être pourvue d’une tête à trois yeux et quatre bras.
  • « GuanYin Porte-Enveloppe » (葉衣觀音) : assise sur un rocher, ses mains dans ses manches, ou tenant dans la main droite un joyau entouré de flammes.
  • « GuanYin au Joyau de Beryl » (琉璃觀音) : debout sur une feuille posée sur l’eau, tenant en main un joyau.
  • « Târâ GuanYin » (多羅觀音) : une des formes féminines du bodhisattva indien, « Bhrikutî » (?), debout sur un nuage les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin au Coquillage » (蜍利觀音) : assise en méditation sur un coquillage, les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin des six heures de la Journée » (六時觀音) : debout, tenant un livre dans les mains.
  • « GuanYin à la Tristesse Universel » (普悲觀音) : debout les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin la Marchande Ma » (馬郎觀音)  : vêtue comme une riche marchande.
  • « GuanYin aux Mains Jointes » (合掌觀音)  : debout les mains jointes en adoration.
  • « GuanYin de l’Unicité » (一如觀音) : assise en délassement royal sur un nuage.
  • « GuanYin Sans Égal » (不二觀音) : debout sur une feuille de lotus, les mains jointes sur le ventre.
  • « GuanYin au Lotus » (持蓮觀音) : debout tenant une fleur de lotus des deux mains ou des mains jointes.
  • « GuanYin de l’Aspersion » (酒水觀音) : debout, une branche dans la main droite et un vase dans la gauche.

En-dehors de ces 33 formes communément admises, GuanYin dispose d’un millier d’autres formes dont les 7 ésotériques suivantes :

  • « GuanYin à Onze Têtes » (十一頭觀音) : debout ou assise sur un trône de lotus, tenant le vase ou une fleur de lotus, à deux ou quatre bras, couronnée de 11 têtes représentant les vertus principales.
  • « GuanYin aux mille Bras » (千臂觀音) : debout ou assise sur un lotus, munie parfois de onze à vingt sept têtes et surtout de mille bras représentant l’omniscience de la divinité.
  • « GuanYin au Joyau du Savoir » (如意輪觀音) : debout, mais le plus souvent assise en délassement royal ou pensive, à deux ou quatre bras, tenant une fleur de lotus.
  • « GuanYin à Tête de Cheval » (馬頭觀音) : debout ou assise avec une tête de cheval sur un corps humain, ou de une à trois têtes humaines couronnées d’une ou deux têtes de cheval, à l’aspect menaçant.
  • « GuanYin la Pure » (純觀音) : debout ou assise sur un lotus, pourvue de deux, quatre, six, huit, douze, dix-huit, trente deux ou soixante quatre bras, portant une tiare cylindrique ou conique.
  • « GuanYin au Nœud de Soie Vide » (不空絲繩觀音) : debout ou assise, tenant la corde, le bâton de pèlerin, le rosaire, avec parfois trois têtes et de deux à trente deux bras.
  • « GuanYin la Bonzesse » (陀羅尼觀音) : assise sur un lotus, munie d’une tête à trois yeux, de trois à six bras.
  • La dernière des formes qu’on lui prête est celle de « GuanYin Donneuse d’Enfants » (送子觀音), sans doute une tentative de « bouddhéiser » la divinité taoïste « l’Immortelle Céleste donneuse d’Enfants » (天仙送子), forme qui contribua à l’identifier aux yeux des Européens à la « Vierge Marie » Chrétienne. GuanYin est aussi souvent appelée « GuanYin des Mers du Sud » (南海觀音), par rapport au temple du « Mont PuTuo » (普陀山) où elle réside, mais elle possède énormément d’autres épithètes. Elle prend parfois la forme d’une prostituée pour délivrer les hommes de leur luxure ou pour leur permettre d’atteindre l’éveil.

Sous la « Dynastie du Ciel d’Or » (金天朝), un jeune roi monta sur le trône après trois ans de guerre incessante, il s’appelait « MiaoZhuang (妙莊). Il désirait par-dessus tout un héritier, mais parce qu’il avait fait couler le sang pendant ces trois années, les dieux rechignaient à l’exaucer. Exceptionnellement et pour racheter une famille de voleurs, trois filles naquirent de son épouse « BaiYa » (白牙) : « MiaoQing » (妙清), « MiaoYin » (妙音) et « MiaoShan » (妙善). Le roi était désespéré, mais ses ministres le rassurèrent en lui disant qu’une de ses filles épouserait sans doute le futur héritier du trône. Mais alors que les deux premières filles trouvèrent un bon parti, la troisième, MiaoShan s’obstinait à ne pas vouloir se marier, car elle désirait vivre dans la religion et devenir bonzesse. Devant son insistance, son père, le roi, la dépouilla de ses vêtements, la vêtit de haillons et l’abandonna dans le jardin de la Reine, livrée aux éléments. Mais contre toute attente, cette vie érémitique convenait parfaitement à la jeune fille. Après maintes tentatives pour la raisonner, celle-ci décida d’aller rejoindre le « Temple de l’Oiseau Blanc » (白雀禪寺) où résidaient déjà cinq cents bonzesses. Bien malgré lui, le roi la laissa quitter le palais pour vivre la vie monastique, mais ordonna par décret aux bonzesses de mener la vie dure à la princesse afin de la dégoûter de son choix. Mais rien n’y faisait, MiaoShan supportait tout sans se plaindre. La mère supérieure lui avoua la menace qui pesait sur elles si la princesse persistait dans son choix, mais invectivant les nonnes, MiaoShan maintint ses positions. Elle finit par faire un marché avec les sœurs, elle s’occuperait seule des tâches ménagères et de la cuisine. Ému par tant de piété, « l’Empereur de jade » (玉皇大帝) lui envoya des Esprits pour l’aider, et lorsque les sœurs virent tout cela, elles s’émerveillèrent.

« GuanYin aux mille bras » (千手觀音).

Le roi, lui, excédé, dépêcha son armée pour brûler le temple. Effrayées, les nonnes allèrent prier MiaoShan de les aider, alors celle-ci adressa une prière au Ciel et se piquant le palais avec son épingle à cheveux en bambou, cracha vers le Ciel : des nuages s’amoncelèrent qui bientôt éteignirent l’incendie, sauvant ainsi le temple. le roi, rendu furieux, fit mettre sa fille aux fers et se décida à l’exécuter publiquement. Sa mère, la reine eut toutefois une dernière idée, celle de bâtir une tour sur le chemin du supplice afin d’attirer à elle sa fille en donnant des fêtes et des festins qui la feraient réfléchir sur sa situation, sûre de l’emporter cette fois-ci. Le roi acquiesça car il ne voulait vraiment pas se couvrir de honte à l’idée de verser le sang de sa propre fille, mais non content de refuser l’offre de rejoindre sa mère et la fête, la princesse baissa la tête et les yeux devant ses parents et les ignora totalement. Excédé, le roi fit enfermer sa fille dans ses appartements pour qu’elle ait une dernière fois le choix de renoncer à sa foi, mais devant son inflexibilité, celui-ci lui promit de l’exécuter à l’aube. Une fois de plus, les Esprits vinrent s’en mêler : « TuDi Gong » (土地公), « Dieu du Sol », qui avait tout entendu, vint faire son rapport au Ciel. L’Empereur de jade ordonna alors à celui-ci de veiller sur la dépouille de MiaoShan, afin qu’aucun mal ne lui soit fait. L’exécution commença comme prévu, mais ni le sabre du bourreau qui se brisa en deux, ni les lances ne purent entamer le corps de la princesse. Alors le roi décida de la faire étrangler avec une bande de soie. A peine l’âme de la princesse ayant quitté le corps de la princesse que TuDi Gong, surgissant sous la forme d’un tigre, bondit et s’en empara. Lorsque MiaoShan rouvrit les yeux, elle n’était plus sur terre, mais dans l’autre monde, et  fut accueillie par un émissaire du lieu, venu pour lui faire visiter les « dix-huit Enfers » (十八地獄). Les « Dix Juges » (十殿閻王) eux-mêmes vinrent à sa rencontre et lui demandèrent de prier en ces lieux. La princesse accepta à la condition que les suppliciés des « Dix Palais » (十殿宮) soient délivrés le temps de l’écouter. Il en fut comme elle désirait, mais à peine avait-elle commencé à réciter, qu’il n’y avait plus de supplices et que les damnés furent gagnés par la joie : l’Enfer se fit bientôt Paradis.

