Tablettes ancestrales dans la religion chinoise 牌位


Une « tablette ancestrale » (牌位), parfois également désignée sous l’appellation de « tablette mémorielle », « tablette spirituelle » ou « tablette mortuaire », est un panneau utilisé pour marquer la présence d’une divinité ou de l’âme d’un ancêtre. Originaires de la culture chinoise, les tablettes ancestrales se retrouvent dans la plupart des cultures d’Asie de l’Est où se pratique le culte des ancêtres (notamment au Japon, en Corée et au Viêt Nam). Elles peuvent être réalisées à partir de différents matériaux (bois, pierre) et sont généralement richement décorées. On les trouve dans la plupart des temples confucéens, des sanctuaires et des autels familiaux en Chine et à Taïwan, où elles sont désignées par le terme « shen ZhuPai » (神主牌). Les tablettes sont à différencier des idoles, dans la mesure où la personne honorée n’est pas représentée sur l’objet.

Les tablettes ancestrales sont généralement utilisées pour honorer une divinité ou la mémoire d’un ancêtre. Elles sont placées dans des autels familiaux ou dans les temples confucéens, s’ils comprennent une salle destinée à accueillir les tablettes dédiées à des particuliers. Dans la tradition taoïste, elles servent à emprisonner l’esprit de la divinité. Cette pratique cultuelle a influencé la religion bouddhiste, qui a fait peu à peu usage de tablettes dans les temples. Cependant, leur fonction ne se limite pas aux ancêtres mais est également d’emprisonner l’âme d’esprits vagabonds et de démons. Lors d’une cérémonie, des bâtons d’encens sont souvent allumés devant la tablette.

Parfois, des fruits, du thé et des pâtisseries sont offerts à l’esprit pour rassasier sa faim. Dans la religion traditionnelle chinoise, une famille a généralement une ou plusieurs tablettes dédiées à des divinités :

  • Une à l’extérieur de la maison, sur la porte d’entrée, qui sont fréquemment dédiées à « l’Empereur de jade » (玉皇大帝) ou à la divinité de la Terre, « TuDiGong » (土地公).
  • Une dans la cuisine, en l’honneur de « Zao Jun » (灶君), divinité de la nourriture.
  • Deux dans la maison, dont au moins une dans le salon en l’honneur d’une divinité ou des ancêtres de la famille. Les tablettes ancestrales sont également présentes dans d’autres cultures asiatiques, comme au Japon, en Corée et au Viêt Nam. Dans le bouddhisme japonais, les tablettes sont utilisées lors des rites funéraires et sont rangées dans « l’autel à Bouddha » (仏壇/ »Butsudan ») présent dans la maison de chaque pratiquant. On en trouve également dans les « Kaisan-dō » (開山堂), édifice dédiés à la conservation des tablettes funéraires dans les monastères. Dans la culture coréenne, les tablettes jouent un rôle primordial dans les rites traditionnels : placées au centre de la cérémonie appelée « jesa » [제사/祭祀]), elles représentent l’esprit de l’ancêtre et sont entourées d’offrandes.
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Prunier 梅


En Chine, la « fleur de prunier » (梅花/ »MeiHua » en chinois) est un symbole particulièrement évocateur. Elle est la fleur de l’hiver, annonciatrice du printemps. Son motif est souvent associé à la craquelure de la glace. Le prunier est le premier arbre à fleurir dans l’année, avant même que ses feuilles se soient développées et même sous la neige. On dit que sa floraison est d’autant plus belle que la plante a subi les rigueurs de l’hiver. La fleur de prunier est toujours représentée avec cinq pétales et fut choisie en 1911 comme la fleur nationale de la « république de Chine » (中華民國/aujourd’hui « TaïWan » [臺灣]). Les cinq pétales, exactement comme les cinq couleurs du premier drapeau de la république chinoise, symbolisent les cinq peuples de la Chine: les Chinois « Han » (漢族), les « Mongols » (蒙古族), les « Mandchous » (滿族), les « Mahométans » (regroupant les groupes ethniques de confession musulmane) et les « Tibétains » (藏族).

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Les cinq pétales représentent aussi les cinq éléments du « TaiJi Quan » (太極拳). La fleur de prunier est quelquefois utilisée pour symboliser « l’Alchimie taoïste » (煉丹) et elle fait alors référence aux « cinq éléments » du TaiJiQuan. Elle fait aussi référence à la persévérance requise dans la démarche de cette discipline et à la fin de « l’hiver » de l’être humain, quand « le printemps » du naturel le touche, l’enveloppe dans ses pétales accueillants. C’est une représentation de notre résilience. Les légendes chinoises disent que les « Immortels taoïstes » (仙人) se nourrissent de fleurs de prunier et « Lao-Tseu » (老子) serait né au pied d’un prunier.

La disposition resserrée des cinq pétales de la fleur de prunier symbolisent l’harmonie, l’unité des différentes parties de notre corps, des êtres humains entre eux et de tout ce qui existe. Cette floraison, à la fin de l’hiver, dans le grand froid et la neige abondante, une floraison qui revient chaque année, infailliblement, évoque la force de la vie, l’espoir, la vaillance, la ténacité, la continuité, la santé et la longévité. La fleur de prunier représente aussi la retenue et la simplicité. En effet, elle fleurit et donne à voir sa beauté pendant que les autres fleurs se préparent, puis elle leur laisse la place dès que celles-ci apparaissent. Son travail est alors achevé. Le « président Mao » (毛澤東) a écrit un célèbre poème sur les fleurs de prunier, et plusieurs de femmes chinoises se prénomment aujourd’hui « Fleur de Prunier »… De tout temps, la fleur de prunier a inspiré les musiciens, les peintres et les poètes. Ainsi, l’expression aller « fouler la neige à la recherche de la fleur de prunier  » () signifie être à la recherche d’un sujet d’inspiration. Il y a 1 800 ans, à « l’époque Song » (宋朝), « Zhong Ren » (仲仁) écrivait dans son « Traité de la peinture du prunier » (華光梅譜), qu’il fallait considérer le prunier comme un symbole de l’univers dont il était en quelque sorte le modèle réduit. Pour exprimer un souhait de bonheur ou de plaisir, on mêle les fleurs de prunier aux « fleurs de pêcher » (桃花).

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山園小梅

林逋

眾芳搖落獨暄妍,
佔盡風情向小園。
疏影橫斜水清淺,
暗香浮動月黃昏。

霜禽欲下先偷眼,
粉蝶如知合斷魂。
幸有微吟可相狎,
不須檀板共金樽

« Le petit prunier du Jardin de Montagne »
de « Lin Pu«  (林逋)

« Toutes les fleurs sont étiolées; lui seul, il resplendit,
Vainqueur de tout le petit monde du jardin.
Son ombre clairsemée zèbre une eau pure et peu profonde,
Son parfum flotte obscurément dans la soirée où se lève la lune.

L’oiseau aux ailes givrées, avant de se poser, le regarde à la dérobée;
Si le papillon poudré le savait, il serait jaloux.
Mais, par de subtiles chansons, l’oiseau sait faire sa coure :
Point n’a besoin de claquettes de santal ni de coupes d’or »

Le genre « Prunus Mume », terme botanique pour désigner cette espèce, est un arbre à feuilles caduques qui commence à fleurir en plein hiver, généralement entre janvier et la fin février en Asie de l’Est, pouvant atteindre 4 à 10 mètres de hauteur. Les fleurs ont un diamètre de 2–2,5 cm et une forte odeur parfumée. Ils ont des couleurs dans différentes nuances de blanc, rose et rouge. Les feuilles apparaissent peu de temps après la chute des pétales, sont ovales à bout pointu et mesurent 4–8 cm de long et 2,5–5 cm de large. Le fruit mûrit au début de l’ été, autour de Juin et Juillet en Asie de l’ Est, et coïncide avec la saison des pluies d’Asie de l’ Est, le « MeiYu » ( 梅雨/ »pluie de prunes »). La drupe a un diamètre de 2 à 3 centimètres avec une rainure allant de la tige à la pointe. La peau devient jaune, parfois avec un rougissement, au fur et à mesure qu’elle mûrit et la chair devient jaune. L’arbre est cultivé pour ses fruits et ses fleurs .

