Sakra 帝釋


« Sakra » (शक्र/ »DiShi ZunTian » [帝釋尊天] en chinois/ »Taishakuten » [帝釈天] en japonais), dont le nom complet est « Śakro devānām indraḥ », est une divinité dérivée de l’ancienne tradition védique indienne et seigneur des « trente-trois cieux » (三十三天/ »Trāyastriṃśa »), l’un des six mondes célestes du « Royaume du désir » (欲界天) de la cosmologie bouddhiste. Le Trāyastriṃśa se situe au sommet du « Mont Sumeru » (須彌山), centre polaire du monde physique, autour duquel tournent le Soleil et la Lune. Il est le plus élevé des cieux en contact direct avec la Terre. Comme les autres divinités de ce paradis, Śakra vit très longtemps, mais reste mortel. Quand un Śakra meurt, sa place est prise par une autre divinité qui devient le nouveau Śakra. Des histoires bouddhiques à propos de divinité se trouvent dans les « Jātaka » (जातक/本生/ »vies antérieures du Bouddha ») et dans plusieurs « sutras » (經), en particulier dans le « Samyutta Nikāya » (雜阿含經). Sakra est marié à « Sujā », fille du chef des « Asuras » (असुर/阿修羅), Vemacitrin (毗摩質多羅). Le terme « Śakra » est le nom propre et non une épithète de cette divinité, à l’inverse « d’Indra » (इन्द्र/因陀羅), terme parfois utilisé pour désigner Sakra, au sens de « Seigneur ». Dans la tradition chinoise, il est assimilé à « l’Empereur de jade » (玉皇大帝), appelé généralement le « Vieux Seigneur du Ciel » (老天爺) par le peuple.

« Sakra » (大帝釋尊天).

Dans l’art bouddhiste, Sakra est souvent représenté avec « Brahma » (梵天/le dieu créateur dans la tradition védique) rendant hommage au Bouddha. Ils sont souvent représentés lui donnant son premier bain à sa naissance, et lui demandant de leur délivrer ses enseignements au nom d’autres êtres sensibles, et l’escortant lors de ses voyages vers/depuis les royaumes célestes pour enseigner le « Dharma » (法/ »Loi bouddhiste »).  En raison de l’interprétation bouddhiste chinoise et de l’identification de Sakra avec l’Empereur de Jade, l’anniversaire de Sakra est également célébré le même jour que ce dernier. Il convient de noter à nouveau que les bouddhistes n’adorent ni ne vénèrent les dieux eux- mêmes, parce que ceux-ci ne sont pas des êtres illuminés. Du point de vue du bouddhisme, la vénération ou la prise de refuge spirituel sous les dieux et les esprits ordinaires est inappropriée parce que les bouddhistes ne suivent que des êtres éveillés comme les bouddhas et les « bodhisattvas » (菩薩). Cependant, il est considéré comme acceptable et propre à offrir des actions de grâces aux dieux qui donnent leur soutien et protègent la loi bouddhiste. Par conséquent, les adeptes de la tradition bouddhiste chinoise conduisent généralement une cérémonie appelée « faire des offrandes aux Bouddhas et observer un jeûne pour rendre hommage aux dieux » (供佛齋天). Celle-ci vise à remercier et honorer « 24 divinités célestes » (二十諸天), dont Sakra et Brahma, pour leur rôle en tant que « Dharmapalas » (護法神/ »Protecteurs du Dharma »), dont voici la liste :

Publicités
Publié dans Culture chinoise, Culture japonaise | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Carré mandarin 補子


Un « carré mandarin » (補子) était un grand insigne brodé et cousu sur la robe des fonctionnaires en Chine impériale, en Corée et au Vietnam. Il était orné d’animaux ou d’oiseaux, indiquant le grade et la fonction du dignitaire qui l’arborait. Les carrés de mandarin furent autorisés pour la première fois en 1391, pendant la « dynastie Ming » (明朝). L’utilisation de carrés représentant des oiseaux pour des fonctionnaires civils et des animaux pour des fonctionnaires militaires était une excroissance de l’utilisation de carrés semblables, à usage décoratif, sous la « dynastie des Yuan » (元朝).

Les normes concernant le port codifié des robes de cour sous les Ming furent publiées en 1368, mais ne furent pas référence aux carrés brodés en tant qu’insignes de rang. Ceux-ci continuèrent à être utilisés sous les « Qing » (清朝), jusqu’à ce que le système impérial soit aboli en 1912. Les nobles et les fonctionnaires Ming portaient cette étoffe sur des robes rouges dont le motif s’étendait d’un côté à l’autre du vêtement, recouvrant complètement la poitrine et le dos, impliquant que l’insigne soit légèrement trapézoïdale, avec les sommets plus étroits que ceux de la base. Sous les Ming, le statut social ne se référait jamais au nombre d’animaux ou d’oiseaux apparaissant sur les carrés brodés. Au début, ces derniers étaient souvent représentés par paires, en plein vol, sur fond de nuages, ou d’autres variantes ne montraient qu’un seul oiseau au sol (voir exemple en dessous).