Les Dix Juges, effrayés, renvoyèrent l’âme de MiaoShan sur terre afin qu’elle retrouve son corps laissé dans la forêt et préservé de la dégradation par TuDi Gong. La princesse se réveilla à nouveau dans la forêt, et comme l’endroit semblait désert, elle se désespéra de ne pouvoir prier pour personne et se mit à pleurer abondamment. Vint à ce moment-là un inconnu, qui se dit ému par son histoire et lui promit le mariage, ce qui offensa la princesse qui le rejeta violemment. Alors, l’inconnu lui révéla être en fait le « Bouddha RuLai » (如來佛), qui avait testé sa foi et avait décidé de l’emmener dans un lieu où elle aurait tout loisir de prier pour le salut des êtres : la « Pagode du Mont des Parfums » (香山塔), sur « l’île de PuTuo » (普陀島). Il lui remit une pêche d’immortalité et comme l’île se trouvait à plus de trois mille lis, ce fut une fois de plus TuDi Gong changé en tigre, qui fut chargé de la transporter jusque là-bas. Elle passa neuf ans sur place à se perfectionner, et devint ainsi pour tous, la Reine des « trois mille Boddhisattvas » (三千菩薩) et de tous les êtres de chair. « DiZang Wang » (地藏王/ »ksitigarbha »), le Bodhisattva des Enfers, fut si émerveillé par tant de vertu, qu’il décida de l’ériger en Souveraine du Ciel, de la Terre et du Bouddhisme. Une grande cérémonie fut donnée en son nom où furent invités les plus grandes divinités du Ciel, de la Terre et des Enfers, et devant témoins, MiaoShan devint GuanYin et monta sur son trône de lotus. On la pria de trouver un jeune garçon et une jeune fille pour l’assister dans sa tâche, et ce fut à nouveau TuDi Gong qui fut chargé de les lui trouver.

Le premier s’appelait « ShanCai » (善財), ce n’était encore qu’un jeune bonze novice, ce qui ne convaincu pas de suite la Grande Bodhisattva, aussi décida-t-elle de le mettre à l’épreuve : des Immortels déguisés en brigands firent semblant d’attaquer le temple, et feignant l’effroi, GuanYin courut jusqu’au bord de la falaise et se jeta dans le vide. Sans réfléchir, le jeune bonze s’y jeta également afin de la rattraper. Devant tant de piété, GuanYin accepta d’en faire son assistant. La jeune « LongNü » (龍女), qui avait jadis sauvé d’un pêcheur le « troisième Fils du Roi Dragon » (龍王三子) changé en carpe, et qui se vit offrir une perle lumineuse par ce dernier, fut choisie à son tour pour la vertu dont elle avait fait preuve et devint, avec ShanCai, l’autre acolyte de GuanYin.

« LongNü » (龍女) et « ShanCai TonZi » (善財童子).

Dans le roman « Pérégrination vers l’Ouest », GuanYin tient une place très importante, puisque c’est elle qui veille sur le moine « SanZang » (三藏) et ses disciples en les protégeant pendant leur voyage. Elle peut être comparée à « Athéna » qui veilla sur « l’Odyssée d’Ulysse ». C’est elle qui sera choisie par le « Bouddha » pour trouver un moine émérite qui ira chercher les écritures sacrées dans son « Paradis de l’Ouest », la « Terre Pure ». C’est également qui trouvera les disciples du moine et qui les convertira au bouddhisme. Elle intervient souvent dans l’histoire pour sauver les pèlerins des monstres qui les attaquent, mais finit toujours par éviter toute violence en récupérant ces êtres maléfiques et en les accueillant sur la Voie du Salut, leur évitant ainsi une mort sans espoir de se racheter. Elle conserve ainsi son statut de « Grande Compatissante » qui se penche sur le monde pour pleurer sur les êtres et les délivrer de leur existence prisonnière du « Cycle infernal des réincarnations » (संसार/輪迴/ »Samsara »).

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Le Boddhisattva Cundi 準提菩薩


« Cundi » (चुन्दी/準提菩薩, littéralement « Extrême Pureté ») est un Bouddha ou un Bodhisattva vénéré dans les écoles « bouddhistes Mahāyāna » (大乘), l’ accent étant mis sur sa pratique dans les écoles « bouddhistes Vajrayāna » (密宗/ »MiZong »). Elle est connue comme une « bhagavati » (भगवती/ »Mère des Bouddhas ») et est souvent assimilée au « Bodhisattva Avalokiteśvara » (अवलोकितेश्वर/觀世音菩薩). Elle pourrait être liée à la déesse hindoue « Chandi » (चण्डी).

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Bien que Cundi soit moins connue dans la communauté bouddhiste tibétaine Vajrayāna, elle est vénérée dans les sectes ésotériques bouddhistes chinoises et japonaises. En Chine, elle est connue sous le nom de « ZhunTí PuSa » ( 準提菩薩/ »Bodhisattva Cundi ») ou de « ZhunTi FoMu » ( 準提佛母/ »Cundi Mère-Bouddha »), tandis qu’au Japon, elle est connue sous le nom de « Juntei Kannon » (准胝観音/ »Avalokitasvara- Cundi »). À la fin de la Chine impériale, les premières traditions du bouddhisme ésotérique étaient toujours florissantes dans les communautés bouddhistes. On a également observé que, dans ces communautés, les pratiques ésotériques de Cundi étaient extrêmement populaires, tant auprès de la population que des élites. La première source textuelle de Cundi et du « Cundī Dhāraṇī » (準提咒/ »Mantra de Cundi ») est le « Kāraṇḍavyūha Sūtra » (佛說大乘莊嚴寶王經), un Sūtra centré sur le boddhisattva Avalokiteśvara, qui introduit également le populaire Mantra « oṃ maṇipadme hūṃ » (ॐ मणिपद्मे हूँ/唵嘛呢叭咪吽). Ce texte date de la fin du IVe siècle au début du Ve siècle de notre ère. Cundi et le Cundī Dhāraṇī figurent également dans le « Cundī Dhāraṇī Sūtra » (準提咒經), traduit à trois reprises du sanskrit au chinois à la fin du VIIe siècle et au début du VIIIe siècle par les maîtres ésotériques indiens : « Divākara » (地婆訶羅/685 de notre ère), « Vajrabodhi » (金剛智/723 de notre ère) et « Amoghavajra » (不空/VIIIe siècle).

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Selon le Cundī Dhāraṇī Sūtra, le Mantra associé à Cundi est le suivant :

« Namah saptānāṃ samyaksaṃ Bouddha koṭīnāṃ tadyathā o cale cule cundī svāhā » (南無。颯多喃。三藐三菩陀。俱胝喃。怛姪他。唵。折隸。主隸。準提。娑婆訶)

Selon le Bouddha, il est dit qu’après avoir prononcé ce Mantra, les « bhikṣhus » (比丘), les « Bhikṣhuṇīs » (比丘尼), moines et nonnes novices dans le bouddhisme, et les « Upāsakas » (優婆塞), les « Upāsikās » (優婆夷), bouddhistes laïcs qui ont choisi les « Trois Refuges » (皈依), qui mémorisent et le récitent 800 000 fois, voient leur Karma mortel complètement annihilé pour les siècles à venir. Partout où ils sont nés ou résident, ils rencontreront toujours des bouddhas et des bodhisattvas. Ils auront toujours les ressources et les capacités adéquates pour aller de l’avant. Ils naîtront dans les domaines humains ou célestes, ils ne tomberont pas dans des destins pervers et seront toujours protégés par les gardiens célestes. Ce Mantra est également étroitement associé à la « bouddhéité » (बुद्ध/佛/ »Etat de Bouddha ») et à « l’Illumination totale » (阿耨多羅三藐三菩提).