La plante est connue sous différents noms en anglais, notamment « Chinese plum » et « Japanese apricot ». Un nom alternatif est « Ume », du japonais, ou « Mume », du nom scientifique. Un autre nom alternatif est « Mei », du chinois. La fleur y est connue sous le nom de « MeiHua » (梅花), ce qui a fini par être traduit par « fleur de prunier » ou parfois par « prune en fleurs ». Le terme « prune d’hiver » peut également être utilisé, en particulier en ce qui concerne la représentation de la fleur avec sa floraison précoce dans la peinture chinoise. Le fruit est appelé « MeiZi » (梅子). Des variétés d’arbres d’ornement et des cultivars de « P. Mume » ont été cultivés pour la plantation dans divers jardins en Asie orientale et pour les branches en fleurs coupées utilisées dans les compositions florales. En Chine, il existe plus de 300 cultivars de « Prunus Mume » enregistrés. Celles-ci sont classées par phylogénétique (Prunus Mume et deux hybrides) en branches, types de branches en groupes et caractéristiques des fleurs sous plusieurs formes :

  • « ZhiZhiMei Lei » (直枝梅類/Type linéaire) Prunus Mume var. Typica.
  • « PinZiMei Xing » (品字梅型/Forme de Pleiocarpa).
  • « JiangMei Xing » (江梅型/Forme à fleur unique).
  • « GongFen Xing » (宮粉型/Double forme rose).
  • « YuDie Xing » (玉蝶型/Forme Alboplena).
  • « HuangXiang Xing » (黃香型/Forme de Flavescens).
  • « Lü’E Xing » (綠萼型/Forme de calice vert).
  • « SaJin Xing » (灑金型/Forme Versicolor).
  • « ZhuSha Xing » (硃砂型/Forme pourpre du cinabre).
  • « ChuiZhiMei Lei » (垂枝梅類/Groupe de Pendulous Mei), Prunus mume var. Pendula. « FenHua ChuiZhi Xing » (粉花垂枝型/Forme pendante rose).
  • « WuBao ChuiZhi Xing » (五寶垂枝型/Forme pendante Verbocolor).
  • « CanXue ChuiZhi Xing » (殘雪垂枝型/Forme pendante Albiflora).
  • « BaiBi ChuiZhi Xing » (白碧垂枝型/Forme pendante de Viridiflora).
  • « GuHong ChuiZhi Xing » (骨紅垂枝型/Forme pendante d’Atropurpurea).
  • « LongYouMei Lei » (龍游梅類/Groupe dragon tortueux), Prunus Mume var. Tortuosa.
  • « XingMei Lei » (杏梅類/Groupe d’abricot), Prunus Mume var. Bungo Y.
  • « YingLiMei Lei » (櫻李梅類/Groupe Blireiana), Prunus X Blireiana, Prunus cerasifera ‘Pissardii’ X Prunus mume Alphandii.

Il est contesté que « Prunus zhengheensis » (政和杏) est une espèce distincte de son congénère Prunus mume. On le trouve dans la province chinoise du « FuJian » (福建省). Il n’est connu que d’un seul comté, « ZhengHe » (政和縣). C’est un arbre de 35 à 40 m de haut, préférant pousser de 700 à 1000m d’altitude. Le fruit jaune est délicieux. Au Japon, les cultivars ornementaux de Prunus Mume sont classés en types « yabai » (野梅/ »sauvage »), « hibai » (緋梅/ »rouge ») et « bungo » (豊州/de la province du même nom). Les bungo sont également des fruits et sont des hybrides entre Prunus mume et abricot. Les arbres hibai ont un cœur rouge et la plupart d’entre eux ont des fleurs de la même couleur. Les yabai sont également utilisés comme matériel de greffe .

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En Chine continentale et à Taiwan, le « SuanMeiTang » (酸梅湯/ »jus de prune aigre ») est fabriqué à partir de prunes fumées, appelées « WuMei » (烏梅). Le jus de prune est extrait à l’eau bouillante de prunes fumées et sucré pour en faire le fameux dessert. Il varie du rose-orange clair au noir violacé et a souvent un goût fumé et légèrement salé. Il est traditionnellement aromatisé avec des « fleurs d’osmanthe » (桂花) douces et se déguste frais, généralement en été. En Corée, les fleurs et les fruits sont utilisés pour faire du thé. « Maehwa-cha » (매화차/梅花茶/ »thé aux fleurs de prunier ») est fabriqué en infusant les fleurs dans de l’eau chaude. Le « Maesil-cha » (매실차, 梅實茶/ »thé aux prunes ») est préparé en mélangeant de l’eau avec du « maesil-cheong » (매실청/梅實淸/ »sirop de prunes ») et est servi chaud ou froid. Au Japon, une boisson similaire à base de prunes vertes, au goût sucré et acidulé, est considérée comme une boisson froide et rafraîchissante et est souvent appréciée en été.

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Une sauce chinoise épaisse et douce appelée « MeiJiang » (梅醬) ou « MeiZiJiang » ( 梅子醬 ), généralement traduite par «sauce aux prunes», est également préparée à partir de prunes, ainsi que d’autres ingrédients tels que le sucre, le vinaigre, le sel et le gingembre, chili et ail. Semblable à la sauce au canard , il est utilisé comme condiment dans divers plats chinois, notamment les plats à base de volaille et les « rouleaux aux œufs » (蛋卷). En Corée, le maesil-cheong, sirop antimicrobien fabriqué à partir de sucres de prunes mûres, est utilisé comme condiment et substitut du sucre. On peut le préparer en mélangeant simplement les prunes et le sucre, puis en les laissant environ 100 jours. Pour fabriquer le sirop, le rapport sucre/prune doit être au moins égal à 1 : 1 pour éviter la fermentation, ce qui permet au liquide de se transformer en vin de prune. Les prunes peuvent être retirées au bout de 100 jours et le sirop peut être consommé immédiatement ou mûri pendant un an ou plus. En Corée, le « hwajeon » (화전/花煎/ »pancake de fleurs ») peut être fabriqué avec des fleurs de prunier. Appelé « maehwa-jeon » (매화전/梅花煎/ »galette de fleur de prunier »), le plat à crêpes est généralement sucré, avec du miel comme ingrédient. La liqueur de prune, également connue sous le nom de « vin de prune » (梅酒), est populaire au Japon et en Corée, et est également produite en Chine. « Umeshu » (梅酒/ »vin de prune ») est une boisson japonaise alcoolisée préparée en trempant des prunes vertes dans du « shōchū » (焼酎/liqueur claire). C’est doux et lisse. Un alcool similaire en Corée, appelé « maesil-ju » (매실주, 梅實酒/ »vin de prune »), est commercialisé sous diverses marques, notamment « Mae hwa soo », « Matchsoon » et « Seoljungmae ». Les variétés japonaises et coréennes de liqueurs de prune sont disponibles avec des fruits de prune entiers contenus dans la bouteille. A Taiwan, une innovation des années 1950 a popularisé le vin de prune de style japonais portant le nom de « WuMeiJiu » (烏梅酒/ »liqueur de prune fumé »), qui est fait par le mélange de deux types de liqueur de prune, « MeiJiu » (梅酒) en « Prunus Mume » et « LiJiu » (李酒) à base de « Prunus salicina » et de liqueur de « thé oolong » (烏龍茶). Au Vietnam, les prunes mûres sont macérées dans de la liqueur de riz gluant. La boisson résultante est appelée « rượu mơ ».

