LianHuanHua 連環畫


Le « LianHuanHua » (連環畫) est un type de livres illustrés au format « poche » de dessins séquentiels populaires en Chine au XXe siècle. Il a influencé le « ManHua » (漫畫) moderne.

Le nom en chinois se traduit essentiellement par « images liées » ou « images en série ». Autrefois, les livres s’appelaient « lianHuanHua » ou « lianHuan TuHua » (連環圖畫), mais plus tard, le terme « tu » (圖) fut omis et le terme « LianHuanHua » devint standard. Le terme officiel ne fut utilisé qu’en 1927. Avant cela, ce type d’ouvrage était séparé en différentes catégories de noms selon la région :

  • « Xiao Shu » (小書/ »petits livres ») ou « TuHua Shu » (圖畫書/ »livres illustrés) à « ShangHai » (上海)
  • « GongZai Shu » (公仔書/ »livres poupée ») à « GuangZhou » (廣州) et « Hong Kong » (香港)
  • « YaYa Shu » (伢伢書/ »livres pour enfants ») à « WuHan » (武漢)
  • « XiaoRen Shu » (小人書/livres pour touts petits) dans le nord de la Chine

Dans les années 1880, des magazines chinois tels que « DianShiZhai HuaBao » (點石齋畫報) expérimentèrent le potentiel de cette technique artistique. En 1884, dix illustrations pour accompagner un récit de rébellion coréenne pourraient en être le premier exemple dans le quotidien « ShenBao » (申報). En 1899, la « WenYi Book Company » de ShangHai publie la lithographie illustrée « L’histoire des trois royaumes » (三國志演義 [全圖]) dessinée par « Zhu ZhiXuan » (朱芝軒). Le format s’appelait alors « HuiHui Tu » (回回圖/ »images en chapitres »).

 

En 1916, le journal « CaoBao » (?) lia les images pour attirer une plus large audience de lecteurs des classes moyennes et inférieures. L’augmentation de la popularité de LianHuanHua était proportionnelle à l’essor de l’ impression lithographique introduite à Shanghai par l’Occident. Les revues de bandes dessinées de Shanghai dans les années 1920 présentaient plus d’œuvres d’art, représentant généralement des histoires traditionnelles s’inspirant de la mythologie ou du folklore chinois. Les petits éditeurs des années 1920 et 1930 étaient principalement situés dans une rue appelée « BeiGongYiLi » (?) dans le « district de Zhabei » (閘北區). En 1935, les propriétaires et éditeurs de stands de livres de rue ont créé la « Shanghai Lianhuan Tuhua Promotion Society » à « TaoYuanLi » (?). Les histoires illustrées étaient initialement destinées aux enfants et aux lecteurs peu alphabétisés. Les livres pouvaient être loués pour une somme modique dans les kiosques de rue. Dans les années 1920, des LianHuanHua furent également trouvés à Hong Kong. Ces magasins de location étaient courants même pendant les périodes d’occupation japonaise dans les années 40.

À Hong Kong au cours des années 1970, le format avait pratiquement disparu car il était fait de matériaux associés à des personnes peu instruites et peu sophistiquées. Bien que la production de LianHuanHua ait diminué en Chine continentale pendant la « révolution culturelle » (文革), de nombreux livres étaient encore produits. De la fin des années 1970 au début des années 1980, le LianHuanHua a fait un grand retour. Comme lors des époques précédentes de production, de nombreux livres étaient des adaptations d’autres films ou émissions de télévision. Pendant et après la révolution culturelle, le parti communiste a adopté le format à des fins de propagande et d’éducation.

De la fin des années 1980 aux années 1990, la demande de LianHuanHua a considérablement diminué et aujourd’hui, les bandes dessinées telles que le ManHua et les traductions de mangas japonais sont beaucoup plus populaires. Il existe actuellement un regain d’intérêt pour ce format. Le Musée d’art de Shanghai a inauguré une exposition permanente de LianHuanHua en tant que forme d’ art populaire populaire .

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komusō 虚無僧


Les « komusōs » (虚無僧/む そ う) étaient un groupe de moines mendiants japonais de l’école bouddhisme zen « Fuke » (普化禅) qui se développa pendant la « période Edo » (江戸時代), de 1600-1868. Les Komusōs étaient caractérisés par un « bassinet » en paille, appelé « tengai » (天蓋), porté sur la tête, manifestant l’absence d’ego. Ils étaient également connus pour jouer des pièces en solo de « shakuhachi » (尺八), un type de flûte japonaise en bambou. Ces pièces, appelées « honkyoku » (本曲/ »pièces originales »), étaient jouées lors d’une pratique méditative appelée « suizen » (吹禅), pour l’ aumône, comme méthode pour atteindre l’illumination et comme méthode de guérison. Le gouvernement japonais a introduit des réformes après la période Edo, en abolissant la secte Fuke. Les archives du répertoire musical ont survécu et sont en train de renaître au XXIème siècle.

Le Fuke Zen est issu des enseignements de « LinJi YiXuan » (臨濟義玄), fondateur de « l’école Rinzai » (臨済宗) du bouddhisme « Chan », originaire de Chine au XIXème siècle. Le Fuke, cependant, est le nom japonais de « PuHua » (普化), l’un des pairs de LinJi et cofondateurs de sa secte. On dit que PuHua se promenait en sonnant une cloche pour appeler à l’illumination. Au Japon, on pensait que le shakuhachi pourrait servir cet objectif. Le Komusō pratiquait le suizen, qui est la méditation par le souffle méditatif d’un shakuhachi, par opposition au « zazen » (座禅), qui est la méditation par le fait d’être assis au calme, comme le pratiquent la plupart des adeptes du Zen. Les pièces suizen accordaient la priorité au contrôle de la respiration en fonction de la conscience zen et beaucoup furent conçues pour être jouées au rythme des pas d’un moine qui marche sur de longues distances en pèlerinage. Alors que la popularité de Fuke Zen augmentait au cours de la « période Sengoku » (戦国時代), les groupes de komusōs à tête de panier jouant pendant des heures au coin des rues ou errant sur les routes devinrent courants. Après la période Edo, le gouvernement japonais fit des réformes visant à abolir la secte Fuke. En effet le port du tengai, garantissant l’anonymat des moines komusō en pèlerinage, eut tendance à être détourné de son usage pour servir de camouflage aux « samuraïs » (侍), particulièrement les « ronins » (浪人/ »samouraïs sans maître »), et probablement les « ninjas » (忍者), ces derniers cherchant à éviter tout contrôle officiel de leur présence ou de leurs intentions dans une province.

Une fois que cela devint notoire, les voyageurs portant le vêtement komusō furent soumis à une inspection plus minutieuse, en particulier dans les zones agitées et disputées. Plusieurs morceaux de honkyoku particulièrement difficiles, comme par exemple « Shika no tone » (鹿の遠音), avaient valeur de test aux yeux des autorités : en effet, si un komusō suspect était mis au défi de jouer ce morceau de manière suizen authentique, il était alors lavé de tout soupçon. Cependant, s’il en était incapable ou s’il refusait, il était alors assimilé à un espion et était immédiatement arrêté. Lorsque le « shogunat Tokugawa » (徳川幕府) prit le pouvoir sur un Japon unifié au début du XVIIéme siècle, le komusō fut critiqué pour la première fois par le gouvernement. Comme beaucoup d’entre eux avaient été exclus du droit de vote des samouraïs pendant la période des Sengoku (XVIe siècle) et constituaient désormais des membres du clergé laïc, le potentiel de problèmes était évident. Parce que beaucoup de moines étaient d’anciens samouraïs et étaient devenus rōnins après la défaite de leurs maîtres, probablement mis en déroute par le shogunat et leurs alliés, les moines komusōs, maintenant plus nombreux que jamais, étaient considérés comme indignes de confiance et déstabilisants pour le nouveau shogunat.