À la fin du Sūtra, le Bouddha clôt l’enseignement en disant : « Ce grand Dhâraṇî de cundi est un brillant enseignement qui est dispensé par tous les bouddhas du passé, tous les bouddhas de l’ avenir, et tous ceux du présent temps. Je l’emploie également au bénéfice de tous les êtres sensibles, en leur permettant d’atteindre l’Anuttarā Samyaksaṃ Bodhi. S’il y a des êtres vivants avec peu de mérite, qui n’ont pas les racines de la bonté, de la capacité naturelle et des facteurs de Bodhi, s’ils entendent parler de cette méthode dhāraṇī , ils réaliseront rapidement ce précepte. S’il y a des gens qui sont toujours capables de se souvenir, de réciter et d’entretenir ce Mantra, ils obtiendront tous des racines incommensurables de bonté ». Cundi est représentée avec dix-huit bras,  brandissant dans chaque main un symbole du « Dharma » (धर्म/法). Ses dix-huit bras représentent également les dix-huit mérites de l’atteinte de la boddhéité, décrits dans un appendice du Cundī Dhāraṇī Sūtra.

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Le Boddhisattva Manjusri 文殊菩薩


Son nom sanscrit, une combinaison de “Manju” (subtil, extraordinaire) et de “Sri” (tête, Vertu ou bon Auspice), est parfois traduit en chinois par “MiaoShou” (妙首), “MiaoDe” (妙德), “Miao JiXiang” (妙吉祥), mais on l’appelle le plus souvent “WenShu PuSa” (文殊菩薩), forme réduite de “WenShuShiLi” (文殊師利), transcription de Manjusri. Ses autres noms chinois correspondant à ses différents aspects : “RuTong WenShu” (孺童文殊/“Wenshu le jeune enfant”), symbolise l’anéantissement du « moi », “FaWangZi” (法王子/“Fils du Bouddha”), rappelle qu’il est parfois décrit comme son successeur dans le “monde sans bouddha”, “FoMu” (佛母/“Mère des bouddhas”) évoque son rôle de tête de lignée des autres déités.  Il est parfois représenté comme un bodhisattva ordinaire, ancien brahmane compagnon du bouddha, mais d’autres « sutras » (佛經) en font le maître enseignant le « Dharma » à tous les « boddhisattvas » (菩薩), voire un bouddha qui en serait à son troisième « Avatar » (化身).

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Ses différents aspects sont inspirés de son image dans les Sutras, où les subtilités philosophiques et métaphysiques sont souvent présentées par le biais de débats entre boddhisattvas. Dans ces débats, WenShu est toujours gagnant : il représente l’un des éléments nécessaires pour atteindre l’illumination, « l’intelligence » (大智/ »DaZhi”) . Les trois autres principaux bodhisattvas représentent la « compassion » (大悲/ »DaBei”), incarnée par  « Avalokiteshvara » (觀世音菩薩/ »GuanYin » en chinois), la « pratique » (大行/ »DaXing ») incarnée par « Samantabhadra » (普賢菩薩) et la « volonté » (大願/ »DaYuan ») incarnée par « Ksitigarbha » (地藏王菩薩/ »DiZang Wang » en chinois). Son importance grandit parfois jusqu’à en faire le maître des autres, il représente alors la réalisation spirituelle au plus haut niveau.  Dans les représentations tibétaines des écoles philosophiques du « bouddhisme mahâyâna » (大乘), Manjusri est le chef de lignée « Madhyamika » (中觀), « Maitreya » (彌勒菩薩/ »MiLe » en chinois) étant le patron de la lignée « Vijranavadin » (惟識).  Comme Ksitigarbha, on considère quelquefois que le bouddha l’a désigné comme secours des âmes pendant “l’âge sans bouddha” (末法), ère de désordre avant l’avènement de Maitreya. Comme Avalokiteshvara ou « Amitabha » (阿彌陀佛), il peut être considéré comme un sauveur. Un texte bouddhiste en rapport avec le pèlerinage du « mont WuTai” (五台山) où Manjusri apparaîtrait, affirme que le fidèle qui l’a vu ou entendu sera à l’abri des vicissitudes pendant 10 « kalpas » (劫). Le « Sutra du lotus » (法華經) et le « Sutra Avatamsaka » (華嚴經) lui attribuent un paradis situé à l’Est, beaucoup moins connu il est vrai que celui d’Amitabha. Comme Avalokiteshvara, il est « protéiforme » (« Qui peut prendre les formes les plus variées »); il apparaît souvent sous la forme d’un mendiant pour donner aux fidèles l’occasion de faire une bonne œuvre.

Il peut former une triade avec le Bouddha et Samantabhadra (il est à gauche et Samantabhadra à droite), ou Avalokiteshvara et « Vajrapani » (金剛手) dans le bouddhisme tibétain. Dans cette dernière école, il a une parèdre, « Sarasvati » (सरस्वती/辯才天女). Il se réincarne dans des « lamas » (喇嘛) de la lignée « gelugpa » (དགེ་ལུགས་པ). Son culte en Chine s’est particulièrement développé à partir des « Dynasties du Nord et du Sud » (南北朝) sur le mont WuTai, le premier des quatre monts bouddhistes, identifié au “Mont de fraîcheur” qui est son domaine dans le Sutra Avatamsaka. Il était au début surtout lié à l’école “HuaYan” (華嚴宗). Emporté par l’enthousiasme religieux, un prince des « Qi du Nord » (北齊) se serait immolé au bodhisattva. Sa faveur a encore crû pendant les règnes de “Wu ZeTian” (武則天), qui appuyait le bouddhisme pour des raisons en partie politiques, mais surtout par “Tang DaiZong” (唐代宗). Cet empereur favorisait en effet le bouddhisme tantrique qui met en avant l’aspect de sauveur du bodhisattva, particulièrement apprécié dans les temps troublés de son règne. 

DaiZong ordonna que son effigie soit placée dans tous les monastères. Le mont WuTai devint le lieu d’implantation des premières écoles tantriques chinoises.  Une croyance populaire fait se réincarner Manjusri et Samantabhadra, maitre du “mont Emei” (峨嵋山), dans deux orphelins élevés dans un monastère, qui seraient devenus les célèbres moines et amis “HanShan” (寒山) et “ShiDe” (拾得).  Manjusri et le mont WuTai jouent un rôle dans la légende des débuts de la « dynastie Qing » (清朝), qui a souvent accordé sa faveur au bouddhisme tantrique. Le Mont WuTai, dans la « province du ShanXi » (山西), près de « Pékin » (北京) est un lieu sacré du bouddhisme à propos de Manjusri, également considéré comme sacré par les bouddhistes tibétains qui s’y rendent en pèlerinage. Différents temples et monastères du bouddhisme tibétain y côtoient ceux du « bouddhisme chinois » depuis des siècles. On peut y croiser les moines d’une confessions dans les temples de ceux de l’autre confession. Des pèlerins, « hans » (漢族), tibétains ou d’autres minorités chinoises s’y mêlent également.

Comme la plupart des « Guélougpas » (དགེ་ལུགས་པ/格魯派), « Tenzin Gyatso » (བསྟན་འཛིན་རྒྱ་མཚོ/丹增嘉措), le 14e « Dalaï-lama » (達賴喇嘛) voue un culte particulier à ce Bodhisattva. Il a donné un enseignement intitulé « L’esprit de Mañjuśrī » à New York en mai 1998. Le 21 avril 2007, il a déclaré que « La Montagne aux Cinq Terrasses en Chine est renommée pour son association avec Manjusri, le Bodhisattva de la Sagesse ». Voici une de ces citations : « Mon prédécesseur, « Thubten Gyatso » (ཐུབ་བསྟན་རྒྱ་མཚོ་/圖登嘉措), a pu se rendre en pèlerinage sur ledit Mont, lors de son premier voyage à Chine en 1954, dans l’espoir de pouvoir suivre les pas de Manjusri. Récemment, les autorités chinoises ont refusé ma demande, disant que les routes étaient infranchissables. Je suis sûr que la route est claire aujourd’hui. Pendant les discussions actuelles que nous avons eu avec les autorités chinoises à propos de l’autonomie tibétaine, mes émissaires ont réitéré mon souhait pour cette visite. Il y a de nombreux lieux sacrés en Chine, un pays où le bouddhisme s’est développé depuis longtemps. J’aimerais visiter certains de ces lieux. Et en même temps, pendant que je suis là-bas, j’espère pouvoir voir par moi-même les changements et les développements qui ont eu lieu en République populaire de Chine ».