Le Prunus Mume est un fruit commun en Asie et utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise. Il a longtemps été utilisé comme drogue traditionnelle et comme aliment sain dans les pays d’Asie de l’Est. Une étude récente a indiqué que l’extrait de Prunus Mume est un candidat potentiel pour la mise au point d’un agent antimicrobien oral permettant de contrôler ou de prévenir les maladies dentaires associées à plusieurs bactéries pathogènes orales. Des études récentes ont également montré que l’ extrait de Prunus Mume pouvait inhiber « l’Helicobacter pylori », associé à une gastrite et à un ulcère gastrique. Des expériences sur des rats suggèrent que l’extrait de Prunus Mume administré pendant un entraînement d’endurance peut augmenter la capacité oxydative du muscle squelettique et peut amener le muscle à préférer les acides gras à son utilisation comme carburant, plutôt que les acides aminés ou les glucides, contribuant ainsi à l’endurance.

Dans le « Confucianisme » (儒家), la fleur de prunier représente les principes et les valeurs de la vertu. Plus récemment, il a également été utilisé comme une métaphore pour symboliser la lutte révolutionnaire depuis le début du XXe siècle. Comme elle fleurit en hiver, la fleur de prunier est considérée comme l’un des « Trois amis de l’hiver » (歲寒三友), avec le « pin » (松) et le « bambou » (竹). La fleur de prunier est également considérée comme l’un des « Quatre messieurs » (四君子) des fleurs dans l’art chinois avec « l’orchidée » (蘭), le « chrysanthème » (菊) et le « bambou » (竹). Il s’agit d’une des «fleurs des quatre saisons» qui se compose de l’orchidée (printemps), du lotus (été), du chrysanthème (automne) et de la fleur de prunier (hiver). Ces regroupements sont répétés dans l’esthétique chinoise de l’art, de la peinture, de la littérature et de la conception des jardins. Un exemple de la signification littéraire de la fleur de prunier se trouve dans la vie et l’oeuvre du poète « Lin Bu » (林逋) de la dynastie Song (960-1279). Pendant la majeure partie de sa vie, Lin Bu a vécu en réclusion dans un cottage près du « lac de l’ouest » (西湖), à « HangZhou » (杭州), en Chine. Selon des récits, il aimait tellement les fleurs de prunier et les grues qu’il considérait la fleur elle-même comme son épouse et les grues comme ses enfants, afin de pouvoir vivre en paix dans la solitude.

Le poète « Lin Bu » (林逋).

La « princesse ShouYang » (壽陽公主), fille de « l’empereur Wu » de Liu/Song ([劉]宋武帝), figurant en bonne place dans une légende chinoise sur les fleurs de prunier, raconte qu’une fois le 7ème jour du 1er mois lunaire, cette dernière se reposait sous les combles du palais, non loin des pruniers des jardins environnants, une fleur, portée par le vent, se posa sur son beau visage, laissant une empreinte florale sur son front qui rehaussait sa beauté. Les dames de la cour auraient été tellement impressionnées qu’elles commencèrent à décorer leur propre front avec le même motif délicat de fleurs de prunier. C’est aussi l’origine mythique de la mode florale, « MeiHua Zhuang » (梅花妝/littéralement « maquillage de fleur de prunier »), qui tire son origine de la « Dynasties du Sud » (南朝/420-589) et devint populaire parmi les dames des « dynasties Tang » (唐朝/618-907) et « Song » (宋朝/960-1279). La princesse ShouYang est célébrée en tant que déesse de la fleur de prunier dans la culture chinoise.

« Princesse ShouYang » (壽陽公主).

Au cours de la « dynastie Ming » (明朝/1368-1644), le concepteur de jardin « Ji Cheng » (計成) écrivit sa monographie définitive d’architecture de jardin, « YuanYe » (園冶), dans laquelle il décrivait le prunier comme la « belle femme de la forêt et de la lune ». L’appréciation de la nature la nuit joue un rôle important dans les jardins chinois. Pour cette raison, il existe des pavillons classiques qui témoignent de la tradition consistant à observer les fleurs de prunier au clair de lune. Les fleurs sont vues et appréciées par beaucoup alors que des festivals annuels de fleurs de prunier ont lieu pendant les saisons de floraison du Prunus. Les fleurs de prunier sont souvent utilisées comme décoration pendant la « fête du printemps » (春節) et restent populaires parmi les plantes de jardinage miniatures de l’art « PenJing » (盆景/plus connu au Japon sous le nom de « Bonsai »). Les branches de fleurs de prunier sont souvent disposées dans des vases en porcelaine ou en céramique, tels que le « MeiPing » (梅瓶/littéralement « vase à prunes »). Ces vases peuvent contenir des branches simples et sont traditionnellement utilisés pour mettre en valeur les fleurs de prunus dans une maison depuis le début de la dynastie Song (960-1279). La lignée du célèbre artiste martial « Moy Yat » (梅逸/28 juin 1938 – 23 janvier 2001), spécialisé dans la forme de « Kung Fu » (功夫) « Wing Chun » (詠春), utilise comme emblème la fleur de prunier rouge, celle-ci figurant notamment sur les tuiles de « Mahjong » (麻將/麻雀).

Prunus miniature en pot, dit « PenJing » (盆景).

La fleur nationale de la République de Chine (Taiwan) a été officiellement désignée comme la fleur de prunier par le « Yuan exécutif » (行政院) de la République de Chine le 21 Juillet 1964. Elle est le symbole de la résilience et de la persévérance face à l’adversité au cours d’un hiver rigoureux. Le triple groupement d’étamines (trois étamines par pétale) sur l’emblème national représente les « Trois principes du peuple » (三民主義) de « Sun Yat-sen » (孫逸仙), tandis que les cinq pétales symbolisent les cinq branches du gouvernement. Il sert également de logo à « China Airlines », la compagnie aérienne nationale de Taiwan. La fleur figure également sur certaines pièces du nouveau dollar taïwanais.

C’est un motif de fleur populaire, parmi d’autres fleurs, pour la broderie coréenne. Les « Maebyong » (매병) sont des vases pour prunus dérivés du « MeiPing » chinois et sont traditionnellement utilisés pour mettre en valeur les branches de prunier en fleurs. Celles-ci sont souvent mentionnées dans la poésie japonaise comme un symbole du printemps. Lorsqu’elles sont évoquées dans le « haiku » (俳句) ou le « renga » (連歌), ils forment un « kigo » (季語), idiome de printemps pour le début de cette saison. Les fleurs sont associées à la « La Bouscarle chanteuse » (鶯/ »Horornis diphone »/petit passereau) japonaise et représentées ensemble sur l’une des douze couleurs de « hanafuda » (花札/cartes à jouer japonaises). Les fleurs de prunier ont été favorisées pendant la « période Nara » (奈良時代/710–794) jusqu’à l’émergence de la « période Heian » (平安時代/794–1185) au cours desquelles la fleur de cerisier a été préférée. La tradition japonaise estime que les fleurs de prunier fonctionnent comme un charme de protection contre le mal, de sorte qu’elle est traditionnellement plantée dans le nord-est du jardin, direction par laquelle le mal est supposé venir. Le fait de manger des fruits au vinaigre au petit-déjeuner est également censé éviter les malheurs. Au Vietnam, en raison de la beauté de l’arbre et de ses fleurs, le mot « maï » est utilisé pour nommer les filles. Le plus grand hôpital de « Hanoi » est nommé « Bạch Mai » (fleur de prunier blanc), tandis qu’un autre hôpital de Hanoi est baptisé « Mai Hương » (« l’odeur de la prune »), situé dans la rue « Hong Mai » (fleur de prunier rose). « Hoàng Mai » (« fleur de prunier jaune ») est le nom d’un district de Hanoi.