L’étymologie du terme komuso (虚無僧) signifie « prêtre du néant » ou « moine du vide ». les caractères [虚無] (« Kyomu » ou « komu ») signifient « néant,vide », [虚] (« kyo » ou « ko ») signifie « rien, vide, faux », [無] (« mu ») signifie « rien, sans », et [僧] (« sō ») signifie « curé, moine ». Le prêtre était d’abord connu sous le nom de « komosō » (薦僧), ce qui signifie « moine en tapis de paille ». Ça n’est que plus tard qu’ils prirent le nom qu’on leur connait aujourd’hui. Le Fuke Zen a mis l’accent sur le pèlerinage et il était assez commun d’apercevoir un komusō errant sur les routes dans l’ancien Japon. La flûte shakuhachi tire son nom de sa taille, « shaku » (尺) étant une ancienne unité de mesure proche du « pied » (30 cm), et « hachi » (八) signifiant « huit », ce qui dans ce cas représente une mesure de huit dixièmes de shaku. Les vrais shakuhachis sont en bambou et peuvent coûter très cher.

Le komusō portait un « tengai » ou « tengui » (天蓋), un chapeau de paille tressé qui leur couvrait complètement la tête comme un panier renversé ou une sorte de ruche tressée. L’idée était qu’en portant un tel chapeau, ils retiraient leur ego, tout en leur garantissant l’anonymat. Leur tenue se composait d’un kimono de style « mon-tsuki » (紋付) à cinq armoiries, le « O-kuwara » (大掛絡), vêtement semblable au « rakusu » (絡子) porté sur l’épaule, le « Obi » (帯/ »ceinture »), un shakuhachi secondaire pour accompagner l’instrument principal, éventuellement en remplacement du « wakizashi » (脇差/ »dague ») des samouraïs, un « Netsuke » (根付/conteneur pour médicaments, tabac ou « kiseru » (煙管/ »pipe ») et autres « Kyahans » (脚半/ »couvre-tibias »), « Tabis » (足袋/ »chaussettes »), « Warajis » (草鞋/ »sandales de paille »), « Hachimaki » (鉢巻/ »bandeau »), « tekous » (手甲/couvre-mains), « Gebako » (偈箱/une boîte utilisée pour collecter l’aumône et conserver des documents), « Fusa » (房), un pompon. Après que le shogunat Tokugawa soit tombé aux mains des forces de l’empereur, les temples komusō et leurs prêtres furent abolis en 1871 pour leur ingérence dans les affaires terrestres et non pour le vide de l’être .

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Carpe Koï 鯉


La carpe « Koï » (鯉) ou « carpe d’ornement » est un poisson appartenant à une des variétés ornementales de la « carpe commune » (Cyprinus carpio carpio Linnaeus). Aujourd’hui prisée dans le monde entier, le développement de carpes ornementales est initialement apparu en Chine, en Corée, au Japon et au Vietnam. Ce poisson d’eau douce a été obtenu à partir de croisements entre individus sélectionnés de la Carpe commune (Cyprinus carpio) qui vivait à l’origine dans les étangs servant de réservoirs aux rizières. Essentiellement végétarienne, cette carpe n’est pas un prédateur malgré sa grande taille. Ces poissons arborent diverses couleurs : rouge, blanc, jaune, noir, etc. Certaines variétés colorées sont très prisées par les collectionneurs et atteignent des prix énormes alors qu’elles ne sont encore âgées que d’environ deux ans. En Asie du Sud-Est, les Koïs sont considérées comme un symbole d’amour et de virilité. Originellement, le nom chinois de cette carpe est « JinLi » (錦鯉/littéralement « carpe de brocart »), et il a donné en japonais « nishikigoi » (錦鯉), poisson le plus répandu dans les jardins en Extrême-Orient.

Les carpes Koï sont omnivores à tendance herbivore donc de caractère pacifique et grégaire. Regroupées en bancs, elles effectuent ensemble des allers-retours entre leurs lieux de repos et d’alimentation. Elles affectionnent les fonds sablonneux ou vaseux où elles cherchent de la nourriture à l’aide de leurs deux paires de barbillons. Plus la température de l’eau est élevée, plus les carpes seront voraces. Lorsque la température descend en dessous de 6 °C, les carpes cessent pratiquement de s’alimenter et entrent dans une phase de semi-hibernation (aussi appelé léthargie) qui peut durer tout l’hiver. Elles se cachent alors au fond du bassin, presque enfoncées dans la vase afin de se protéger du froid. La carpe est réputée pour sa longévité, en général 18 à 20 ans, mais certains spécimens sont arrivés à 70 ans.

Les carpes Koï ne peuvent être maintenues qu’en extérieur, dans des bassins aménagés ou des étangs. Elles sont incapables de survivre en aquarium car il faut un mètre cube d’eau pour une carpe adulte. La carpe Koï est un animal paisible et familier, la cohabitation avec d’autres espèces de poissons ne pose donc aucun problème. Elle se contente de tout type de nourriture pour poisson de bassin. La quantité absorbée dépend de la température de l’eau, et donc la nourriture est plus facile à doser si elle flotte. Durant les mois d’hiver et en dessous de 6°/8°C environ, il est inutile de les nourrir. Ce poisson est réputé pour sa docilité. Avec de la douceur et un peu de patience, les carpes Koï viennent se nourrir dans votre main et se laissent facilement toucher.

La carpe koï n’est pas originaire du Japon. La plus ancienne forme est appelée « Magoi » (真鯉), de couleur noire et vivait dans les mers Caspienne, d’Aral et d’Azov. C’est en Chine qu’apparaissent les premiers écrits les concernant vers 500 av. J.-C. La carpe Koï fut introduite au Japon lors des « invasions chinoises ». Les premières techniques d’élevage de cette carpe furent également inventées en Chine essentiellement pour la saveur de sa chair. Les variations chromatiques se limitaient alors au rouge et au gris. Au XVIIe siècle, dans la « région du Niigata » (新潟市), la carpe est introduite dans les rizières afin d’améliorer le régime alimentaire à base de riz des paysans. Les premières mutations chromatiques remarquables apparaissent entre 1804 et 1830 et concernèrent les carpes rouges, blanches et jaunes. Entre 1830 et 1850, les « kohaku » (紅白) se dessinent à la suite d’un croisement entre une carpe blanche et une carpe rouge. Dès la fin du XIXe siècle, la plupart des variétés actuelles sont établies. L’élevage des carpes Koï ne connut cependant qu’un succès ne dépassant pas les frontières du Niigata. Mais, certains poissons y valurent bientôt leur pesant d’or et l’élevage fut temporairement interdit par les autorités locales qui considéraient cela comme de la spéculation. À la faveur d’une exposition à Tokyo en 1914, les Koïs sortirent de leur isolement, le maire d’un village du Niigata y ayant envoyé 27 exemplaires afin de sensibiliser le public aux conditions de travail pénible dans la région. Huit de ces carpes offertes au fils de « l’empereur Taisho » (大正天皇) constituèrent un événement qui permit la propagation de la carpe Koï dans le monde entier. Le marché de la carpe Koï s’est considérablement développé à l’issue de la « Seconde Guerre mondiale » grâce au transport aérien et la création d’élevages hors du Japon. De nombreux pays assurent désormais la production de carpes ornementales, cependant la qualité des Koïs élevées au Japon surpasse la concurrence.

Les carpes Koï peuvent être très onéreuses, suivant leur classe : A, B et C (la classe A étant la plus chère). Le prix de certains spécimens rares et très esthétiques a pu atteindre 200 000 dollars (180 000 euros) au début des années 200, et une vente réalisée en 2018 a atteint le montant record de 1 500 000 euros. Les carpes Koï de la classe A proviennent uniquement d’élevages japonais et considérées comme étant les meilleures. Les carpes Koï nées de parents japonais mais qui n’ont pas été élevées au Japon forment la classe B. En revanche, les carpes de grade C n’ont pas de liens de parenté avec les Koïs et ne devraient pas être considérées comme telles. La plus prisée des carpes Koï est le « Tancho » (丹頂/littéralement « front vermillon »). Cette carpe est blanche avec une tache rouge unique sur le sommet de la tête, particulièrement appréciée des Japonais en raison du motif rappelant le drapeau du pays. Son nom provient de la grue du Japon, qui arbore également ce motif.

Carpe « Tancho » (丹頂).