Au Népal, dont Mañjushrî est considéré comme le patron protecteur, la légende lui attribue la naissance de la vallée de Katmandou, autrefois immergée sous un lac dont seule émergeait la « colline sacrée de Svayambhu ». D’un coup d’épée, Manjusri aurait ouvert le passage à la « rivière Baghmati », asséchant la vallée et permettant l’accès au sanctuaire. On prétend en effet que le fondateur, « Nurhachi » (努爾哈赤), un « Jurchen » (女真族), imposa le nom de « Mandchous » (滿族) à son clan car il se considérait comme la réincarnation de Manjusri. Son petit-fils qui acheva la conquête de la Chine, “ShunZhi” (順治), s’intéressait au bouddhisme depuis son adolescence et aurait feint sa mort pour devenir moine sur le mont WuTai. Ces croyances ont été infirmées par les historiens, mais de nombreux textes et anecdotes de la dynastie y font allusion. Manjusri est en général représenté avec une épée de feu symbolisant l’intelligence (« khadga ») dans la main droite, et dans la gauche un livre représentant la parole qui convainc (« prajnaparamita »), que son bras replié place à la hauteur du cœur. Il porte la coiffe composée de cinq éléments représentant les « cinq bouddhas de sagesse » (五智如來).  Dans le bouddhisme populaire et la religion traditionnelle chinoise, WenShu est avec “WenChang DiJun” (文昌帝君) et “Confucius” (孔夫子) l’une des divinités auxquelles on s’adresse pour demander le succès dans les études.

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Hachi Daidoji 八大童子


Les « Hachi Daidoji » (八大童子/ »Huit Enfants-Assistants »), serviteurs et acolytes du « Bodhisattva Manjusri » (文殊菩薩) ou, plus communément, du « Roi de Sagesse » (明王) « Fudo Myo-O » (不動明王), désignent des divinités mineures du bouddhisme. Les « Fudo Hachidai Douji (不 動 八大 童子/ » les Huit Serviteurs de Fudo ») sont décrits dans le « Hachidai Douji Hiyou Houbon » (八大童子秘要法品), et leurs noms sont les suivants:

  • « Ekou Douji » (慧光童子)
  • « Eki Douji » (慧 喜 童子)
  • « Anokuta Douji » (耨 達 童子)
  • « Shitoku Douji » (指 徳 童子)
  • « Ukubaga Douji » (烏 倶 婆 迦 童子)
  • « Shoujou Biku  » (清浄比丘)
  • « Kongara Douji » (矜 羯 羅 童子)
  • « Seitaka Douji » (制 た 迦 童子)

« Hachi Daidoji » (八大童子).

Dans les représentations artistiques, Fudo est généralement montré seul ou accompagné de « Kongara » (矜 羯 羅 童子) et de « Seitaka » (制 た 迦 童子) pour former la triade « Fudo Sanzon » (不 動 三尊). Il y a peu d’exemples de la divinité accompagnée de ces huit assistants. Un bel ensemble de figures en bois, dont six sont attribuées à « Unkei » (運 慶/? -1223), est conservé au « Kongōbu-ji » (金剛峯寺), sur le « Mont Kuya » (高野山), dans la « préfecture de Wakayama » (和歌山県). Un autre ensemble, sculpté par « Kouen » (康 円) en 1272, se trouve au « Kannon-ji » (観音寺), à « Tokyo » (東京). Parmi les exemples remarquables de peintures polychromes de Fudo accompagnées de ces Huit Assistants figurent ceux conservés par « l’Agence des affaires culturelles » et au « Shofuku-ji » (長福寺), dans la « préfecture d’Okayama » (岡山県).

Les « huit serviteurs de Monju » (文殊八大 童子) sont mentionnés dans plusieurs textes et apparaissent sur le « mandala du Monde de la matrice » (胎蔵界曼荼羅) du « Monju-in » (文殊院). Leurs noms sont les suivants: « Koumou » (光網/ »Jaliniplabha »), « Houkan » (宝 冠/ »Ratnamukuta »), « Mukukou » (垢光/ »Vimalaprabha »), « Keishini » (髻設尼/ »Kesini »), « Ubakeishini » (烏波髻設尼/ »Upakesini »), « Shittara » (質多羅/ »Citra »), « Ji-e » (地慧/ »Vasumati ») et « Choushou » (召請/ »Akarsani »). Les cinq derniers sont des femmes et sont collectivement connus sous le nom de « Monju goshisha » (文殊使者/ »les cinq messagers de Monju »). Dans certains textes, « Fushigie » (不思議慧/ »Acintyamati ») et « Kugoe » (救護慧/ »Paritranasayamati ») remplacent respectivement Houkan et Shittara.

« Fudo Myo-O » (不動明王), accompagné de ses deux acolytes, « Seitaka » (制た迦童子) et « Kongara Doji » (矜羯羅童子), menaçant le jeune prêtre « Yuten Shonin » (祐天上人).

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Geisha 芸者


Une « Geisha » (芸者), plus souvent appelée « Geiko » (芸妓) à « Kyōto » (京都), est une artiste et une dame de compagnie, qui consacre sa vie à la pratique artistique raffinée des arts traditionnels japonais pour des prestations d’accompagnement et de divertissement, pour une clientèle très aisée. Elle cultive le raffinement artistique dans divers domaines tels que l’habillement en « Kimono » (着物), la musique classique, la danse, les rapports sociaux et la conversation, des jeux… Le mot « Geisha » peut s’interpréter comme « personne d’arts » ou « femme qui excelle dans le métier de l’art ». Les Geishas étaient nombreuses aux XVIIIe et XIXe siècles. Elles existent encore dans le Japon contemporain bien que leur nombre soit en constante diminution : estimé à 17 000 dans les années 1980, il n’est plus que d’environ 200 de nos jours, principalement à Kyōto dans le quartier de « Gion » (祇園). Cependant, grâce à une meilleure communication sur les activités des Geishas, notamment par la télévision et Internet, le nombre d’apprenties (« Maikos »/舞妓) a connu récemment une nette augmentation. L’institution multi-séculaire des Geishas entretient un rapport étroit et complexe avec le phénomène de prostitution, entre idéalisation de leur rôle et de leurs activités, et réalités historiques et sociales. Il est toutefois certain que l’octroi de faveurs sexuelles par la Geisha à son client n’a jamais été entendu comme systématique ou allant de soi.

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Le mot Geisha se compose de deux caractères signifiant « art » (芸/ »Gei ») et « personne/pratiquant » (者/ »Sha »); une Geisha est donc littéralement une « personne qui pratique les arts ». Dans le dialecte de Kyōto, elles sont dénommées « Geikos » (芸妓) et leurs apprenties, « Maikos » (舞妓). Dans d’autres régions du Japon, notamment à « Tōkyo » (東京), on pourra utiliser les termes de « Hangyoku » (半玉) ou « Oshakusan » (御酌) pour désigner les jeunes filles en apprentissage, et appartiennent au « Monde des fleurs et des saules » (花柳界/ »Karyūkai »). Selon « Mineko Iwasaki » (岩崎 峰子), une Geisha doit avoir la délicatesse d’une fleur ainsi que la force et la souplesse d’un saule. Celles spécialisées dans la danse ou le jeu d’un instrument à vent ou de percussion, plus jolies, étaient appelées « Tachikatas » (立方/ »personne debout »), celles spécialisées dans le chant ou le jeu d’un instrument à corde « Jikatas » (地方/ »personne assise »), les secondes étant considérées comme les accompagnatrices des premières.

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L’ouverture des « maisons de thé » (お茶屋/ »Ochaya ») dans les quartiers de plaisirs en 1712 marque le début du métier de Geisha. Ces dernières sont le résultat de l’évolution des « Taikomochi » (太鼓持) ou « Hōkan » (幇間), équivalents au Japon des bouffons du Moyen Âge en Europe. Ainsi, les premiers Geishas étaient des hommes, dont le travail était principalement de divertir, par des chants et de la musique, les clients des maisons de thé. Au début de leur intégration aux Geishas, dans les années 1750, les femmes étaient appelées « Onna Geisha » (女芸者/littéralement : « femme Geisha »), ou « Geiko » (芸妓) à Kyōto. Elles devinrent rapidement plus nombreuses que les hommes, qui prirent le nom « d’Otoko Geisha » (男芸者/ »homme Geisha ») pour se différencier des femmes. À partir de 1800, toutes les Geishas étaient des femmes. En 1779, le gouvernement japonais officialisa ce métier et créa un bureau d’enregistrement (検番/ »Kenban »), destiné à les recenser et à faire respecter la loi. Celle-ci indiquait que seules les prostituées patentées pouvaient avoir des relations sexuelles avec leurs clients, et pas les Geishas. En 1842, la « réforme Tenpo » (天保の改革) proscrivit la prostitution et fit fermer les quartiers de plaisirs, mais ceux-ci rouvrirent en 1851. En 1886, afin de garder le contrôle sur les activités des Geishas, le gouvernement fixa un tarif officiel pour leurs activités. Jusqu’au début du XXe siècle, les Geishas étaient considérées comme à la pointe de la mode, à tel point qu’avec l’occidentalisation du Japon dans les années 1920-1930, on en vit apparaître s’habillant et dansant à l’occidentale, surnommées « Dansu Geisha » (ダンス芸者).