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Palanquin 轎


Un « palanquin » (轎) est une sorte de chaise, ou de litière, portée par des hommes ou par des animaux et dont les personnes importantes se servent, dans une grande partie de l’Asie, pour se faire transporter d’un lieu à un autre. Présent en Inde et en Chine depuis quelque deux mille ans, le palanquin se rencontre également au Japon et en Corée. À la différence de la chaise à porteurs européenne, le palanquin est parfois porté par un grand nombre de porteurs, marquant ainsi le statut de son occupant. Une variété de palanquin peut parfois être installée sur le dos d’animaux comme le dromadaire ou l’éléphant. On parle alors de « howdah ».

« Palanquin » (轎) de style chinois.

Le mot palanquin vient du tamoul « pallakku » et du « telugu pallaki », qui désigne une couche où dormir. L’utilisation de palanquins est mentionnée dans des textes aussi anciens que le « Rāmāyana », qui date de 250 av. J.-C. Les palanquins existent également en Chine, dès la « dynastie des Han » (漢朝), il y a deux mille ans. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ils connurent un engouement de la part des commerçants européens au Bengale, à tel point qu’il fallut interdire leur achat par les employés mal classés. Le palanquin fut également d’usage courant à l’île Maurice et à La Réunion avant l’abolition de l’esclavage en 1848. Étienne Claude Chevreau, intendant de l’Ile de France entre 1781 et 1785, possédait un grand palanquin qui devait être porté par 16 esclaves. Parfois appelé « manchy », il servait notamment au transport des gens de bonne famille dans les Hauts, en direction des stations thermales de Mafate ou Cilaos, par exemple. En Extrême-Orient, l’usage des palanquins a commencé à reculer après l’introduction des rickshaws dans les années 1930. Sous la dynastie des Han, l’élite voyageait dans de légers sièges de bambou, attachés sur le dos d’un porteur comme un sac à dos. Sous la « dynastie des Wei du Nord » (北魏) puis la « dynastie des Song » (宋朝), des sièges de bois suspendus à des perches apparaissent, que l’on voit sur les rouleaux de peintures de paysage.

De telles litières de bois ou de bambou, utilisées parmi les gens du commun par les femmes ou les personnes âgées, étaient appelées « MinJiao » (民轎/ »chaise à porteurs du peuple »). Les mandarins, eux, avaient recours à un « GuanJiao » (官轎/ »chaise à porteurs de mandarin »), fermé de rideaux de soie, « Jiao » (轎) étant le terme général pour désigner une chaise à porteurs. La chaise à porteurs qui avait peut-être le plus d’importance était la chaise de mariage : la mariée était traditionnellement portée à sa cérémonie de mariage au moyen d’un « portage d’épaule » (肩輿/ »JianYu), généralement loué. Ces derniers étaient laqués de rouge, la couleur propice, richement décorés et dorés, et étaient équipés de rideaux de soie rouges, destinés à protéger la jeune épousée de la vue des passants. Posséder son propre palanquin était un attribut important du statut social. Le statut des hauts personnages était dénoté par le nombre de porteurs qui portaient son palanquin. Ce nombre pouvait aller dans certains cas jusqu’à 40, voire 64 porteurs. À « Hong Kong » (香港), les chaises à porteurs furent au XIXe siècle, à une certaine époque, le seul moyen de transport public, jouant le rôle tenu aujourd’hui par les taxis. On trouvait des stations de chaises à porteurs à chaque hôtel, sur les quais, ainsi qu’aux principales intersections. Les chaises à porteurs publiques faisaient l’objet d’une licence, et faisaient l’objet d’une tarification affichée à l’intérieur. Avant que le « Peak Tram » (山頂纜車), le funiculaire de Hong Kong, ne soit mis en service en 1888, les riches résidents de « Victoria Peak » étaient portés par des « coolies » dans des chaises à porteurs pour gravir la pente raide jusqu’à leur résidence. Depuis 1975, une course annuelle de chaises à porteurs se déroule à Hong Kong au bénéfice de « l’Hôpital Matilda », pour commémorer les temps anciens.

Le « norimono » (乗り物) est la version japonaise du palanquin. Utilisé par les personnages importants et riches, tel que les « daimyō » (大名), il fut en usage au Japon pendant « l’ère Edo » (江戸時代). Les norimono pouvaient être très richement décorés. Les gens aisés, mais ne pouvant malgré tout pas accéder au coûteux norimono, utilisaient un « kago » (駕籠), sorte de logette de bambou tressé, qui était en quelque sorte un palanquin réduit à sa plus simple expression. Sur des chemins difficiles, le kago présentait l’avantage d’être beaucoup plus léger et plus maniable. Si les plus beaux norimono se distinguent très facilement d’un kago, il existe cependant de nombreuses variétés intermédiaires. Cependant, un norimono se distinguait toujours par sa poutre porteuse, toujours de section carrée, et creuse, car formée en fait de quatre fines planches. Il y avait deux raisons à cela : d’une part, la structure creuse de la poutre permettait de la rendre beaucoup plus légère qu’il n’y paraissait ; d’autre part, la hauteur de cette poutre indiquait le rang de son occupant.

« Kago » (駕籠).

Il était donc important que la qualité de l’occupant et la hauteur de la poutre soient en accord, sous peine de se retrouver en infraction avec la loi régissant la hauteur des poutres de norimono. Il faut noter cependant que cette loi sur la hauteur des poutres ne s’appliquait qu’aux hommes, et que les femmes étaient donc libres d’adopter la hauteur de poutre qu’elles désiraient. Un norimono de qualité était généralement construit en bois, et non en bambou tressé, et était entièrement fermé, comportant des portes dont les ouvertures étroites laissaient filtrer la lumière et permettait à l’occupant de distinguer les lieux qu’il traversait, sans qu’aucun regard indiscret ne puisse se glisser à l’intérieur. Selon le rang et les moyens de son occupant, un norimono pouvait faire appel à deux, quatre ou huit porteurs, voire plus. En Corée, la famille royale et l’aristocratie se déplacent dans des palanquins appelés « Gama » (가마), très richement ornés. Il existait six types de gama, correspondant chacun à un « grade » différent dans l’administration. Lors des mariages traditionnels, les fiancés se rendaient à la cérémonie chacun de son côté, dans des gama différents. À cause des difficultés présentées par le caractère montagneux de la péninsule coréenne, ainsi que de l’absence de routes pavées, les gama étaient préférés aux véhicules à roues.

Palanquin coréen.

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Chonmage 丁髷


Le « chonmage » (丁髷), ou « chon mage », est une forme de coiffure japonaise traditionnelle portée par les hommes. Il est le plus souvent associé à « l’époque d’Edo » (江戸時代) et aux « samouraïs » (侍) et, plus récemment, avec les lutteurs de « sumo » (相撲). C’est à l’origine une méthode d’utilisation de cheveux pour tenir un casque de samouraï stable au sommet de la tête dans la bataille, puis devient un symbole de statut dans la société japonaise. Un chonmage traditionnel de l’époque d’Edo présente une patte rasée. Le reste des cheveux, gardés longs, sont huilés et attachés en une petite queue repliée sur la partie supérieure de la tête en un chignon caractéristique. Ce type de coiffure passe pour montrer de l’égard pour son porteur car elle camoufle les formes de calvitie liées à l’âge.

De nos jours, les derniers porteurs de chonmage sont les lutteurs de sumo. Ce style de chonmage est légèrement différent en ce que la patte n’est plus rasée, bien que les cheveux peuvent être éclaircis dans cette région afin de permettre à la touffe de tenir avec plus de soin. Les lutteurs au statut de « sekitori » (関取) sont tenus en certaines occasions de porter leurs cheveux sous une forme plus élaborée de chignon appelée « ōichō » (大銀杏/style de « feuille de ginkgo »), où l’extrémité de la touffe est évasée pour former un demi-cercle, qui ressemble à un « sensu » (扇子/ »éventail »). Compte tenu de la spécificité de ce style dans le Japon moderne, l’Association japonaise de sumo emploie des coiffeurs spécialisés appelés « tokoyama » (床山) pour couper et préparer les cheveux des lutteurs de sumo. Le chonmage est d’une telle importance symbolique dans le sumo que sa découpe est la pièce maîtresse de la cérémonie de départ à la retraite d’un lutteur. Les dignitaires et autres personnes importantes dans la vie d’un lutteur sont invités à prendre une mèche du « rikishi » (力士), la dernière d’entre elles revenant à son entraîneur.