La carpe Koï est représentée par différentes variétés :

  • « Kohaku » (红白) : variété blanche à taches rouges ;
  • « Taisho-Sanke » (大正三色) : variété tricolore à fond blanc et taches rouges et noires.
  • « Showa-Sanshoku » (昭和三色) : variété tricolore à fond noir et taches blanches et rouges.
  • « Bekko » (鼈甲/別光) : variété bicolore : « Shiro-Bekko » (白鼈甲) variété à fond blanc et légères taches noires; « Aka-Bekko » (赤鼈甲) variété à fond orange et légères taches noires; « Ki-Bekko » (黄鼈甲) variété à fond jaune et légères taches noires;
  • « Goshiki » (五色) variété composée de 5 couleurs : Le noir, le rouge, le blanc, le gris et l’indigo).
  • « Utsurimono » (寫類) : variété bicolore à fond noir.
  • « Asagi » (淺黃) : variété présentant des reflets métalliques; « Asagi-Shusui » (淺黃秋翠) : variété gris bleuté et blanche avec des taches rouges.
  • « Shusui » (秋翠) : variété ne présentant pas de reflets métalliques.
  • « Koromo » (衣) : variété avec écailles présentant une bordure bleue.
  • « Hikarimono » (光者) : variété unicolore métallique.
  • « Ogon » (黄金) : variété de couleur platine.
  • « Hikari-Utsurimono » (光寫類) : variété tricolore métallique.
  • « Hikari-Moyomono » (光模樣) : variété multicolore métallique.
  • « Hikari-Mujimono » (光無地) : variété monochrome : orange, jaune ou grise.
  • « Kumonryu » (九紋龍) : littéralement « Dragon aux neuf tatouages » dont les motifs rappellent les peintures à l’encre japonaise de dragons. Ils changent de couleur en fonction des saisons.
  • « Kawarimono » (変わり物) : regroupant tous les poissons sans reflets métalliques n’appartenant à aucune autre variété : « Chagoi » (茶鯉?/littéralement « carpe de couleur thé ») : variété unicolore allant du vert au brun, du clair au foncé. Le Chagoi est une carpe à croissance rapide et de taille importante à l’âge adulte mais est surtout connu pour sa docilité et sa familiarité avec l’homme. Son comportement influe sur celui des autres carpes koï du bassin.
  • « Kinginrin » (金银鳞) : variété présentant des écailles très brillantes et argentées.
  • « Tancho » (丹頂) : variété avec une tache rouge sur la tête, très recherchée car elle évoque le drapeau du Japon.
  • « Ochiba » (落葉) : variété bleue/grise avec un motif cuivre, bronze ou jaune, rappelant les feuilles d’automne sur l’eau. Le nom japonais signifie « feuilles mortes ».
  • « Doitsu-goi » (ド イ ツ 鯉) est issue du croisement de nombreuses variétés différentes avec des carpes allemandes « sans écailles » (généralement, des poissons avec une seule ligne d’écailles le long de chaque côté de la nageoire dorsale). Également écrit « 独逸 鯉 », il existe quatre principaux types de Doitsu : Le type le plus courant (mentionné ci-dessus) a une rangée d’écailles commençant à l’avant de la nageoire dorsale et se terminant à la fin de la nageoire dorsale (le long des deux côtés de la nageoire). Le deuxième type a une rangée d’écailles commençant à l’endroit où la tête rencontre l’épaule et courant sur toute la longueur du poisson (le long des deux côtés). Le troisième type est le même que le second, avec l’ajout d’une ligne d’écailles (souvent assez grandes) le long de la ligne latérale (le long du côté) du poisson, également appelée « Koi miroir ». Le quatrième type, et le plus rare, est appelé « koi armure » et est complètement (ou presque) recouvert de très grandes écailles qui ressemblent à des plaques d’armure. Il est aussi appelé « Kagami-goi » (鏡 鯉/カガミゴイ).

Les carpes de brocart ont une place importante dans la culture japonaise, où elles sont un symbole d’amour et de virilité. Leur succès s’est étendu partout où ces poissons ont été exportés, elles apportent beaucoup de charme et de dynamisme à un bassin de jardin. Les carpes Koï étant très calmes, elles apportent beauté et sérénité dans un bassin. Au Japon, ces carpes servaient à agrémenter les jardins. Elles donnaient une touche de couleur, de vie et de sérénité dans ce lieu de repos. La tradition voulait que l’invité prestigieux choisisse en entrant le spécimen qu’il allait déguster pendant le repas. Plus précisément, elles représentent la force et la persévérance, du fait qu’elles remontent à contre-courant les rivières et cascades du Japon et d’Asie. Selon la légende chinoise, les carpes du « fleuve Jaune » (黃河), après avoir remonté le fleuve, s’envoleraient vers le ciel en se transformant en dragons. Cette légende serait à l’origine au Japon des « koi-nobori » (鯉幟/ »bannière carpe »), des manches à air en forme de carpes Koï utilisées lors de la journée des enfants, le 5 mai, héritée de la fête chinoise du « DuanWu » [端午節], du 5e jour du 5e mois du calendrier lunaire), ayant jadis pour objet d’encourager les garçons à être forts et valeureux. Dans la culture chinoise, la carpe possède huit vertus. Elle montre à travers elles la Voie à suivre pour vivre toujours en phase avec la réalité. On raconte que le philosophe « Confucius » (孔子) reçut une carpe Koï de la part du roi et aurait nommé son fils d’après ce poisson, car il était le seul à pouvoir remonter les chutes du fleuve Jaune. En Chine, elles agrémentent les bassins des temples bouddhistes et taoïstes, généralement aux côtés de tortues carnivores, créant ainsi un équilibre naturel, ou des parcs et jardins. De la même façon, en Europe, on place souvent des carpes de couleur noire dans les bassins des châteaux.

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Nüe 鵺


Dans le « Heike Monogatari » (平家物語/ »Le Dit de Heike »), le « Nüe » (鵺) est décrit comme une chimère ayant le visage d’un singe, les pattes d’un tigre , le corps d’un « tanuki » (狸/chien-viverrin) et un serpent en guise de queue. Le « Genpei Jōsuiki » (源平盛衰記) le décrit comme ayant le dos d’un tigre, les pattes d’un tanuki, la queue d’un renard, la tête d’un chat et le torse d’un poulet. En raison de son apparence, elle est parfois appelée « chimère japonaise ». On dit qu’il fait des cris d’oiseaux terriblement étranges, qui ressemblent à ceux de la « Grive Dama » (虎鶫/ »Zoothera dauma »). On dit également que le Nüe a la capacité de prenfdre la forme d’un nuage noir, lui permettant de voler. On pense également que le « yokai » (妖怪/être surnaturel) est nocturne car la plupart de ses observations eurent lieu la nuit. Son nom écrit en « kanji » (漢字/caractères chinois utilisés utilisés dans la langue japonaise) comprend les particules « nuit » (夜) et « oiseau » (鳥).

On pense que le Nüe a commencé à apparaître à la fin de la « période Heian » (平安時代). Pour une datation plus précise, différentes sources revendiquent des périodes différentes, comme la période de « l’Empereur Nijō » (二条天皇), la période de « l’Empereur Konoe » (近衛天皇) , la période de « l’Empereur Go-Shirakawa » (後白河天皇) ou la période de « l’Empereur Toba » (鳥羽天皇). L’aspect visuel peut être une combinaison des animaux du cycle sexagénaire, avec le tigre du nord-est, le serpent du sud-est , le singe du sud-ouest et un chien/sanglier du nord-ouest. La particule « 夜 » dans le caractère « 鵺 » est une composante phonétique et n’a donc pas de sens en tant que tel. En raison de l’utilisation du « Man’yōgana » (万葉仮名/ancienne forme des kanas japonais et sont apparus durant la « période Nara » [奈良時代/710-794]), l’orthographe historique est connue pour avoir été « Nuye ». À cette époque, cependant, elle avait une signification sémantique différente en se référant à la fameuse grive Dama. Au Japon, elle est considéré comme un oiseau qui « pleure » la nuit, et le mot peut être vu dans le « Kojiki » (古事記) et le « Man’yōshū » (万葉集) décrivant ce phénomène. Puisque les gens de la période Heian considéraient ce chant comme un mauvais présage, on considérait alors cet oiseau comme néfaste, et il est dit que lorsque l’empereur ou les nobles entendaient ses « plaintes », ils faisaient des prières pour que rien de désastreux ne se produise. Dans un sens dérivé, le mot « Nüe » est également utilisé pour désigner des entités de forme inconnue. Au « port d’Osaka » (大阪港), le Nüe est utilisé comme motif dans la conception de son emblème. De la légende de « Nuezuka » (鵺塚/ »Butte du Nüe »), ce dernier a été sélectionné en raison de sa relation avec la « baie d’Osaka » (大阪湾).