Mais beaucoup d’entre elles s’opposèrent à cette modernisation et se posèrent en gardiennes de la tradition japonaise, ce qui est toujours le cas actuellement. En 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fit fermer les quartiers de plaisir et envoya les Geishas travailler en usine pour soutenir l’effort de guerre. Le 25 octobre 1945, les quartiers de plaisir rouvrirent. L’interdiction totale de la prostitution en 1957 démarqua définitivement les Geishas des prostituées. À la même époque, de nouvelles lois sur le travail des enfants et la scolarité obligatoire interdirent aux filles de devenir Maiko avant quinze ans. En 1965, la « Kyōto dentō gigei shinkō zaidan » (京都伝統伎芸振興財団/ littéralement « Fondation pour le développement des arts et musiques traditionnels de Kyōto ») dénombrait à Kyōto 65 Maikos, chiffre qui chuta ensuite jusqu’à 28 en 1975, avant de remonter et se stabiliser à une moyenne de 60 dans les années 1990. Ces dernières années, on observe un engouement nouveau pour la profession de Geisha au Japon, avec pour la première fois en avril 2008 plus de 100 Maikos (101 exactement) dans les 5 « hanamachi » (花街/ »quartiers des Geishas ») de Kyōto. Il semblerait que cet engouement soit notamment dû au nombre grandissant d’informations disponibles sur ce métier : livres, reportages et documentaires télévisés, mais aussi blogs et sites web personnels de Maikos ou de Geishas.

Kyōto est traditionnellement la ville des Geishas, c’est dans cette ville que les premières Geishas ont fait leur apparition. De nos jours, c’est dans cette ville qu’elles sont les plus nombreuses. Le vêtement porté par celles-ci est le « Kimono » (着物) de soie décolleté dans le dos, surnommé « obebe no kimono » (着物のおべべ) dans le dialecte de Kyōto. Les couleurs du kimono se choisissent selon la saison, mais aussi selon l’âge de celle qui le porte : les jeunes femmes portent des couleurs vives tandis que les geishas de plus de trente ans choisissent des couleurs plus discrètes. Le kimono est plus ou moins épais selon la saison : celui d’été, « Ro » (絽), est en simple gaze de soie; le kimono d’automne ou « Hitoe » (単衣) est en soie non doublée. Enfin, le kimono d’hiver, « Awase » (袷), est doublé de crêpe. il est noué dans le dos par une large ceinture de soie, nommée « Obi » (帯/おび). Ce dernier se noue différemment selon l’âge de la Geisha : les femmes mûres le portent en « nœud de tambour » (太鼓結び/ »Taiko Musubi »), mais les Maikos le portent « en traîne » (だらり帯/ « darari obi »), avec un nœud qui remonte jusqu’aux omoplates, le bout de l’Obi traînant presque par terre. Un tel nœud nécessite une étoffe de plusieurs mètres de long. Ce nœud dans le dos distingue les Geishas des « Oiran » (花魁) et autres prostituées, qui nouaient leur obi sur le devant pour pouvoir l’enlever et le remettre plusieurs fois au cours d’une soirée. Enfiler un Kimono et nouer un Obi est une opération complexe, d’autant plus que, les kimonos étant tous de la même longueur quelle que soit la taille de la porteuse, il est généralement nécessaire de replier le tissu de celui-ci sous l’Obi, sauf pour une Geisha très grande. C’est pourquoi les Geishas font souvent appel aux services d’un « habilleur professionnel ». Les kimonos sont fabriqués et peints à la main, ce qui les rend très chers : entre 5000 et 6 000 euros pour un bon kimono. En dehors des kimonos « ordinaires », les Geishas portent le « Kurotomesode » (黒留袖) pour les cérémonies importantes, noir et orné des cinq « Kamons » (家紋/blasons) de leur « Okiya » (置き屋/ »maison de Geisha »). En guise de sous-vêtements, les geishas portent un « Koshimaki » (腰巻) ou « couvre-hanches », une simple bande de tissu fin enroulée autour des hanches, puis une combinaison.

Cette combinaison doit être en harmonie avec les couleurs du kimono, car elle apparaît en deux endroits : au niveau des chevilles quand la geisha relève son kimono pour marcher, et au niveau du col. Ce col est traditionnellement cousu chaque matin à la combinaison choisie par la geisha, puis décousu le soir pour être lavé. Il est rouge, couleur associée à l’enfance, pour les Maikos, et blanc pour les Geishas confirmées. Ces dernières portent aux pieds des « Tabis » (足袋/ »chaussettes ») et des « Getas » (下駄/ »sandales de bois »). Bien souvent le maquillage que l’on associe aux Geishas est en réalité celui des Maiko. La distinction entre les deux réside dans le port du rouge à lèvres. Si les Geishas ont les lèvres entièrement teinte, il ne s’agit chez les Maikos que de la lèvre inférieure. Le visage est entièrement fardé de blanc, par-dessus une couche d’huile appelée « bintsuke-abura » (鬢付け油). Le maquillage est étalé à l’aide d’une brosse de bambou, puis l’excédent est tamponné avec une éponge. Autrefois, ce maquillage contenait du plomb, si bien que beaucoup d’anciennes Geishas souffraient de maladies et de problèmes de peau. De nos jours, il est à base de poudre de riz. La nuque est également maquillée de blanc, en laissant apparaître une partie de la peau. Les joues, les yeux et les lèvres sont maquillés de rose et de rouge. Les sourcils et le contour des yeux sont tracés avec un bâtonnet de charbon de « paulownia » (泡桐), ou avec du « khôl ». La bouche peut être entièrement teintée de rouge, mais beaucoup de Maikos maquillent uniquement leur lèvre inférieure, de façon à avoir un air boudeur. Le maquillage est une opération délicate, et les Maikos se font souvent aider par leur « okâsan » (おかあさん/ »mère ») ou par une maquilleuse lorsqu’elles débutent; Par la suite, elles doivent apprendre à faire leur maquillage elles-mêmes. Au fur et à mesure de leur carrière, elles en diminuent la quantité; les Geishas de plus de trente ans ne portent quasiment plus de maquillage, sinon dans les grandes occasions.

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Les coiffures des Geishas sont des chignons traditionnels réalisés chez un coiffeur spécialisé et doivent tenir une semaine. Afin de ne pas aplatir leur coiffure, les Geishas doivent dormir sur un « repose-nuque » appelé « takamakura » (高枕). Les chignons nécessitant de tirer beaucoup sur les cheveux au sommet du crâne, beaucoup d’anciennes Geishas ont une calvitie. Cela tend à disparaître de nos jours, d’une part parce que les Maikos débutent plus tard qu’avant, et d’autre part parce que certaines Geishas utilisent des perruques. La coiffure typique des Maikos est dite en « pêche fendue »; Il s’agit d’un chignon divisé en deux et au milieu duquel apparaît une étoffe de soie : autrefois rouge puis blanc une fois la virginité de la Geisha perdue. Les plus âgées portent d’autres types de chignon comme le « Marumage » (丸髷). Ceux-ci sont ornés de peignes, ainsi que d’épingles à cheveux nommées « Kanzashi » (簪).