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Figures Ornementales sur les édifices chinois traditionnels 檐獸/走獸/蹲獸


Les « Figures Ornementales sur les édifices chinois traditionnels » (檐獸) ou «Animaux Marcheurs» (走獸) ou «Animaux Accroupis» (蹲獸) sont des statuettes placées le long des lignes de crête des édifices officiels de l’empire chinois. Seuls les palais, bâtiments gouvernementaux et quelques temples étaient autorisés à utiliser de telles décorations sur leurs toitures.

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Les toits chinois sont de type « en croupe » (廡殿頂), avec de petits pignons, de sorte que les ornements situés le long de la ligne de crête étaient très visibles pour les passants en contrebas. Les variantes sont toujours répandues dans les temples chinois et se sont répandues dans le reste de l’Asie orientale et des parties de l’Asie du Sud-Est. Le long des crêtes (unions entre les panneaux de toit), près du coin, une rangée de petites figures est placée. Celles-ci sont souvent fabriquées en céramique émaillée et forment un cortège.

A la queue de la procession, est placé un « Dragon » (龍/également appelé « ChuiShou » [垂獸]). « L’Immortel chevauchant un phénix » (騎鳳仙人), quant à lui, est à la tête du cortège. Une légende suggère qu’il s’agit d’un « séide » de l’empereur, devenu avide de pouvoir et pendu au pignon du toit pour trahison. Une autre version de cette figure suggère ledit immortel chevauchant un « Phénix » (鳳) ou un « QiLin » (麒麟). Une autre interprétation en fait une personne au service de l’empereur, surveillée par les bêtes qui le suivent dans son sillage. Entre les deux, un nombre impair de bêtes mythiques se succèdent, « prêtes à se jeter sur les fonctionnaires malhonnêtes » afin de leur rappeler leurs devoirs envers le peuple.

Le nombre de figures rappelle l’importance des fonctions exercées dans l’édifice ou dans la cour protégée par un portail. Neuf, est le nombre maximum de bêtes pouvant être observé, dont (dans l’ordre) :

  • « Immortel chevauchant le Phénix » (騎鳳仙人)
  • « Dragon » (龍) : il est le symbole du pouvoir impérial, il occupe donc le premier rang.
  • « Phénix » (鳳) : Il est le symbole de l’honneur, de la vertu mais aussi de l’Impératrice.
  • « Lion (獅子) : Il représente le courage et la majesté.
  • « Cheval Céleste » (天馬) et « Cheval Marin » (海馬) symbolisent la bienveillance des règles du pouvoir.
  • « SuanNi » (狻猊) : Il est l’un des « Neufs Fils du Dragon » (龍生九子) et est semblable à un lion.
  • « XiaYu » (狎魚) : Animal marin pouvant prévenir des dangers liés au incendies et aux déluges.
  • « XieZhi » (獬豸) : Symbole de bravoure et de justice, il est capable de discerner le vrai du faux.
  • « DouNiu » (鬥牛) : Animal hybride capable de prévenir des calamités.
  • « HanShi » (行什) : C’est une divinité qui empreinte ses traits à « LeiGong » (雷公), Dieu du Tonnerre, armé d’un glaive, qui prévient des catastrophes liées à la foudre.

Il est à noter que le HangShi ne pouvait être trouvé que sur la toiture de la salle du trône à l’époque impériale, bâtiment ayant le statut le plus élevé de tout l’empire. Ces exemples se trouvent dans la « Cité Interdite » (紫禁城) de « Pékin » (北京). D’autres exemples peuvent être trouvés sur des structures fonctionnelles telles que les portes et les baraques de la « Grande Muraille de Chine » (長城). Avec la chute de l’empire en 1911, de telles décorations sont maintenant visibles sur les structures commerciales et les bateaux touristiques.

Bien qu’il ne fasse pas à proprement partie des processions de figurines présentes sur les arrêtes des toits, on trouve également le « ChiWen » (鴟吻/螭吻), autre « Fils du Dragon », présent sur le sommet des édifices chinois anciens. Littéralement, « ChiWen » se compose des caractères « Chi » (螭/ »Dragon sans cornes ») et de « Wen (吻/ »avaler/baiser »). Il est représenté dans les décorations du toit impérial et d’autres motifs ornementaux de l’architecture et de l’ art chinois traditionnels. « ChiShou » (螭首) et « ChiTou » (螭頭) signifiant respectivement « tête de dragon sans corne », sont des ornements architecturaux ou des évacuations d’eau comparables aux gargouilles occidentales. ChiWen s’écrit encore « 鴟吻 » (« bouche de hibou »), en utilisant l’homophone chinois « Chi » (鴟/ »chouette/ Épervier/oiseau de proie »). Le « ChiWei » (鴟尾/ »queue de hibou ») et le « ChiMeng » (鴟 甍/ »hibou du toit-crête ») sont des décorations de toit ressemblant à des oiseaux.

« ChiWen » (鴟吻/螭吻).

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Le Boddhisatva GuanYin 觀世音菩薩


Le nom de « GuanYin » (觀音) est l’abréviation de « Guan ShiYin » (觀世音) qui signifie « L’observation des sons (ou cris) du monde ». Elle est aussi parfois appelée « GuanYin PuSa » (觀音菩薩). Certains bouddhistes croient que lorsqu’un des leurs quitte ce monde, il est placé par GuanYin au cœur d’un lotus, puis renvoyé chez lui, en « Terre Pure de Sukhavati » (淨土). Il est généralement admis (dans la communauté chinoise) que GuanYin proviendrait du Sanscrit « Avalokiteśvara » (अवलोकितेश्वर), qui est sa forme masculine. Communément connue comme la Déesse de la Miséricorde, GuanYin est également vénérée par les taoïstes chinois comme une immortelle.

GuanYin est dépeinte comme un « Bodhisattva » (菩薩) de sexe masculin, et porte donc des vêtements de poitrine révélatrice et peut même, parfois, arborer une moustache. Bien que cette représentation torse nu et moustachue existe encore en Extrême-Orient, GuanYin est le plus souvent représentée comme une femme. En outre, certaines personnes croient que GuanYin est à la fois homme et femme. Le « Sutra du Lotus » (妙法蓮華經) la décrit comme un Bodhisattva pouvant prendre la forme de n’importe quel type d’homme ou femme, adulte ou enfant, homme ou non-être humain, afin d’enseigner le « Dharma » (法/ »loi bouddhique ») aux êtres vivants. Ce texte et ses trente-trois manifestations de Guanyin, dont sept sont des manifestations de femmes, est connu pour avoir été très populaire dans le bouddhisme chinois dès la dynastie des « Sui » (隋朝) et des « Tang » (唐朝).

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Les représentations du Bodhisattva en Chine avant les « Song » (宋朝) étaient plutôt d’apparence masculine. Parce que celui-ci est considéré comme la personnification de la compassion et de la bonté, patronne des mères et des marins, sa représentation en Chine a également été interprétée sous une forme exclusivement féminine autour du XIIè siècle. De nos jours, GuanYin est le plus souvent représentée comme une belle femme en robe blanche, portant habituellement des parures de la royauté indienne/chinoise, une représentation qui découle du Bouddha-femelle « Pandaravasini » (དགོ་དཀར་མོ་). Dans sa main gauche est un pot contenant de l’eau pure, et la droite tient une branche de saule. La couronne représente généralement l’image du « Bouddha Amitabha » (阿彌陀佛), maître spirituel de GuanYin avant qu’elle ne devienne un Bodhisattva. Dans la région de « FuJian »(福建), en Chine, par exemple, provient une représentation populaire de GuanYin en jeune fille vêtue de vêtements de style Tang portant un panier à poissons. Dans l’art chinois, GuanYin est souvent représentée soit seule, debout sur un dragon, accompagnée d’un perroquet blanc ou de deux acolytes. Ces deux enfants, respectivement appelés « LongNü » (龍女) et « ShanCai TongZi » (善財童子) vinrent à elle alors qu’elle méditait au « Mont PuTuo » (普陀山).