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Le Heike Monogatari et le « Settsu Meisho Zue » (摂津名所図絵/ »vues célèbres de la province de Settsu ») de la « province de Settsu » (摂津国) racontent l’histoire du massacre des Nue : Dans les dernières années de la période Heian, à l’endroit où vivait l’empereur Konoe, au « Seiryō-den » (清涼殿), apparut un nuage de fumée noire accompagné d’un étrange voix cri qui retentissait, provoquant la peur l’empereur. Par la suite, ce dernier tomba gravement malade, et ni la médecine ni les prières n’eurent d’effet sur cette malédiction. Un proche se souvint que « Minamoto no Yoshiie » (源義家), samouraï du « clan Minamoto » (源), avait utilisé de par le passé une flèche pour mettre un terme au cas mystérieux d’un cri d’oiseau et donna l’ordre à un maître-archer, « Minamoto no Yorimasa » (源頼政), de tuer la créature. Une nuit, Yorimasa sortit pour tuer la bête avec son serviteur « Ino Hayata » (猪 早 太 ou 井 早 太), muni d’une flèche faite d’une pointe qu’il avait hérité de son ancêtre « Minamoto no Yorimitsu » (源頼光) et de plumes de la queue d’un oiseau de montagne. La fumée noire commença à se répandre au dessus de la demeure Seiryō. Yorimasa tira sa flèche en plein cœur,et aussitôt un hurlement retentit et le Nüe, blessé, chuta aux abords de la partie nord du château. Ino Hayata s’y précipita et l’acheva. Dans le ciel, au-dessus de la cour impériale, deux ou trois cris de coucou commun pouvaient être entendus, et on dit ainsi que la paix revint. A la suite de cela, la santé de l’empereur se rétablit immédiatement et Yorimasa reçut « l’épée Shishiō » (獅子王) en récompense.

Il y existe plusieurs récits relatant ce qui est advenu du cadavre du Nüe. Selon certaines légendes, comme le Heike Monogatari, comme les habitants de « Kyoto » (京都) craignaient la malédiction de la bête, ils mirent son cadavre dans un bateau et le firent flotter sur la « rivière Kamo » (鴨川). Après avoir vogué sur la « rivière Yodo » (淀川) et dérivé temporairement sur la rive du « comté de Higashinari » (東成区), à « Osaka » (大阪), le bateau finit par arriver en mer et s’échoua sur la rive entre la « rivière Ashiya » (芦屋川) et la « rivière Sumiyoshi » (住吉川). On dit que les habitants d’Ashiya offrirent courtoisement à la dépouille un service funéraire et construisirent un monticule commémoratif au-dessus de sa tombe, le fameux « Nuezuka ». Selon le « Ashiwake Obune » (排蘆小船), un livre de géographie de la « période Edo » (江戸時代), le Nüe s’échoua sur les rives de la rivière Yodo, et lorsque les villageois, craignant une malédiction, en informèrent le prêtre en chef du « Boon-ji » (母恩寺), fit construire un monticule. Il est en outre dit que comme celui-ci fut démoli au début de la « période Meiji » (明治時代), l’esprit vengeur du Nüe commença à tourmenter les gens qui vivaient à proximité, ainsi, et le monticule fut donc reconstruit à la hâte.

« Ino Hayata et le Nüe » (猪 早 太 と 鵺).

Selon le « Genpei Seisuiki » (源平盛衰記) et le « Kanden jihitsu » (閑田次筆), le Nüe aurait été enterré au « Kiyomizu-dera » (清水寺) dans la préfecture de Kyoto, et il est dit qu’une malédiction résultait de son déterrement à l’époque d’Edo. Une autre légende raconte que l’esprit du Nüe prit la forme d’un cheval, qui fut élevé par Yorimasa lui-même et nommé « Kinoshita » (木下). Comme c’était un bon cheval, il fut convoité et volé par « Taira no Munemori » (平宗盛), ce qui poussa Yorimasa à lever une armée contre la famille Taira. Comme cela entraîna la ruine de Yorimasa, ainsi le Nüe prit sa revanche. Une autre légende dit que le cadavre de la Nüe tomba dans la partie ouest du « lac Hamana » (浜名湖) dans la « préfecture de Shizuoka » (静岡県), et la légende des noms de lieux du « disctrict de Mikkabi » (三ヶ日町), tels que la ville de « Nueshiro » (鵺代), « Dozaki » (胴崎), « Hanehira » (羽平) et « Ona » (尾奈) proviennent de la légende selon laquelle la tête, le torse, les ailes et la queue du Nüe tombèrent respectivement à ces endroits. À « Kumakōgen » (久万高原町), « district de Kamiukena » (上浮穴郡), « préfecture d’Ehime » (愛媛県), une légende dit que la véritable identité du Nüe est en fait la mère de Yorimasa.

Dans le passé, à l’époque où le clan Taira était à son apogée, la mère de Yorimasa vivait cachée dans cet endroit qui était sa terre natale, proche d’un étang appelé « Azoga-ike » (赤蔵ヶ池) dans une région montagneuse, et y pria le dragon-gardien pour la bonne fortune de son fils au combat et la renaissance du clan Minamoto. C’est alors qu’elle prit la forme d’un Nüe en raison de sa haine pour la famille Taira, puis s’envola vers Kyoto. En rendant l’empereur malade, elle fit accomplir un acte triomphant en étant tué par son propre fils. L’histoire diffère sur le fait qu’après avoir été transpercée par la flèche de Yorimasa, elle revient à Azoga-ike pour y devenir le gardien de l’étang, mais y perdit la vie suite à sa blessure.

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Brocart YunJin de NanJing 南京雲錦


« YunJin de Nanjing » (南京雲錦) fait référence aux magnifiques brocarts fabriqués dans la ville du même nom, capitale de la province orientale du « JiangSu » (江蘇省). Parmi tous les tissus anciens, le tissu de soie connu sous le nom de « jin » (錦) représente les meilleurs arts et métiers de l’industrie. En outre, le brocart de NanJing a absorbé tous les meilleurs savoir-faire en tissage de tissus de soie et les savoir-faire des dynasties passées et se classe premier en qualité parmi le « brocart de ChengDu » (成都錦) dans la « province du SiChuan » (四川省), le brocart de « SuZhou » (蘇州錦) dans la province de JiangSu et le « brocart Zhuang » (壯錦) dans la province du sud-ouest du « GuangXi » (廣西省). Grâce à sa riche signification culturelle et scientifique, le brocart de NanJing est considéré par les experts comme « la dernière étape de l’histoire technologique des tissus de soie chinois ».

L’histoire de YunJin de NanJing remonte à la période des « trois royaumes » (三國/220-280). Au cours d’une guerre qui éclata à la fin de la « dynastie des Jin orientaux » (東晉/317-420), le Général « Liu Yu » (劉裕) mit en déroute le « royaume de Qin » (秦國), plus tard basé à « Xi’An » (西安/384-417). La victoire ramena tous les artisans de Xi’an à « JianKang » (建康), l’actuelle ville de NanJing, parmi laquelle les tisserands de brocart constituaient une force dominante. Ces derniers étaient des artisans de premier plan dans tout le pays et avaient acquis de nombreuses compétences auprès de groupes ethniques minoritaires. Le gouvernement en place y créa un bureau spécial pour le brocart afin de gérer la production de cette étoffe.

Plus tard pendant la « dynastie des Yuan » (元朝/1279-1368), les « Mongols » (蒙古族) conquirent la Chine centrale et les souverains définirent ensuite une tradition consistant à décorer la robe d’officier avec de l’or et de l’argent. Avec l’épanouissement et l’exploitation des mines d’or, les tisserands ajoutèrent du vrai fil d’or au brocart de NanJing. l’étoffe étincelante séduit immédiatement les rois féodaux et les aristocrates et fut populaire parmi les minorités ethniques telles que les Mongols, les « tibétains » (藏族) et les « Ouïgours » (維吾爾族). Sous les dynasties Yuan, « Ming » (明朝/1368-1644) et « Qing » (清朝/1644-1911), les dirigeants créèrent des bureaux officiels des tissus à NanJing pour l’administration, le monopole de la production et la commercialisation du brocart. Ils les répertorièrent comme l’un des hommages particuliers rendus aux empereurs.

« Robe Dragon » (蟒袍) confectionnée en tissu « YunJin » (雲錦).