La structure d’un Okiya, maison de Geisha, s’apparente à une structure familiale, où la patronne est appelée okāsan, « mère », et où les Geishas plus âgées sont considérées comme les grandes sœurs des plus jeunes. Les Okiyas, auxquelles étaient généralement vendues les Geishas, percevaient alors la majeure partie de leur salaire, jusqu’au remboursement total de leur dette. Un Okiya se transmet par succession. L’une des geishas de la maison est désignée comme « l’héritière » (跡取り/ »Atotori ») : il peut s’agir soit d’une fille naturelle de l’Okāsan, soit d’une Geisha talentueuse adoptée par la maison. En tant qu’héritière, ses gains se confondent avec ceux de son Okiya, et elle est censée devenir la prochaine Okāsan. De nos jours, les jeunes filles ont le choix entre deux modes de vie : soit elles vivent dans un Okiya, qui leur fournit un logement et des Kimonos mais perçoit une partie de leurs gains en échange, soit elles sont indépendantes : elles vivent alors dans leur propre logement, et doivent financer elles-mêmes leurs vêtements et leur équipement, mais elles conservent la quasi-totalité de leurs gains. Elles restent cependant rattachées à l’Okiya, qui leur sert « d’agence de rendez-vous » et qui perçoit une petite commission en échange. Qu’elles soient indépendantes ou non, la vie des Geishas est partagée avec tout le Hanamachi : à chaque occasion importante, elle en fait le tour et annonce la nouvelle aux patrons des maisons de thé en leur offrant de la nourriture ou des cadeaux. Généralement, une cérémonie a également lieu dans la maison de thé habituelle de la Geisha. Elles forment souvent de véritables « lignées ». En effet, chaque jeune fille désirant devenir Geisha doit pour cela se trouver une « grande sœur », elle-même Geisha confirmée et plus âgée qu’elle, qui lui enseigne le métier, l’emmène à ses rendez-vous, et touche en contrepartie un pourcentage des gains de sa « petite sœur » durant l’apprentissage.

La « grande sœur » et la « petite sœur » se lient lors d’une cérémonie appelée « san san ku do » (さんさんくど), au cours de laquelle elles boivent trois gorgées dans trois coupes de saké. Cette cérémonie est également un moment clé du mariage traditionnel japonais, elle symbolise la création d’un lien entre deux personnes. La « petite sœur » se choisit à ce moment un nom de Geisha, sur les conseils de son Oneesan. Elle prend généralement un nom dont la racine est la même que celui de sa « grande soeur » : ainsi, la petite sœur d’une Geisha nommée « Ichiume » pourra prendre le nom de « Ichigiku ». Une Geisha, pour augmenter ses gains ou devenir indépendante, a besoin d’un protecteur, nommé « Danna » (旦那), un homme riche qui lui fait divers cadeaux, ce qui ne le dispense pas de payer les prestations de la Geisha au tarif normal. Elle et son Danna se lient au cours d’une cérémonie analogue au san san ku do. Autrefois, la notion de Danna impliquait que la Geisha ait des relations sexuelles avec son protecteur, même si ce n’était jamais dit officiellement; Ce dernier était d’ailleurs souvent choisi non pas par la Geisha elle-même, mais par l’Okiya, en fonction de sa richesse et de son prestige. Il est possible qu’une Geisha ait des relations plus ou moins suivies avec des hommes qu’elle a rencontrés, mais ces relations sont généralement discrètes, car la réputation d’une Okiya pâtirait du mauvais comportement de celles-ci. Les Geishas sont censées être célibataires, et celles qui se marient abandonnent leur métier. Celles qui mettent un terme à leur carrière organisent une cérémonie d’adieu, le « hiki-iwai » (引き祝い), au cours de laquelle elles offrent du riz bouilli à leur Oneesan et à leur Okāsan.

Les geishas étaient traditionnellement entraînées depuis leur petite enfance. Les jeunes filles étaient vendues par les familles pauvres aux Okiyas, qui se chargeaient de les élever et d’assurer leur éducation. Durant leur enfance, elles travaillaient comme bonnes, puis comme assistantes dans les maisons de Geishas pour contribuer à leur entraînement mais aussi pour assurer le remboursement de la dette contractée pour le coût de leur éducation qui est souvent élevé. En particulier, la plus jeune fille de l’Okiya avait pour tâche de veiller à l’entrée et d’accueillir les Geishas qui revenaient de leurs rendez-vous. C’est une forme d’entraînement traditionnel au Japon et qui perdure encore aujourd’hui, dans laquelle l’étudiant vit chez son maître, l’aide, le regarde pratiquer, l’assiste et exécute les tâches ménagères. Cet entraînement dure souvent plusieurs années. Elles commençaient dès leur plus jeune âge à pratiquer un vaste éventail d’arts. La tradition japonaise veut que les enfants qui pratiquent les arts commencent « le sixième jour du sixième mois de leur sixième année », mais il arrivait que les futures Geishas commencent plus tôt. La formation des Geishas inclut la pratique de plusieurs instruments de musique : le « Shamisen » (三味線), instrument à trois cordes typique des Geishas, mais aussi la flûte japonaise ainsi que différents tambours traditionnels : le « Tsutsumi » (鼓) qui se tient sur l’épaule, « l’Okawa » (大鼓) sur les cuisses, et enfin le « Taiko » (太鼓), le plus grand, que la Geisha pose à côté d’elle et frappe avec une baguette. À noter que les airs de Shamisen ne sont généralement pas inscrits sur des partitions, et les Geishas les apprennent à l’oreille. Elles étudient également le « Chanoyu » (茶の湯/ »cérémonie du thé »), « l’Ikebana » (生け花/ »composition florale »), la poésie et la littérature japonaise. La danse traditionnelle est étudiée par toutes les Geishas afin d’obtenir un port gracieux et une démarche élégante, mais seules les Geishas les plus belles et les plus douées sont encouragées à se spécialiser dans cet art. Pour leur apprentissage, elles traversent une plus ou moins longue période (d’au moins un an) au cours de laquelle elles suivent et observent leur « grande sœur ». Elles n’ont alors pas de clients, mais participent aux fêtes le soir, et vont à l’école la journée. Cette période, qui dure quelques mois de nos jours, est appelée « Minarai » (見習い), ce qui signifie « apprendre par l’observation ». Les très jeunes filles sont alors appelées « Shikomiko » (仕込妓/ »apprenties-Geishas »). En regardant et assistant leurs aînées, elles apprennent le « Kitsuke » (着付/ »port du Kimono »), l’art de la conversation, différents jeux (par exemple le jeu de celui qui boira le plus, avec un client), et l’art de divertir. Une fois devenues apprenties, elles accompagnent des Geishas dans les maisons de thé, aux réceptions et banquets. Durant cette période, leur Oneesan se charge de leur transmettre sa propre expérience, en échange de quoi elle perçoit un pourcentage des gains de sa « petite sœur ».

Cette méthode d’entraînement persiste encore aujourd’hui mais elle est raccourcie, étant donné que la majeure partie des Geishas le deviennent à la fin de l’adolescence. La formation d’une Geisha se termine officiellement lors de la cérémonie dite du « changement de col » (襟替え/ »Erikae »), où elle remplace son col rouge de Maiko par le col blanc des Geishas confirmées. La tradition veut que la Maiko soit mise aux enchères lorsqu’elle est jugée digne de devenir une Geisha à part entière. À « l’époque Edo » (江戸時代), leur virginité était vendue au plus offrant vers l’âge de 14 ans. Vers les années 1950, la pratique est toujours vivace mais les enchères ne commencent que lorsque la Maiko a fêté ses 18 ans. Leur virginité n’a pas de prix et atteint souvent des sommes tellement importantes que seuls de grands industriels peuvent se les offrir. Le prestige en rejaillit sur leur firme. Ces « Dannas » richissimes, qui n’achètent pas que « la première nuit » (水揚げ/ »Mizuage »), mais un ensemble de nuits s’étendant parfois sur plus d’une année. Souvent mariés par ailleurs, ils achètent, en fait, l’admiration de leurs pairs et n’ont pas toujours de relations sexuelles avec la Maikos. Aujourd’hui, les Geishas n’entrent plus dans les Okiyas dès leur enfance. Devenir une Geisha est désormais un acte entièrement volontaire, qui se fait souvent à dix-sept ou dix-huit ans. L’apprentissage reste néanmoins long et difficile; Cependant, les Geishas étant de plus en plus difficiles à recruter, les apprenties sont chouchoutées par leurs aînées, ce qui contraste avec l’époque où leur travail était volontairement difficile, voire épuisant, pour s’assurer de leur obéissance.