Comme toutes les divinités chinoises elle a reçu une biographie terrestre, existant dans différentes versions, la plus répandue étant celle qui fait d’elle une princesse, elle-même réincarnation d’Avalokiteśvara. La déesse « MaZu » (媽祖), qui joue comme elle un rôle de protectrice, est parfois considérée comme un de ses avatars. La princesse « MiaoShan » (妙善) était la fille d’un roi de Sumatra qui avait choisi de devenir nonne plutôt que d’épouser le riche parti choisi par son père. Celui-ci avait ordonné aux moines de la faire travailler jour et nuit afin de la décourager, mais les animaux des alentours vinrent à son secours et elle fut toujours en mesure d’accomplir la tâche demandée, quelle que soit son importance. Exaspéré, son père décida de mettre le feu au monastère. MiaoShan éteignit alors l’incendie de ses mains sans souffrir de la moindre brûlure. Son père la fit finalement mettre à mort. Alors qu’elle se dirigeait vers le paradis, elle baissa la tête et vit la souffrance du monde. Elle décida alors d’y rester pour sauver les âmes en détresse. Une variante de l’histoire offre une explication à l’existence de la « GuanYin aux mille mains et aux mille yeux » (千手千眼觀音) dont le culte, lancé au temple de « XiangShan » (香山) dont l’effigie tantrique daterait des « Tang » (唐朝). Son père étant tombé malade, la princesse MiaoShan sacrifia ses bras et ses yeux pour demander sa guérison. Aussitôt après son sacrifice, elle apparut brièvement dotée de mille bras et mille yeux avant de retrouver son corps intact. En Chine, il est dit que les pêcheurs ont l’habitude de prier pour elle pour assurer leurs voyages en mer. Le titre de « GuanYin de l’océan Austral » (南海觀音) découlent de cette tradition.

« GuanYin » (觀音) accompagnée de ses deux acolytes, « LongNü » (龍女) et « ShanCai TongZi » (善財童子).

Trente-trois formes sont couramment représentées et seraient adaptées de la légende de MiaoShan :

  • « GuanYin au Saule » (楊柳觀音) : assise les jambes croisées sur une fleur de lotus, tenant dans la main droite une branche de saule et la main gauche à la hauteur de la poitrine.
  • « GuanYin à la Tête de Dragon » (龍頭觀音)  : assise sur un « Dragon » (龍) ou une tortue marine, son voile rabattu sur son haut chignon, tenant un lotus épanoui ou réalisant une posture de méditation cachée sous sa robe; Dans cette représentation, elle tient souvent un enfant et est confondue avec « Guanyin Donneuse d’Enfants » (送子觀音).
  • « GuanYin aux Écritures » (持線觀音) : assise en position de méditation, tenant dans ses mains un rouleau des écritures sacrées.
  • « GuanYin à l’Orbe de Lumière » (圓光觀音) : assise en méditation, les mains jointes et entourée de rayons lumineux.
  • « GuanYin Oisive et Théâtrale » (遊戲觀音) : assise sur une jambe, l’autre recroquevillée, la main droite reposant sur son nuage et l’autre sur le genou.
  • « GuanYin à la Robe Blanche » (白衣觀音) : assise sur une fleur de lotus, les mains en méditation ou tenant les écritures, souvent confondue avec « GuanYin à la Tête de Dragon ».
  • « GuanYin Étendue sur le Lotus » (臥蓮觀音) : assise sur une fleur de lotus ou couchée et méditative.
  • « GuanYin regardant la Cascade » (瀑見觀音) : assise en méditation sur un rocher en face d’une chute d’eau.
  • « GuanYin s’adonnant à la Joie » (施樂觀音) : assise, la main droite appuyée sur le visage, contemplant une fleur de lotus.
  • « GuanYin au Panier à Poisson » (魚籃觀音) : debout sur un poisson ou tenant un panier avec un poisson (scène extraite de « Pérégrination vers l’Ouest » [西遊記]), sans doute une de ses apparences la plus connue et la plus représentée.
  • « GuanYin Reine de la Vertu » (德王觀音) : assise en méditation tenant une branche de saule à la main, souvent confondue avec « GuanYin au Saule ».
  • « GuanYin à la Lune sur l’Eau » (水月觀音) : assise ou debout sur une fleur de lotus, parfois munie (rarement de trois têtes et six bras) et observant le reflet de la Lune sur l’Eau.
  • « GuanYin à la Feuille » (一葉觀音) : assise en délassement royal sur une feuille ou debout sur elle sur l’Océan, parfois appelée « GuanYin qui traverse la Mer » ( 過海觀音).
  • « GuanYin au Cou Bleu » (青頸觀音) : assise sur un lotus ou un rocher, tenant un lotus dans la main gauche et de la droite esquissant la paix ou accoudée à un rocher, un vase à ses pieds, pourvue parfois de trois têtes et quatre bras tenant chacun un Bâton, un Lotus, un Anneau et une Conque.
  • « GuanYin à la Majesté Vertueuse » (威德觀音) : assise en délassement royal, tenant un lotus dans la main droite, sans doute la plus représentée de ses formes en Chine.
  • « GuanYin Prolongatrice de Vie » (延命觀音)  : assise pensive derrière un rocher.
  • « GuanYin aux Nombreux Trésors » (眾寶觀音) : assise en délassement royal.
  • « GuanYin à la Porte de Rochers » (岩戶觀音) : assise à l’entrée d’une grotte.
  • « GuanYin à l’Immobile Capacité » (能靜觀音) : assise derrière un rocher.
  • « GuanYin Fin de Vie » (阿耨觀音) : assise sur un rocher au bord de la mer, protectrice contre les monstres aquatiques et des noyés.
  • « GuanYin aux Questions » (阿麼觀音) : assise en délassement royal sur un tigre blanc ou sur un rocher, peut être pourvue d’une tête à trois yeux et quatre bras.
  • « GuanYin Porte-Enveloppe » (葉衣觀音) : assise sur un rocher, ses mains dans ses manches, ou tenant dans la main droite un joyau entouré de flammes.
  • « GuanYin au Joyau de Beryl » (琉璃觀音) : debout sur une feuille posée sur l’eau, tenant en main un joyau.
  • « Târâ GuanYin » (多羅觀音) : une des formes féminines du bodhisattva indien, « Bhrikutî » (?), debout sur un nuage les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin au Coquillage » (蜍利觀音) : assise en méditation sur un coquillage, les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin des six heures de la Journée » (六時觀音) : debout, tenant un livre dans les mains.
  • « GuanYin à la Tristesse Universel » (普悲觀音) : debout les mains drapées dans sa robe.
  • « GuanYin la Marchande Ma » (馬郎觀音)  : vêtue comme une riche marchande.
  • « GuanYin aux Mains Jointes » (合掌觀音)  : debout les mains jointes en adoration.
  • « GuanYin de l’Unicité » (一如觀音) : assise en délassement royal sur un nuage.
  • « GuanYin Sans Égal » (不二觀音) : debout sur une feuille de lotus, les mains jointes sur le ventre.
  • « GuanYin au Lotus » (持蓮觀音) : debout tenant une fleur de lotus des deux mains ou des mains jointes.
  • « GuanYin de l’Aspersion » (酒水觀音) : debout, une branche dans la main droite et un vase dans la gauche.