La technique de tissage de ces brocarts fut perfectionnée à plusieurs reprises malgré des coûts élevés, à la fois en termes de temps consommé et de matériaux utilisés. Au milieu de la dynastie Qing, l’essor de la production du brocart atteint son apogée. Dans les nombreux foyers commerçants de tissus situés le long de la « rivière QinHuai » (秦淮河) à NanJing, le tissage se faisait entendre jour après jour et nuit après nuit, et un résultat sans précédent dans la production naquit. Les archives indiquent que plus de 30 000 métiers à tisser étaient exploités dans la production de brocart et que 300 000 personnes en vivaient. Un pouce du brocart de NanJing aurait été aussi précieux qu’une once d’or. Ce qui est intéressant, c’est que le brocart délicat et doux est issu de métiers à tisser en bois d’une longueur pouvant atteindre 5,6 mètres de long, 4 mètres de haut et 1,4 mètre de large. Ceux-ci à avaient besoin de deux opérateurs, l’un en haut et l’autre en bas, dans la délicate séquence de production aussi compliquée qu’un langage de programmation informatique actuel. Le processus a montré l’incroyable talent des Chinois du passé. La personne assise au métier à tisser était connue sous le nom de « tire-fil ». Tout ce qu’il avait à faire était de tirer le fil en ligne dans la séquence de filetage, correspondant aux commandes entrées dans le clavier de l’ordinateur d’aujourd’hui. La personne assise sur la partie inférieure du métier à tisser s’appelait un « tisserand ».

Il élabora le motif et créa les matériaux en brocart à l’aide de fils dorés ou multicolores. La pièce tissée devant le tisserand ressemblait à un écran d’ordinateur. La technologie de tissage du brocart est extrêmement complexe, et aucune machine moderne n’a encore été en mesure de remplacer les anciens métiers à tisser. Il existe principalement quatre catégories de brocart : le tissage de l’or (dans lequel l’or est pressé dans une feuille puis coupé en morceaux ressemblant à un fil pour être torsadés et ensuite tissés sur des métiers à tisser). Les quatre catégories servent de matériaux pour les robes des empereurs, les robes de reines et les châles, les vêtements de concubine, les décorations pour les cours impériales et les articles d’usage quotidien, y compris les coussins, les matelas, les oreillers et les couettes. Le brocart de NanJing constitua de précieux cadeaux aux empereurs à que ces derniers donnèrent aux rois et aux ministres étrangers.

Le gouvernement chinois a dépensé environ 10 millions de « RenMinBi » (人民币) pour la protection et la conservation de NanJing de YunJin. Le « Nanjing Brocade Research Institute » a entrepris une étude approfondie et une rectification des archives historiques et a réussi à copier l’une des soieries les plus remarquables de la tombe de « Ma WangDui » (馬王堆). Ce manteau en soie à manches longues de 1,28 mètre est aussi léger que la brume et ne pesant que 49 grammes. L’institut a également publié 200 volumes sur les objets en brocart et la monographie la plus complète sur l’histoire du développement de l’art. Il s’appelle la chronique de brocart.

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Tengu 天狗


Les « Tengu » (天狗) sont un type de créatures légendaires de la religion populaire japonaise, et ils sont aussi considérés comme des « kami » (神/divinités du folklore « Shinto » [神道]) ou comme des « yōkai » (妖怪). Bien que leur nom contienne le mot « chien » (狗) comme le démon chinois « TianGou » (天狗), les Tengu, à l’origine, prenaient la forme de rapaces, et ils sont traditionnellement représentés avec des caractéristiques à la fois humaines et aviaires. Les plus anciens Tengu sont dépeints avec des becs, mais ce trait a souvent été humanisé en un nez anormalement long, qui est actuellement est largement considéré comme la caractéristique définissant le Tengu dans l’imaginaire populaire. Le « bouddhisme » (仏教) a considéré pendant longtemps que les Tengu étaient des démons perturbateurs et des annonciateurs de guerres. Leur image s’est graduellement adoucie, cependant, même s’ils sont considérés comme des protecteurs, ils sont encore de dangereux kami des montagnes et des forêts. Les Tengu sont associés à la pratique ascétique connue sous le nom de « shugendō » (修験道), et ils sont habituellement représentés dans le costume distinctif de ses disciples, les « yamabushi » (山伏).

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« Karasu Tengu » (烏天狗).

Dans l’art, les Tengu apparaissent sous un grand nombre de formes, mais elles se situent habituellement quelque part entre un grand oiseau monstrueux et un être entièrement anthropomorphe, souvent avec un visage rouge ou un nez anormalement long. Les plus anciennes représentations de Tengu les montrent semblable à des milans qui peuvent prendre forme humaine souvent avec des ailes, une tête d’oiseau ou un bec. Les longs nez des Tengu semblent avoir été conçus au XIVe siècle, comme une humanisation de l’originel bec d’oiseau. Les longs nez des Tengu les relient avec la divinité shinto « Saruta-hiko » (猿田彦), qui est décrit dans le texte historique japonais, le « Nihon Shoki » (日本書紀), avec une protubérance similaire mesurant sept paumes de longueur. Lors des fêtes de village, les deux figures sont souvent portraiturées par le même masque rouge au nez phallique. Certaines des plus anciennes représentations de Tengu apparaissent dans des rouleaux illustrés, tel le « Tenguzōshi Emaki » (天狗草子絵巻), peint vers 1296, qui parodie les prêtres de haut rang en les dotant de becs de faucon des démons Tengu. Les Tengu sont souvent représentés comme prenant la forme de prêtre. Au début du xiiie siècle, les tengu ont commencé à être associés en particulier aux yamabushi, les ascètes des montagnes qui pratiquaient le shugendo. L’association fit son chemin dans l’art japonais, où les Tengu sont le plus fréquemment représentés dans le costume distinctif des yamabushi, qui inclut un petit chapeau noir (頭襟/ »tokin ») et un « yuigesa » (結袈裟). Dû à leur esthétique de prêtres, ils sont souvent montrés portant le « Khakkhara » (錫杖), un bâton utilisé par les moines bouddhistes. Les Tengu sont ordinairement représentés tenant un « ha-uchiwa » (羽団扇/ »éventail de plumes ») magique. Dans les récits populaires, ces éventails ont quelquefois la capacité de faire grandir ou rétrécir le nez d’une personne, mais habituellement on leur attribue le pouvoir de provoquer de forts vents. Divers autres accessoires étranges peuvent être associés aux Tengu, telle des « Geta » (下駄), hautes et dentelées, appelées « tengu-geta » (天狗下駄).

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« Hanatakatengu » (鼻高天狗/ »Tengu au long nez »).

Le terme de Tengu et les caractères utilisés pour l’écrire proviennent d’une sorte de démon féroce du folklore chinois appelé « TianGou » (天狗). La littérature chinoise assigne à cette créature une variété de descriptions, mais le plus souvent c’est un monstre canin féroce et anthropophage qui ressemble à une étoile filante ou une comète. Il fait un bruit de tonnerre et apporte la guerre là où il tombe. Un texte du « SShuYi Ji » (述異記), écrit en 1791, décrit un chien semblable au TianGou avec un bec aiguisé et une posture droite, mais habituellement celui-ci a peu de ressemblances avec ses homologues japonais. Le chapitre 23 du Nihon Shoki, écrit en 720, est généralement considéré comme la première mention écrite du Tengu au Japon. Dans cet écrit, une grande étoile filante apparaît et est identifiée par un prêtre bouddhiste comme un « chien céleste », et comme pour le TianGou de Chine, l’étoile précède un soulèvement militaire. Cependant, des caractères chinois pour le Tengu sont utilisés dans le texte, accompagnés des caractères phonétiques, les « furigana » (振り仮名), qui donnent une lecture comme « amatsukitsune » (アマツキツネ/ »renard céleste »). M. W. de Visser a émis la supposition que les anciens Tengu japonais pouvaient représenter un amalgame de deux esprits chinois : le TianGou et l’esprit-renard nommé « HuLiJing » (狐狸精). Comme la transformation du Tengu d’un chien-météore à un homme-oiseau n’était pas claire, certains érudits japonais ont soutenu la théorie que l’image du Tengu dérive de la divinité aigle hindou, « Garuda » (गरुड/ガルダ/迦樓羅), qui a été présenté, à de nombreuses reprises dans les écrits bouddhistes, comme faisant partie d’une des races majeures d’être non-humains. Comme le Tengu, le Garuda est souvent portraituré comme une forme de vie humaine avec des ailes et un bec d’oiseau.