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Le travail principal des Geishas est de participer aux banquets nommés « Zashikis » (座敷). Ceux-ci ont généralement lieu dans les maisons de thé ou les « restaurants traditionnels » (料亭/ »ryōtei »), mais peuvent également se dérouler dans des salons privés ou chez des particuliers. Les Geishas ont pour rôle de divertir leurs clients; Selon le client et les circonstances, ce peut être en dansant et en jouant des airs traditionnels, ou simplement en discutant et en jouant à divers jeux de société. Les Zashikis ne sont pas ouverts à n’importe quels clients. Il faut connaître le « Geisha Asobi » (芸者遊び), l’art de se divertir en compagnie des Geishas, et aussi être un client solvable. En effet, les Zashikis sont payés sur facture, après le banquet, par les clients au restaurant, qui paye les honoraires des Geishas au « kenban » (けんばん), qui se charge de répartir l’argent entre les Geishas ayant participé. Si les clients tardent à payer, voire ne payent pas du tout, le restaurant doit payer lui-même les honoraires des Geishas; C’est pourquoi beaucoup de restaurants ou « d’Ochayas » (お茶屋/ »salons de thé ») ne sont ouverts qu’aux habitués ou aux personnes recommandées par leurs habitués. Les honoraires des Geishas portent le nom poétique de « O-hana » (お花) ou « Hanadai » (花代), « argent-fleur ». Ils sont proportionnels au temps que passe la Geisha au Zashiki. Une Maiko n’encaisse qu’un demi-hanadai là où une geisha confirmée en reçoit un entier.

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Les Geishas danseuses se produisent lors de festivals de danse. Les plus célèbres, à Kyōto, sont le « Kamogawa Odori » (鴨川をどり/ »danse du fleuve Kamo ») à Ponto-chô, et le « Miyako Odori » (都をどり/ »danse de la capitale ») à Gion. Le Miyako Odori a débuté à l’occasion de l’Exposition Universelle de Kyōto en 1871. Le Kamogawa Odori a débuté en 1872, et depuis, il a lieu tous les ans en mai et en octobre; Il n’a été interrompu qu’en 1945, au moment de la fermeture des Okiyas pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors de ces festivals, les Geishas donnent des représentations de danse traditionnelle, mais aussi de théâtre « kabuki » (歌舞伎), en particulier pour le Kamogawa Odori. Les Geishas ne sont pas payées pour leurs représentations dans les festivals. Au contraire, elles dépensent souvent beaucoup pour les financer, et vont parfois même jusqu’à s’endetter. Cela est dû au fait que pour une « Odoriko » (踊り子/ »Geisha danseuse »), participer à un festival est une marque de prestige importante. Pour cette raison, les Geishas qui participent aux festivals de danse ne sont pas des débutantes, elles ont souvent au moins trente ans. Tōkyō est la seconde ville la plus importante en matière de nombre de Geishas. La capitale du Japon possède elle aussi ses Hanamachis, dont les plus renommés sont « Shinbashi » (新橋), « Asakusa » (浅草), « Mukōjima » (向島), « Kagurazaka » (神楽坂) et « Akasaka » (赤坂), ce dernier étant le Hanamachi le plus cher et le plus renommé de Tōkyō; Il abrite, comme à Kyōto, un festival de danse annuel nommé « Azuma Odori » (東をどり). À Tōkyō, le terme associé aux Geishas est « Gyoku » (玉/ »bijou/pierre précieuse ») plutôt que « hana » (花/ »fleur »). Leurs honoraires sont surnommés « argent-bijou » (玉代/ »gyokudai »); De même, les apprenties Geishas de Tōkyō sont appelées « hangyoku » (半玉), ce qui signifie « demi-bijou » car, comme à Kyōto, elles ne perçoivent que la moitié des honoraires d’une Geisha confirmée, donc un demi-gyokudai. Les jeunes filles de Tōkyō ne décident généralement pas de devenir Geishas avant dix-huit ans, alors qu’à Kyōto, elles commencent à dix-sept ans (les lois sur le travail des enfants interdisent de commencer plus tôt). De plus, la période d’apprentissage est très réduite, et les Hangyoku ne le restent généralement que quelques mois à un an et demi. Contrairement à ce qui se passe à Kyōto, il est courant que les Geishas de Tōkyō vivent en dehors de leur Hanamachi. Elles sont rattachées à un Okiya comme le demande la loi, mais ce dernier ne leur sert que d’agence de rendez-vous, et de vestiaire où elles stockent leurs kimonos.

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Les Geishas de province sont parfois surnommées « chihō » (地方/littéralement « province »). On les trouve principalement dans les lieux touristiques ou de villégiature. En 1975 et 1976, « Liza Dalby », une anthropologue américaine, suit de près des Geishas dans leur activité à Kyōto, au point d’y participer également, sans toutefois avoir suivi la formation adéquate ni faire partie d’un Okiya. En 1983 elle publie « Geisha » basé sur son travail de recherche de thèse qui est adapté pour la télévision en 1986 sous le titre de « American Geisha ». Elle est consultante pour le film « Mémoires d’une geisha » sorti en 2005. En décembre 2007, le quartier d’Asakusa de Tokyo a vu les débuts de « Sayuki » (沙雪), la première Geisha occidentale dans l’histoire du Japon. Sayuki, de son vrai nom « Fiona Graham », est une anthropologue australienne devenue Geisha à la suite d’un projet universitaire. Cependant, depuis juin 2011, Sayuki ne fait plus partie de l’association officielle des Geishas d’Asakusa, mais continue néanmoins de faire des banquets à Tokyo. Selon une geisha membre de l’association, elle aurait refusé de suivre les leçons normalement imposées, devenant hystérique lorsque lui était refusé le droit de pratiquer devant des clients, par manque de formation. D’après « Peter Mac Intosh », un réalisateur de documentaires qui a étudié le monde des Geishas pendant 18 ans, Fiona Graham n’agit pas comme une geisha.

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Les Geishas et prostituées étaient historiquement cloisonnées dans les mêmes quartiers. Au sein du « karyukai », « monde des fleurs et des saules », qui désigne le quartier des plaisirs, ces deux catégories bien particulières de femmes se rencontraient et parfois même se côtoyaient au sein d’une même maison de thé. Au XIXe siècle il pouvait ainsi arriver qu’une maison de thé propose, en plus d’une mise à disposition de ses Geishas pour un Zashiki, les services nocturnes d’une prostituée, elle aussi rattachée à la maison. En période de crises, il n’était pas rare de voir des Geishas de moindre classe se prostituer. Cependant cela n’était pas dénué de conséquence, et bien souvent la Geisha ne pouvait espérer par la suite retrouver une position honorable, après avoir cédé ouvertement à la prostitution. La méprise entre ces deux métiers, principalement en Occident, s’explique également par la relation particulière qu’entretiennent les Geishas avec leur mécène. À l’instar des artistes occidentaux, pour subvenir aux besoins onéreux de leurs coiffures et kimonos, les geishas usent du mécénat. Un mécénat qui s’exprime par une forme toute particulière qui se retrouve dans le don de pourboires exorbitants par leurs clients les plus fidèles. Si aucun ne bénéficie de faveur particulière, il en va cependant différemment pour l’homme que choisit de prendre pour Danna la geisha. Il doit subvenir à l’ensemble de ses besoins, par le cadeaux d’onéreux costumes, l’achat si elle est danseuse de la majeure partie des billets de ses spectacles, la mise à disposition d’un logement et plus simplement d’une rente couvrant les frais de coiffures, autant que ceux de l’habilleur et de ses vêtements. Si être Danna se révèle le plus onéreux des investissements, il apporte au porteur de ce statut une importance sociale et un prestige auprès des siens. La Geisha, en échange, lui accorde toute son attention, le privilégie dans le choix de ses Zashiki et offrait, autrefois, à lui seul ses faveurs sexuelles.

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Les Geishas des villes thermales japonaises ou « Onsens » (温泉), des lieux de détente où l’ambiance est globalement plus légère que dans les villes, étaient souvent plus sollicitées sexuellement, en particulier pour le jeu de la « petite rivière », où les danseuses relevaient progressivement leur kimono comme pour traverser une rivière de plus en plus profonde. Elles avaient ainsi moins bonne réputation. De nos jours, cette pratique a disparu. Avec l’ouverture du Japon au reste du monde au XIXe siècle, les occidentaux au Japon découvrent ces femmes et se font parfois abuser par des prostituées maquillées en geisha, notamment dans les Onsens. Le terme « Onsen Geisha » (温泉芸者) est ainsi utilisé comme euphémisme en japonais pour désigner ces prostituées se faisant passer pour des geishas.