En-dehors de ces 33 formes communément admises, GuanYin dispose d’un millier d’autres formes dont les 7 ésotériques suivantes :

  • « GuanYin à Onze Têtes » (十一頭觀音) : debout ou assise sur un trône de lotus, tenant le vase ou une fleur de lotus, à deux ou quatre bras, couronnée de 11 têtes représentant les vertus principales.
  • « GuanYin aux mille Bras » (千臂觀音) : debout ou assise sur un lotus, munie parfois de onze à vingt sept têtes et surtout de mille bras représentant l’omniscience de la divinité.
  • « GuanYin au Joyau du Savoir » (如意輪觀音) : debout, mais le plus souvent assise en délassement royal ou pensive, à deux ou quatre bras, tenant une fleur de lotus.
  • « GuanYin à Tête de Cheval » (馬頭觀音) : debout ou assise avec une tête de cheval sur un corps humain, ou de une à trois têtes humaines couronnées d’une ou deux têtes de cheval, à l’aspect menaçant.
  • « GuanYin la Pure » (純觀音) : debout ou assise sur un lotus, pourvue de deux, quatre, six, huit, douze, dix-huit, trente deux ou soixante quatre bras, portant une tiare cylindrique ou conique.
  • « GuanYin au Nœud de Soie Vide » (不空絲繩觀音) : debout ou assise, tenant la corde, le bâton de pèlerin, le rosaire, avec parfois trois têtes et de deux à trente deux bras.
  • « GuanYin la Bonzesse » (陀羅尼觀音) : assise sur un lotus, munie d’une tête à trois yeux, de trois à six bras.
  • La dernière des formes qu’on lui prête est celle de « GuanYin Donneuse d’Enfants » (送子觀音), sans doute une tentative de « bouddhéiser » la divinité taoïste « l’Immortelle Céleste donneuse d’Enfants » (天仙送子), forme qui contribua à l’identifier aux yeux des Européens à la « Vierge Marie » Chrétienne. GuanYin est aussi souvent appelée « GuanYin des Mers du Sud » (南海觀音), par rapport au temple du « Mont PuTuo » (普陀山) où elle réside, mais elle possède énormément d’autres épithètes. Elle prend parfois la forme d’une prostituée pour délivrer les hommes de leur luxure ou pour leur permettre d’atteindre l’éveil.

Sous la « Dynastie du Ciel d’Or » (金天朝), un jeune roi monta sur le trône après trois ans de guerre incessante, il s’appelait « MiaoZhuang (妙莊). Il désirait par-dessus tout un héritier, mais parce qu’il avait fait couler le sang pendant ces trois années, les dieux rechignaient à l’exaucer. Exceptionnellement et pour racheter une famille de voleurs, trois filles naquirent de son épouse « BaiYa » (白牙) : « MiaoQing » (妙清), « MiaoYin » (妙音) et « MiaoShan » (妙善). Le roi était désespéré, mais ses ministres le rassurèrent en lui disant qu’une de ses filles épouserait sans doute le futur héritier du trône. Mais alors que les deux premières filles trouvèrent un bon parti, la troisième, MiaoShan s’obstinait à ne pas vouloir se marier, car elle désirait vivre dans la religion et devenir bonzesse. Devant son insistance, son père, le roi, la dépouilla de ses vêtements, la vêtit de haillons et l’abandonna dans le jardin de la Reine, livrée aux éléments. Mais contre toute attente, cette vie érémitique convenait parfaitement à la jeune fille. Après maintes tentatives pour la raisonner, celle-ci décida d’aller rejoindre le « Temple de l’Oiseau Blanc » (白雀禪寺) où résidaient déjà cinq cents bonzesses. Bien malgré lui, le roi la laissa quitter le palais pour vivre la vie monastique, mais ordonna par décret aux bonzesses de mener la vie dure à la princesse afin de la dégoûter de son choix. Mais rien n’y faisait, MiaoShan supportait tout sans se plaindre. La mère supérieure lui avoua la menace qui pesait sur elles si la princesse persistait dans son choix, mais invectivant les nonnes, MiaoShan maintint ses positions. Elle finit par faire un marché avec les sœurs, elle s’occuperait seule des tâches ménagères et de la cuisine. Ému par tant de piété, « l’Empereur de jade » (玉皇大帝) lui envoya des Esprits pour l’aider, et lorsque les sœurs virent tout cela, elles s’émerveillèrent.

« GuanYin aux mille bras » (千手觀音).

Le roi, lui, excédé, dépêcha son armée pour brûler le temple. Effrayées, les nonnes allèrent prier MiaoShan de les aider, alors celle-ci adressa une prière au Ciel et se piquant le palais avec son épingle à cheveux en bambou, cracha vers le Ciel : des nuages s’amoncelèrent qui bientôt éteignirent l’incendie, sauvant ainsi le temple. le roi, rendu furieux, fit mettre sa fille aux fers et se décida à l’exécuter publiquement. Sa mère, la reine eut toutefois une dernière idée, celle de bâtir une tour sur le chemin du supplice afin d’attirer à elle sa fille en donnant des fêtes et des festins qui la feraient réfléchir sur sa situation, sûre de l’emporter cette fois-ci. Le roi acquiesça car il ne voulait vraiment pas se couvrir de honte à l’idée de verser le sang de sa propre fille, mais non content de refuser l’offre de rejoindre sa mère et la fête, la princesse baissa la tête et les yeux devant ses parents et les ignora totalement. Excédé, le roi fit enfermer sa fille dans ses appartements pour qu’elle ait une dernière fois le choix de renoncer à sa foi, mais devant son inflexibilité, celui-ci lui promit de l’exécuter à l’aube. Une fois de plus, les Esprits vinrent s’en mêler : « TuDi Gong » (土地公), « Dieu du Sol », qui avait tout entendu, vint faire son rapport au Ciel. L’Empereur de jade ordonna alors à celui-ci de veiller sur la dépouille de MiaoShan, afin qu’aucun mal ne lui soit fait. L’exécution commença comme prévu, mais ni le sabre du bourreau qui se brisa en deux, ni les lances ne purent entamer le corps de la princesse. Alors le roi décida de la faire étrangler avec une bande de soie. A peine l’âme de la princesse ayant quitté le corps de la princesse que TuDi Gong, surgissant sous la forme d’un tigre, bondit et s’en empara. Lorsque MiaoShan rouvrit les yeux, elle n’était plus sur terre, mais dans l’autre monde, et  fut accueillie par un émissaire du lieu, venu pour lui faire visiter les « dix-huit Enfers » (十八地獄). Les « Dix Juges » (十殿閻王) eux-mêmes vinrent à sa rencontre et lui demandèrent de prier en ces lieux. La princesse accepta à la condition que les suppliciés des « Dix Palais » (十殿宮) soient délivrés le temps de l’écouter. Il en fut comme elle désirait, mais à peine avait-elle commencé à réciter, qu’il n’y avait plus de supplices et que les damnés furent gagnés par la joie : l’Enfer se fit bientôt Paradis.

Les Dix Juges, effrayés, renvoyèrent l’âme de MiaoShan sur terre afin qu’elle retrouve son corps laissé dans la forêt et préservé de la dégradation par TuDi Gong. La princesse se réveilla à nouveau dans la forêt, et comme l’endroit semblait désert, elle se désespéra de ne pouvoir prier pour personne et se mit à pleurer abondamment. Vint à ce moment-là un inconnu, qui se dit ému par son histoire et lui promit le mariage, ce qui offensa la princesse qui le rejeta violemment. Alors, l’inconnu lui révéla être en fait le « Bouddha RuLai » (如來佛), qui avait testé sa foi et avait décidé de l’emmener dans un lieu où elle aurait tout loisir de prier pour le salut des êtres : la « Pagode du Mont des Parfums » (香山塔), sur « l’île de PuTuo » (普陀島). Il lui remit une pêche d’immortalité et comme l’île se trouvait à plus de trois mille lis, ce fut une fois de plus TuDi Gong changé en tigre, qui fut chargé de la transporter jusque là-bas. Elle passa neuf ans sur place à se perfectionner, et devint ainsi pour tous, la Reine des « trois mille Boddhisattvas » (三千菩薩) et de tous les êtres de chair. « DiZang Wang » (地藏王/ »ksitigarbha »), le Bodhisattva des Enfers, fut si émerveillé par tant de vertu, qu’il décida de l’ériger en Souveraine du Ciel, de la Terre et du Bouddhisme. Une grande cérémonie fut donnée en son nom où furent invités les plus grandes divinités du Ciel, de la Terre et des Enfers, et devant témoins, MiaoShan devint GuanYin et monta sur son trône de lotus. On la pria de trouver un jeune garçon et une jeune fille pour l’assister dans sa tâche, et ce fut à nouveau TuDi Gong qui fut chargé de les lui trouver.