Moine harcelé par des Tengu.

Le nom Tengu semble avoir été écrit à la place de celui de Garuda dans les « Sutras » (経) japonais appelés « Emmyō Jizō-kyō » (延命地蔵経), mais cela a été écrit à la « période Edo » (江戸時代), longtemps après que l’image du Tengu se soit établie. Au moins une ancienne histoire dans le « Konjaku monogatari shū » (今昔物語集) décrit un Tengu emportant un dragon, ce qui rappelle la querelle des Garuda avec les serpents « Nāga » (नाग/ナーガ/那伽) des mythes hindous. Cependant, le comportement originel du Tengu diffère remarquablement de celui du Garuda, qui est généralement amical envers le bouddhisme. De Visser a présumé que les Tengu pourraient descendre d’un ancien démon-oiseau qui a été fusionné à la fois en Garuda et en TianGou quand le bouddhisme est arrivé au Japon. Cependant, il trouva peu de preuves pour étayer cette opinion. Dans la dernière version du « Kujiki » (旧事纪), un ancien texte historique japonais, est écrit le nom de « Amanozako » (天逆毎), une divinité femelle monstrueuse née de la férocité crachée par le dieu « Susanoo » (素戔嗚命), avec les caractères signifiant « Divinité-Tengu » (天狗神). Le livre décrit Amanozako comme une créature rageuse capable de voler, avec le corps d’un humain, la tête d’une bête, un long nez, de longues oreilles et de longues dents qui peuvent broyer des épées. Un livre du XVIIIe siècle appelé « Tengu Meigikō » (天狗名義考) suggère que cette déesse pourrait être le véritable prédécesseur du Tengu, mais les dates et l’authenticité du Kujiki, et de cette édition en particulier, prêtent à caution.

Masque de Konoha Tengu

« Masque de Hanatakatengu » (鼻高天狗面).

Le « Konjaku monogatari shū » (今昔物語集), un recueil d’histoires publiées à la fin de la « période Heian » (平安時代), contient certains des plus anciens récits de Tengu, déjà caractérisés comme ils le seraient pour les siècles à venir. Ces Tengu sont des adversaires gênants pour le bouddhisme; ils trompent les gens pieux à l’aide de fausses images de Bouddha, enlevant les moines et les déposant dans des lieux éloignés, possédant des femmes afin d’essayer de séduire de saints hommes, volant dans les temples et procurant à ceux qui les vénèrent un pouvoir impie. Ils se déguisent souvent eux-mêmes en prêtres ou en nonnes, mais leur vraie forme semble être celle d’un milan. À travers les XIIe et XIIIe siècles, des récits continuent de parler de Tengu essayant de causer des problèmes dans le monde. Ils sont alors considérés comme des fantômes de prêtres en colère, hérétiques ou morts sans raison, qui étaient tombés dans le « royaume Tengu » (天狗道). Ils commencèrent à posséder les gens, spécialement les femmes et les filles, et s’exprimèrent par leur bouche. Encore ennemis du bouddhisme, les démons tournèrent alors leur attention vers la famille royale. Le « Kojidan » (古事談) fait le récit d’une impératrice qui fut possédée, et le « Ōkagami monogatari » (大鏡) rapporte que « l’empereur Sanjō » (三条天皇) fut rendu aveugle par un Tengu, le fantôme d’un prêtre qui voulait se venger de lui. Un des Tengu renommés du XIIe siècle était lui-même le fantôme d’un empereur. Le « Hōgen monogatari » (保元物語) raconte l’histoire de « l’empereur Sutoku » (崇徳天皇), qui fut forcé par son père d’abandonner le trône. Il se lança dans la rébellion Hōgen pour reprendre le pays à « l’empereur Go-Shirakawa » (白河天皇), mais il fut défait et s’exila dans la « province de Sanuki » (讃岐国), dans le « Shikoku » (四国). Selon la légende, il mourut dans de grands tourments en jurant de hanter le Japon comme un grand démon et devint alors un effrayant Tengu avec de longues griffes et des yeux semblables à ceux d’un milan. Dans des histoires du XIIIe siècle, les Tengu commencèrent par enlever des jeunes garçons aussi bien que des prêtres, qui étaient leurs proies favorites. Les garçons étaient souvent rendus, alors que les prêtres étaient découverts entravés au sommet d’un arbre ou d’autres lieux en hauteur. Toutes les victimes de Tengu, cependant, revenaient dans un état proche de la mort ou de la folie, quelquefois après avoir été poussés à manger des excréments d’animaux. Les Tengu de cette période sont souvent conçus comme des fantômes de personnes arrogantes qui deviennent des créatures fortement associées à la vanité et à la fierté. De nos jours, l’expression japonaise « tengu ni naru » (てんぐになる), littéralement, « devenir un tengu », est encore utilisée pour décrire une personne vaniteuse.

Sojobo, roi des Tengu

« Sojobo » (僧正坊), roi des Tengu.

Dans le « Genpei Jōsuiki » (源平盛衰記), écrit à la fin de la « période Kamakura » (鎌倉時代), un dieu apparaît à Go-Shirakawa et donne un récit détaillé sur les fantômes Tengu. Il dit qu’ils sont devenus des Tengu parce que, en tant que bouddhistes, ils ne peuvent pas aller en enfer, et étant donné leurs mauvaises actions de leur vivant, ils ne peuvent pas accéder au « nirvana » (涅槃). Il décrit l’apparence des différents types de Tengu : les fantômes de prêtres, de nonnes, d’hommes et de femmes ordinaires, tous ceux qui étaient trop orgueilleux dans leur vie passée. Le dieu introduit la notion selon laquelle tous les Tengu ne sont pas égaux; Les hommes érudits deviennent des « Daitengu » (大天狗/ »Grand Tengu »), mais les ignorants deviennent des « Kotengu » (小天狗/ »petit Tengu »). Le philosophe « Hayashi Razan » (林羅山) a listé les plus grands de ces Daitengu comme « Sōjōbō » (僧正坊) du « Mont Kurama » (鞍馬山), « Tarōbō » (太郎坊) du « Mont Atago » (愛宕山), et « Jirōbō » (二郎坊) des « monts Hira » (平ヶ岳). Les démons de Kurama et d’Atago sont parmi les Tengu les plus renommés. Une section du « Tengu Meigikō » (天狗名義考), annotée plus tard par « Inoue Enryō » (井上円了), liste les Daitengu dans cet ordre :

  • « Sōjōbō » (僧正坊) du « Mont Kurama » (鞍馬山)
  • « Tarōbō » (太郎坊) du « Mont Atago » (愛宕山)
  • « Jirōbō » (二郎坊) des « Monts Hira » (平ヶ岳)
  • « Sanjakubō » (三尺坊) du « Mont Akiha » (秋葉山)
  • « Ryūhōbō » (笠鋒坊) du « Mont Kōmyō » (光明山)
  • « Buzenbō » (豊前坊) du « Mont Hiko » (英彦山)
  • « Hōkibō » (伯耆坊) du « Daisen » (大山)
  • « Myōgibō » (妙義坊) du « Mont Ueno » (上野公園/parc d’Ueno)
  • « Sankibō » (三鬼坊) de « Itsukushima » (厳島山)
  • « Zenkibō » (前鬼坊) du « Mont Ōmine » (大峰山)
  • « Kōtenbō » (高天坊) de « Katsuragi » (葛城山)
  • « Tsukuba-hōin » (筑波法印) de la « province de Hitachi » (常陸国)
  • « Daranibō » (陀羅尼坊) du « Mont Fuji » (富士山)
  • « Naigubu » (内供奉) du « Mont Takao » (高尾山)
  • « Sagamibō » (相模坊) de « Shiramine » (白峰)
  • « Saburō » (三郎) du Mont Iizuna » (飯縄山)
  • « Ajari » (阿闍梨) de la « province de Higo » (肥後国)