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DuiLian 對聯


Dans la poésie chinoise, un « couplet » (對聯/ »DuiLian ») est une paire de lignes de poésie qui adhèrent à certaines règles. En dehors des poèmes, ils sont généralement visibles sur les côtés des portes menant aux maisons ou sous forme de rouleaux suspendus dans un intérieur. Bien que souvent appelés « couplets antithétiques », ils peuvent mieux être décrits comme une forme écrite de « contrepoint ». Les deux lignes ont une correspondance « un-à-un » dans leur longueur métrique, et chaque paire doit trouver sa correspondance sonore. Un couplet est idéalement profond mais concis, en utilisant un caractère par mot dans le style chinois classique. Le « Couplet de Printemps » (春聯/ »ChunLian »), utilisé comme décoration de nouvel an, exprime des pensées de bonheur et d’espoir pour l’année à venir. Il comporte généralement sept caractères, sur deux côtés du cadre de la porte, dont le contenu est lié au printemps. Les règles lexicales et tonales sont toujours respectées, mais pas strictement. Parfois, en même temps, un rouleau horizontal de quatre à cinq caractères est pendu sur la traverse de la porte. Son contenu se rapporte principalement sur la beauté de la nature, le patriotisme de la Chine et le désir d’un avenir splendide.

Un DuiLian doit respecter les règles suivantes :

  • Les deux lignes doivent avoir respectivement le même nombre de caractères.
  • La catégorie lexicale de chaque caractère doit être la même que le caractère correspondant.
  • La tonalité d’une ligne doit être l’inverse de l’autre. Cela signifie généralement que si un caractère a un « ton de niveau » (平聲), celui de son caractère correspondant dans l’autre ligne doit être « oblique » (仄聲).
  • Le dernier caractère de la première ligne devrait être d’un « ton oblique », ce qui force le dernier caractère de la deuxième ligne à être de « niveau ».
  • Les significations des deux lignes doivent être liées, chaque paire de caractères correspondants ayant également des significations connexes.

Originaires des « Cinq Dynasties » (五代), et particulièrement florissants sous les dynasties « Ming » (明朝) et « Qing » (清朝), les couplets ont une histoire de plus de mille ans et restent un aspect durable de la culture chinoise. Souvent, les couplets sont écrits sur du papier rouge et collés sur les murs. Parfois, ils sont gravés sur des plaques de bois pour un affichage plus permanent. Les « couplets de duel » sont un passe-temps populaire avec des locuteurs chinois, un jeu de dextérité verbale et intellectuelle, d’esprit et de vitesse qui partage certains parallèles avec les « douzaines ». Le « HuiChun » (揮春) est une décoration traditionnelle fréquemment utilisée durant le « Nouvel An chinois » (農曆新年). Les gens les mettent sur les portes pour créer une atmosphère festive jubilatoire puisque les phrases y figurant signifient la bonne chance et la prospérité. Habituellement, le HuiChun est écrit à la main, mais pour des raisons de commodité, les versions imprimées sont produites en série de nos jours, de forme carrée ou rectangulaire. Il peut être suspendu verticalement ou horizontalement. Non seulement il existe en Chine, mais aussi en Corée, au Japon et au Vietnam.

Idiome condensé en un seul caractère (招財進寶/ »Attirez les richesses, faites entrer les trésors »).

Le HuiChun a pour originaire le « TaoFu » (桃符), talisman qui, jadis, était réalisé en bois de pêcher, réputé magique. Ce type de charme est un long morceau de bois d’environ sept à huit pouces de long et un peu plus d’un pouce de large. Selon la légende, il y avait un pêcher dans la mer de Chine orientale qui était la porte par laquelle les fantômes passaient pour traverser le monde souterrain vers le monde des vivants. « ShenTu » (神荼) et « YuLei » (鬱壘), divinités gardiennes de cette porte, étaient chargés de monter la garde devant celle-ci. Les fantômes voyageant dans notre dimension pendant la nuit devaient impérativement retourner dans le monde souterrain avant le petit matin, sous peine de rester prisonniers ici-bas. On croyait que les deux dieux pouvaient dissiper tous les démons qui nuisaient aux humains pendant la nuit. Les gens utilisaient donc le bois de pêcher pour fabriquer deux marionnettes à leur effigie et les suspendaient à l’entrée de leur maison afin de protéger leur famille. Puis, dès la « dynastie Han » (漢朝), les gens trouvèrent difficile et laborieux de fabriquer ces amulettes, alors ils les simplifièrent par deux planches en bois de pêcher sur lesquelles ils dessinèrent ou gravèrent le portrait des divinités.

Talisman en bois de pêcher (« TaoFu »/桃符) représentant « ShenTu » (神荼) et « YuLei » (鬱壘), « Dieux des Portes » (門神).

Plus tard, les gens  écrivirent simplement leurs noms sur des morceaux de bois de pêcher et les accrochèrent des deux côtés de la porte. Autour de la « dynastie Tang » (唐朝), les gens du peuple n’écrivaient plus seulement les noms des dieux, mais ajoutaient quelques bénédictions pour symboliser la bonne fortune et exprimer leurs espoirs et leurs meilleurs vœux pour la nouvelle année. Depuis la « dynastie Ming » (明朝), les morceaux de bois de pêcher ont été remplacés par des papiers de couleur rouge vif de forme carrée, sur lesquels des idéogrammes noirs ou ors sont calligraphiés au pinceau. Semblable à la couleur du feu, la couleur rouge a été choisie pour effrayer la légendaire et féroce bête « Nian » (年獸), qui mangeait les récoltes des villageois, le bétail et même les villageois eux-mêmes à la veille de la nouvelle année. Dans les temps anciens, le HuiChun était fait de « papier Xuan » (宣紙), également appelé « papier de riz », sa texture fine et douce permettant une expression artistique vivante et dynamique en calligraphie chinoise. En cette ère de technologie, les citadins écrivent rarement leur propre HuiChun. Au lieu de cela, ils les achètent dans les magasins de papeterie ou les centres commerciaux où une grande diversité de styles est offerte.

La commercialisation de HuiChun peut être vue lorsque des personnages animés sont utilisés pour attirer les enfants alors que la décoration scintillante est utilisée pour attirer les adultes. De plus, le matériau employé n’est plus limité au simple papier. Il peut être fait de tissu, de plastique ou de carton épais. Néanmoins, la pratique de l’écriture HuiChun se poursuit dans les zones traditionnelles, en particulier dans les villages fortifiés, faisant ainsi perdurer cet art. Parmis les types de HuiChun les plus courants, ont trouve le « DouFang » (斗方), carré dont les angles indiquent les quatre points cardinaux. En raison de l’espace limité, ce type de HuiChun affiche seulement un caractère tel que « Chun » (春/ »printemps »), « Man » (滿/ »plein ») et « Fu » (福/ »bonheur »).  Ce dernier est toujours accroché à l’envers sur le centre de la porte. La raison expliquant cela est liée à l’homonymie des mots mandarins « inversé » (倒/ »dao ») et « arrivée » (到/ »dao ») suggérant l’arrivée du bonheur et de la bonne fortune. Les « mots combinés », caractère unique mais inexistant dans le dictionnaire chinois, regroupant plusieurs caractères, sont également communément utilisés.

Caractère « Fu » (福) inversé.

Le « ChunTiao » (春條) est un rectangle vertical ou horizontal qui porte deux ou quatre caractères chinois. Les phrases auspicieuses sont exprimées en fonction de divers contextes. Par exemple, « GongXi FaCai » (恭喜發財) est une phrase omniprésente qui veut que les gens deviennent riches afin de pouvoir les voir en toute occasion. En ce qui concerne le lieu de travail, « CaiYuan GunGun » (財源滾滾/ »La marchandise va tourner comme une roue ») est un terme qui suggère la prospérité. À la maison, « NianNian YouYu » (年年有餘/ »surplus année après année ») exprime l’excédent de possessions familiales à la fin de l’année. Les enfants collent généralement « XueYe JinBu » (學業進步/ »Progrès dans les études ») sur les portes de leurs chambres en espérant une position plus élevée lors de la prochaine année scolaire, alors que les personnes âgées pendent « LongMa JingShen » (龍馬精神/ « Vitalité du dragon et du cheval ») afin de conjurer les maladies.

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