Le premier s’appelait « ShanCai » (善財), ce n’était encore qu’un jeune bonze novice, ce qui ne convaincu pas de suite la Grande Bodhisattva, aussi décida-t-elle de le mettre à l’épreuve : des Immortels déguisés en brigands firent semblant d’attaquer le temple, et feignant l’effroi, GuanYin courut jusqu’au bord de la falaise et se jeta dans le vide. Sans réfléchir, le jeune bonze s’y jeta également afin de la rattraper. Devant tant de piété, GuanYin accepta d’en faire son assistant. La jeune « LongNü » (龍女), qui avait jadis sauvé d’un pêcheur le « troisième Fils du Roi Dragon » (龍王三子) changé en carpe, et qui se vit offrir une perle lumineuse par ce dernier, fut choisie à son tour pour la vertu dont elle avait fait preuve et devint, avec ShanCai, l’autre acolyte de GuanYin.

« LongNü » (龍女) et « ShanCai TonZi » (善財童子).

Dans le roman « Pérégrination vers l’Ouest », GuanYin tient une place très importante, puisque c’est elle qui veille sur le moine « SanZang » (三藏) et ses disciples en les protégeant pendant leur voyage. Elle peut être comparée à « Athéna » qui veilla sur « l’Odyssée d’Ulysse ». C’est elle qui sera choisie par le « Bouddha » pour trouver un moine émérite qui ira chercher les écritures sacrées dans son « Paradis de l’Ouest », la « Terre Pure ». C’est également qui trouvera les disciples du moine et qui les convertira au bouddhisme. Elle intervient souvent dans l’histoire pour sauver les pèlerins des monstres qui les attaquent, mais finit toujours par éviter toute violence en récupérant ces êtres maléfiques et en les accueillant sur la Voie du Salut, leur évitant ainsi une mort sans espoir de se racheter. Elle conserve ainsi son statut de « Grande Compatissante » qui se penche sur le monde pour pleurer sur les êtres et les délivrer de leur existence prisonnière du « Cycle infernal des réincarnations » (संसार/輪迴/ »Samsara »).

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Le Boddhisattva Cundi 準提菩薩


« Cundi » (चुन्दी/準提菩薩, littéralement « Extrême Pureté ») est un Bouddha ou un Bodhisattva vénéré dans les écoles « bouddhistes Mahāyāna » (大乘), l’ accent étant mis sur sa pratique dans les écoles « bouddhistes Vajrayāna » (密宗/ »MiZong »). Elle est connue comme une « bhagavati » (भगवती/ »Mère des Bouddhas ») et est souvent assimilée au « Bodhisattva Avalokiteśvara » (अवलोकितेश्वर/觀世音菩薩). Elle pourrait être liée à la déesse hindoue « Chandi » (चण्डी).

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Bien que Cundi soit moins connue dans la communauté bouddhiste tibétaine Vajrayāna, elle est vénérée dans les sectes ésotériques bouddhistes chinoises et japonaises. En Chine, elle est connue sous le nom de « ZhunTí PuSa » ( 準提菩薩/ »Bodhisattva Cundi ») ou de « ZhunTi FoMu » ( 準提佛母/ »Cundi Mère-Bouddha »), tandis qu’au Japon, elle est connue sous le nom de « Juntei Kannon » (准胝観音/ »Avalokitasvara- Cundi »). À la fin de la Chine impériale, les premières traditions du bouddhisme ésotérique étaient toujours florissantes dans les communautés bouddhistes. On a également observé que, dans ces communautés, les pratiques ésotériques de Cundi étaient extrêmement populaires, tant auprès de la population que des élites. La première source textuelle de Cundi et du « Cundī Dhāraṇī » (準提咒/ »Mantra de Cundi ») est le « Kāraṇḍavyūha Sūtra » (佛說大乘莊嚴寶王經), un Sūtra centré sur le boddhisattva Avalokiteśvara, qui introduit également le populaire Mantra « oṃ maṇipadme hūṃ » (ॐ मणिपद्मे हूँ/唵嘛呢叭咪吽). Ce texte date de la fin du IVe siècle au début du Ve siècle de notre ère. Cundi et le Cundī Dhāraṇī figurent également dans le « Cundī Dhāraṇī Sūtra » (準提咒經), traduit à trois reprises du sanskrit au chinois à la fin du VIIe siècle et au début du VIIIe siècle par les maîtres ésotériques indiens : « Divākara » (地婆訶羅/685 de notre ère), « Vajrabodhi » (金剛智/723 de notre ère) et « Amoghavajra » (不空/VIIIe siècle).

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Selon le Cundī Dhāraṇī Sūtra, le Mantra associé à Cundi est le suivant :

« Namah saptānāṃ samyaksaṃ Bouddha koṭīnāṃ tadyathā o cale cule cundī svāhā » (南無。颯多喃。三藐三菩陀。俱胝喃。怛姪他。唵。折隸。主隸。準提。娑婆訶)

Selon le Bouddha, il est dit qu’après avoir prononcé ce Mantra, les « bhikṣhus » (比丘), les « Bhikṣhuṇīs » (比丘尼), moines et nonnes novices dans le bouddhisme, et les « Upāsakas » (優婆塞), les « Upāsikās » (優婆夷), bouddhistes laïcs qui ont choisi les « Trois Refuges » (皈依), qui mémorisent et le récitent 800 000 fois, voient leur Karma mortel complètement annihilé pour les siècles à venir. Partout où ils sont nés ou résident, ils rencontreront toujours des bouddhas et des bodhisattvas. Ils auront toujours les ressources et les capacités adéquates pour aller de l’avant. Ils naîtront dans les domaines humains ou célestes, ils ne tomberont pas dans des destins pervers et seront toujours protégés par les gardiens célestes. Ce Mantra est également étroitement associé à la « bouddhéité » (बुद्ध/佛/ »Etat de Bouddha ») et à « l’Illumination totale » (阿耨多羅三藐三菩提).

À la fin du Sūtra, le Bouddha clôt l’enseignement en disant : « Ce grand Dhâraṇî de cundi est un brillant enseignement qui est dispensé par tous les bouddhas du passé, tous les bouddhas de l’ avenir, et tous ceux du présent temps. Je l’emploie également au bénéfice de tous les êtres sensibles, en leur permettant d’atteindre l’Anuttarā Samyaksaṃ Bodhi. S’il y a des êtres vivants avec peu de mérite, qui n’ont pas les racines de la bonté, de la capacité naturelle et des facteurs de Bodhi, s’ils entendent parler de cette méthode dhāraṇī , ils réaliseront rapidement ce précepte. S’il y a des gens qui sont toujours capables de se souvenir, de réciter et d’entretenir ce Mantra, ils obtiendront tous des racines incommensurables de bonté ». Cundi est représentée avec dix-huit bras,  brandissant dans chaque main un symbole du « Dharma » (धर्म/法). Ses dix-huit bras représentent également les dix-huit mérites de l’atteinte de la boddhéité, décrits dans un appendice du Cundī Dhāraṇī Sūtra.

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