Les Daitengu sont souvent représentés dans une forme plus humaine que leurs subordonnés, et à cause de leur long nez, ils sont aussi appelés « Hanatakatengu » (鼻高天狗/ »tengu à long nez »). Les Kotengu ressemblent plus à des oiseaux et sont quelquefois appelés « karasu-Tengu » (烏天狗/ »Tengu-corbeau » ou « Konoha-Tengu » [木葉天狗/木の葉天狗]). Inoue Enryō décrit deux sortes de Tengu dans son glossaire : le grand Daitengu et le petit Konoha-Tengu, ressemblant à un oiseau et vivant dans les cèdres. Les Konoha-Tengu sont cités dans un livre de 1746, appelé le « Shokoku Rijin Dan » (諸国里人談). On les décrit comme des créatures semblables à des oiseaux avec des ailes de deux mètres d’envergure, qui ont été vues en train d’attraper des poissons dans la « rivière Ōi-gawa » (大井川), mais ce nom apparaît rarement dans le reste de la littérature. Des créatures qui ne sont pas des oiseaux classiques ou des yamabushi sont parfois appelées Tengu. Par exemple, les Tengu en tant d’esprits des bois peuvent être appelés « Guhin » (occasionnellement écrit « Kuhin ») (狗賓), mais ce mot peut aussi se référer au Tengu, avec une gueule de chien ou d’autres caractéristiques. Les habitants de la « préfecture de Kōchi » (高知県) dans le Shikoku croient en une créature appelée « Shibaten » ou « Shibatengu » (シバテン, 芝天狗), mais c’est un petit être enfantin qui aime les combats de « sumo » (相撲), qui vit la plupart du temps dans l’eau et est généralement considéré comme une sorte de « kappa » (河童). Un autre Tengu résidant dans l’eau est le « kawatengu » (川天狗/ »Tengu des rivières ») du « Grand Tokyo » (首都圏). Cette créature était rarement vue, mais on croyait qu’elle créait d’étranges boules de feu et était donc une nuisance pour les pêcheurs.

Tengu empreintant les trait de « Garuda » (迦樓羅).

Le « Shasekishū » (沙石集), un livre de paraboles bouddhistes de la « période Kamakura » (鎌倉時代), fait la distinction entre les bons et les mauvais Tengu. Le livre explique que les premiers sont à la tête des seconds et sont les protecteurs et non les adversaires du bouddhisme, bien que la fierté ou l’ambition leur a valu d’échouer sur la voie du démon, ils restent bons dans l’ensemble, le « dharma » (法/ »Loi Bouddhique »), donnant une chance de rédemption aux personnes pour ce qu’elles étaient de leur vivant. L’image déplaisante du Tengu continue de s’éroder au XVIIe siècle. Certaines histoires les représentent beaucoup moins malveillants, protégeant et bénissant les institutions bouddhistes plutôt que de les menacer ou de les brûler. Selon une légende du XVIIIe siècle dans le « Kaidan Toshiotoko » (怪談登志男), un Tengu prit la forme d’un yamabushi et servit avec piété l’abbé d’un monastère « zen » (禅), jusqu’à ce que l’homme devine la vraie forme de son serviteur. Les ailes et l’immense nez du Tengu furent alors révélés. Le Tengu demanda un fragment de sagesse à son maître et partit tout en continuant, invisible, à procurer une aide miraculeuse au monastère. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les humains commencèrent à craindre les Tengu, qui étaient de vigilants protecteurs de certaines forêts. En 1764, dans un recueil d’histoires étranges, le « Sanshu Kidan » (三州奇談), un récit raconte qu’un homme se promenait dans une vallée profonde et ramassait des feuilles. C’est alors qu’il fit face à une tempête de grêle soudaine et féroce. Un groupe de paysans lui dit plus tard qu’il était allé dans la vallée où vivaient les Guhin, et que n’importe qui prenant une seule feuille de ce lieu mourait de façon certaine. Dans le « Sōzan Chomon Kishū » (想山著聞奇集), écrit en 1849, l’auteur décrit les coutumes des bûcherons de la « province de Mino » (美濃国), qui utilisaient un gâteau de riz appelé « kuhin mochi » (狗賓餅) pour apaiser les Tengu qui, autrement, perpétreraient toutes sortes de méfaits. Dans d’autres provinces, une sorte de poisson, appelé « Okoze » (オコゼ), était offert aux Tengu par les bûcherons et les chasseurs, en échange d’une journée de travail fructueuse. Les habitants de la « préfecture d’Ishikawa » (石川県) ont jusqu’à récemment cru que les Tengu détestaient les maquereaux.

« Masque de Karasu Tengu » (烏天狗面).

Ils ont donc utilisé ces poissons comme un charme contre les enlèvements et pour éviter que les Tengu viennent les hanter. Les Tengu sont vénérés comme des « kami » (神) bienveillants dans divers cultes religieux japonais. Par exemple, le « Tengu Saburō » du mont Iizuna est vénéré sur cette montagne et sur de nombreuses autres comme « Izuna Gongen » (飯綱権現/ »incarnation d’Izuna »), une des divinités primaires du culte de « Izuna Shugen » (飯綱修験), qui est aussi liée à la sorcellerie des « kitsune » (狐/ »renards ») et au « Dakini » (荼枳尼) du bouddhisme tantrique. Izuna Gongen est représenté comme une figure ailée avec un bec et des serpents enroulés autour de ses jambes, entouré d’un halo de flammes, chevauchant un renard et brandissant une épée. Les adorateurs des Tengu d’autres montagnes sacrées ont adopté des images similaires pour leur divinité, tel que « Sanjakubō » (三尺坊), « Akiba Gongen » (秋葉権現) ou « Dōryō Gongen (道了権現) du « Temple Saijō-ji » (西芳寺) à « Odawara » (小田原市). Les Tengu apparaissent fréquemment dans les contes transmis oralement et collectés par les folkloristes japonais. Comme ces histoires sont souvent humoristiques, ils tendent à faire un portrait des Tengu comme des créatures grotesques qui sont facilement piégées ou ridiculisées par les humains. Certains de ces contes populaires incluent le « Tengu no Kakuremino » (天狗の隠れみの) : Un garçon regarde à travers un bout de bambou et prétend qu’il peut voir des endroits situés au loin. Un Tengu, rendu curieux, offre d’échanger le bambou contre un manteau de paille magique qui rend son porteur invisible. Ayant dupé le Tengu, le garçon continue ses méfaits en utilisant le manteau. Une autre version de l’histoire parle d’un affreux vieil homme qui piège un Tengu pour qu’il lui donne son manteau magique. Le vieil homme sème le chaos au sein de son village à cause du manteau. L’histoire finit avec le Tengu qui regagne le manteau grâce à un jeu d’énigmes et qui punit l’homme en le transformant en loup. Dans le « Kobu-tori Jiisan » (瘤取り爺さん), un vieil homme a une bosse (ou une tumeur) sur le visage. Dans la montagne, il rencontre un groupe de Tengu qui font la fête et il rejoint leur danse. Il plait tellement aux démons qu’ils veulent le revoir la nuit suivante et lui offrent aussi un cadeau.

Image du Tengu « Izuna Gongen » (飯縄権現).

Ils lui retirèrent la bosse de son visage, pensant qu’il voudrait la reprendre et donc qu’il reviendrait. Un voisin méchant, qui a aussi une bosse, entend parler de la bonne fortune du vieil homme et essaie de faire la même chose mais en volant le cadeau. Les Tengu, cependant, lui donnent simplement la bosse de son voisin en lui laissant la sienne, dégoûtés par ses mauvais talents de danseur et sa malhonnêteté. Dans le « Tengu no Hauchiwa » (天狗の羽団扇), un coquin obtient l’éventail magique d’un Tengu, qui peut agrandir ou rétrécir les nez. Il utilise l’objet secrètement pour agrandir le nez de la fille d’un riche marchand, puis le fait raccourcir en échange de sa main. Plus tard, accidentellement, il s’évente lui-même en dormant, et son nez devient si long qu’il atteint le paradis, ce qui lui cause de douloureux problèmes. Dans le  « Tengu no Hyōtan » (天狗の瓢箪), un parieur rencontre un Tengu, qui lui demande de quoi il a le plus peur. Le parieur ment en clamant qu’il est terrifié par l’or ou les mochi. Le tengu lui, répond sincèrement qu’il est effrayé par telle sorte de plante ou tel objet ordinaire. Le monstre, pensant jouer un tour cruel, fait alors pleuvoir de l’argent ou des mochi sur le parieur. Le parieur est bien sûr ravi et décide d’effrayer le tengu avec ce dont il a le plus peur. Le parieur alors obtient la gourde magique du Tengu qu’il a laissée derrière lui.

Durant le XIVe siècle, les Tengu ont commencé à s’en prendre à d’autres personnes en dehors du clergé bouddhiste, et comme leurs ancêtres menaçants, les TianGou chinois, les Tengu devinrent des créatures associées à la guerre. Des légendes leur prêtent de grandes connaissances dans l’art du combat. Cette réputation semble avoir son origine dans une légende entourant le fameux guerrier « Minamoto no Yoshitsune » (源義経). Quand celui-ci était un jeune garçon du nom de « Ushiwaka-maru » (牛若丸), son père, « Yoshitomo » (源義朝), fut assassiné par le « clan Taira » (平氏). « Taira no Kiyomori » (平清盛), à la tête des Taira, permit à l’enfant de survivre s’il s’exilait dans le temple du « Mont Kurama » (鞍馬山) en devenant moine. Mais un jour, dans la vallée « Sōjō-ga-dani » (僧正が谷), Ushiwaka rencontra le Tengu de la montagne, « Sōjōbō » (僧正坊). Cet esprit apprit au garçon l’art de l’escrime afin qu’il puisse se venger des Taira. À l’origine, les actes de ce Tengu étaient décrits comme une autre tentative des démons de provoquer le chaos et la guerre, mais quand la renommée de Yoshitsune en tant que guerrier légendaire augmenta, son monstrueux maître fut finalement décrit sous un jour plus respectable et sympathique. Dans une des plus fameuses interprétations de l’histoire, la pièce « Nô » (能) « Kurama Tengu » (鞍馬天狗), Ushiwaka est la seule personne du temple qui n’a pas fui à la vue de cet étrange yamabushi. Sōjōbō se lie alors d’amitié avec le garçon et devient son maître, par compassion pour toutes ses épreuves passées. Deux histoires du XIXe siècle continuent sur ce thème : dans le Sōzan Chomon Kishū, un garçon fut enlevé par un Tengu et passa trois ans avec la créature. Il revint à la maison avec un pistolet magique qui ne ratait jamais sa cible. Une histoire de la « province d’Inaba » (因幡国), relatée par Inoue Enryō, parle d’une fille peu douée de ses mains, qui est soudainement possédée par un Tengu, qui souhaite raviver l’art de l’escrime dans le monde. Un jour, un jeune « samouraï » (侍) surgit et le Tengu lui apparaît en rêve. Par la suite, la fille possédée lui enseignera l’escrime à la manière d’un maître.

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ZhenWu DaDi 真武大帝


« XuanWu » (玄武/«guerrier sombre») ou « XuanDi » (玄帝/«divinité sombre»), également connu sous le nom de « ZhenWu » (真武) ou « ZhenWu DaDi » (真武大帝), est une des divinités de rang supérieur du « taoïsme » (道教). Il est vénéré comme un dieu puissant, capable de contrôler les éléments et capable d’une grande magie. Il est identifié comme le dieu du nord « HeiDi » (黑帝/ »Empereur noir ») et est particulièrement vénéré par les artistes martiaux . Il est le dieu protecteur du « HeBei » (河北省), du « HeNan » (河南省), de la « Mandchourie » (滿洲) et de la « Mongolie » (蒙古國). Alors que certains Chinois « Han » (漢族) ont émigré dans le sud de HeBei et du HeNan pendant « l’ère Tang-Song »  (唐宋時代), XuanWu est également largement vénéré dans les provinces du « GuangDong » (廣東省), du « GuangXi » (廣西省) et du « FuJian » (福建省), ainsi que dans la diaspora chinoise des pays d’ outre-mer. Depuis que « l’empereur YongLe » (永樂帝) de la « dynastie Ming » (明朝) demanda l’aide de « XuanWu » lors de la « campagne victorieuse de Jingnan » (靖難之役) contre son neveu, il a fit construire des monastères taoïstes dans les montagnes de « WuDang » (武當山), dans le « HuBei » (湖北省), où XuanWu aurait atteint l’immortalité.

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Selon une histoire, XuanWu était à l’origine un prince dans le nord du HeBei, à l’époque de « l’Empereur jaune » (黃帝). En grandissant, il sentit le chagrin et la douleur des gens ordinaires et voulut se retirer dans une montagne isolée pour cultiver le « Tao » (道). Une autre histoire affirme que XuanWu était à l’origine un boucher qui tuait de nombreux animaux sans éprouver la moindre pitié. Au fil des jours, il finit par ressentir des remords pour ses péchés et se repentit immédiatement en cessant son métier et se retira dans une montagne isolée pour y cultiver le Tao. Un jour, alors qu’il assistait une femme sur le point d’accoucher tout en nettoyant ses vêtements tachés de sang le long d’une rivière, les mots «Sombre divinité la plus haute et la plus céleste» (玄天上帝) apparurent devant lui. La femme en travail se révéla être une manifestation de la déesse « GuanYin » (觀音). Pour racheter ses péchés, il creusa son propre ventre et ses propres intestins et les lava dans la rivière. La rivière devint alors sombre et trouble. Au bout d’un moment, le cours d’eau redevint claire et pure. Malheureusement, XuanWu perdit son estomac et ses intestins alors qu’il les lavait dans la rivière. « L’empereur de jade » (玉皇大帝) fut touché par sa sincérité et sa détermination à se purger de ses péchés. L’empereur de jade fit de lui un immortel avec le titre de « Sombre divinité la plus haute et la plus céleste ». Après qu’il soit devenu un immortel, son estomac et ses intestins absorbèrent l’essence de la terre. Ses viscères se transformèrent en une tortue et un serpent démoniaques qui commencèrent à blesser les gens. Personne ne pouvait soumettre ces animaux dans leur frénésie. Finalement, XuanWu revint sur terre pour les mater, et après les avoir vaincus, il les utilisa comme moyen de transport.

XuanWu est parfois représenté avec deux généraux à ses côtés, le général Wan Gong (萬公) et le général « Wan Ma » (萬媽), qui traitent de nombreux problèmes locaux liés à la naissance des enfants, aux médicaments, aux questions familiales et à la consultation du « FengShui » (風水). XuanWu est décrit comme un guerrier vêtu d’une robe impériale de couleur sombre, sa main gauche tenant le « sceau des trois montagnes » (三山印), tandis que sa main droite tient un sabre qui aurait appartenu à l’immortel « Lü DongBin » (呂洞賓), l’un des « Huit Immortels » (八仙). Une autre légende dit qu’il emprunta cette arme pour soumettre un puissant démon, et après l’avoir vaincu, il refusa de ramener l’épée après avoir été témoin de sa puissance. Il est donc dit qu’il tient toujours son épée fermement et qu’il est incapable de la libérer. Cependant, non seulement il devance Lü en termes de divinité, mais XuanWu existe aussi depuis plus longtemps dans l’histoire que l’immortel lui-même, mettant en doute cette affirmation. Il est généralement assis sur un trône avec le pied droit marchant sur le serpent et la jambe gauche, pliée, marchant sur la tortue. Son visage est généralement rouge avec des yeux exorbités. Son anniversaire est célébré le troisième jour du troisième mois lunaire.

En Indonésie, presque tous les temples taoïstes fournissent un autel à XuanWu. L’histoire raconte que le premier temple qui le vénéra était un temple à « Welahan Town » à « Jepara », au centre de Java. Et les temples qui furent construits en son honneur sont les temples de « Gerajen » et « Bugangan » dans la ville de « Semarang », au centre de Java. Sa fête est célébrée chaque année le 25ème jour du 2e mois du calendrier chinois. Les fidèles de « Chen Fu Zhen Ren » (陳府真人/dieu ancestral dans la communauté chinoise d’indonésie), en particulier au temple « Tik Liong Tian » à « Rogojampi », croit que XuanTian ShangDi est leur divinité protectrice. C’est pourquoi ils ont placé son autel à droite de l’autel de Chen Fu Zhen Ren, dans la pièce centrale du temple qui est toujours réservée à la divinité principale. XuanWu est connu parmi le peuple thaïlandais en tant que « Chao Pho Suea » ou « Tua Lao Aie » (大老爷) selon le « dialecte Teochew » (潮汕話). Il existe de nombreux sanctuaires qui le vénèrent dans le pays dont le célèbre sanctuaire « San Chao Pho Suea » de « Bangkok ».

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