Une différence notable existait entre les styles de carrés mandarins Ming et Qing : ceux des Qing étaient plus petits avec une bordure décorative, et bien que que la symbolique des oiseaux et des animaux n’aient que peu changé au cours de l’histoire, la conception des insignes brodés a subi une évolution presque continuelle. Selon le rang, les nobles de cette période portaient leurs vêtements officiels respectifs. Les princes, y compris de rang « Qin Wang » (親王/de premier rang) et « Jun wang » (郡王/de second rang), portaient quotidiennement des robes noires, par opposition aux robes bleues de juges, et avaient quatre motifs circulaires de dragons à cinq griffes, dont un sur chaque épaule, et deux autres sur le devant et le dos de leur robe, contrairement à la conception esthétique habituelle. Les « BeiLe » (貝勒) et les « BeiZi » (貝子), princes de rang inférieur, avaient sur leurs vêtements officiels un motif circulaire de dragons à quatre griffes appelés « Grands Serpents » (巨蟒). Les ducs, les généraux, les marquis et les comtes, avaient deux dragons à quatre griffes, tandis que les vicomtes et les barons avaient des grues et des faisans dorés comme pour les mandarins de premier et second rang.

Publié dans Culture chinoise | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les Trois Astres du Bonheur, de la Prospérité et de la Longévité 福祿壽三星


« Les Trois Astres » (三星) sont des divinités chinoises composées de « L’Étoile du Bonheur » (福星), « L’Étoile de la Prospérité » (祿星) et « L’Étoile de la Longévité » (壽星). Ils ne doivent pas être confondus avec « Les Trois Purs » (三清), qui sont les trois dieux les plus élevés du panthéon taoïste. C’est à partir de la « Dynastie Ming » (明朝/1368-1644 après J.-C.), entre le XIIe et le XVe, que vint l’idée de représenter les divinités de la Bonne Fortune ou du Bonheur sous forme humaine. Pour cela, on choisit parmi les dieux déjà existants, trois figures qui représenteraient le mieux cette fonction.

« Les Trois Astres » (三星).

 

« L’Astre du Bonheur » (福星/ »FuXing »)

L’histoire raconte qu’il s’appelait autrefois « Yang Cheng » (陽城) et qu’il exerça la charge de Juge criminel de « DaoZhou » (道州) au « HuNan » (湖南). L’Empereur « WuDi » (武帝) de la « Dynastie Liang » (梁朝/502-557 après J.-C.) avait coutume de recruter des gens de petite taille, voir des pygmées comme comédiens ou serviteurs du palais, pour son plaisir personnel. Chaque année, c’était par centaines que ces pauvres gens se voyaient désignés pour cette corvée, si bien que les liens de parenté et la constitution même des familles s’en trouvaient gravement atteint. Quand Yang Cheng fut chargé d’administrer cette ville, il rédigea un placet où il déclara que ces personnes étaient au même titre que les autres, des sujets de l’Empereur et non ses esclaves. Au lieu de s’en offusquer, tout au contraire, l’Empereur fut touché par cette missive, et dès ce jour, il cessa de recruter ces pauvres gens. Pour le remercier de ses bienfaits, les habitants de cette préfecture élevèrent des statues en son honneur et lui firent des sacrifices. Dans toute la région il fut vénéré comme « l’Esprit/le Dieu du Bonheur ». Cette dévotion se répandit dans tout l’empire, lettrés et gens du peuple l’honorèrent et il fut, dès lors, considéré comme « l’Esprit/Dieu du Bonheur et de la Félicité ». FuXing est souvent confondu avec l’Astre de Prospérité, mais son apparence est celle d’un homme fort, représenté vêtu d’une robe de mandarin rouge et or et sa coiffe porte deux « ailettes » sur les côtés, de plus, il tient souvent un lingot d’or dans les mains et est entouré d’argent ou d’or. Parfois par homonymie, son image est remplacé par une chauve-souris, symbole de chance et de bonne fortune.

« L’Astre du Bonheur » (福星).

 

« L’Astre de la Prospérité » (祿星/ »LuXing »)

Le terme « Lu » (祿) signifie « les honoraires d’un mandarin », il s’agit donc ici de dignités officielles largement rétribuées, honneurs et bénéfices pécuniaires, ces deux choses sont toujours inséparables chez les Chinois. LuXing s’appellerait en vérité « ShiFen » (石奮) et était un lettré du « HeNei » (河内/ »Hanoï ») qui devint grand dignitaire à la cour de « l’Empereur HanJing  » (漢景帝/156-140 av. J.-C), le fondateur de la « Dynastie Han » (漢朝). L’Empereur qui le couvrit d’or, lui et ses quatre enfants, lui accorda le nom honorifique de « WanShi Jun » (萬石君/ »Monsieur Dix Mille Shi »), (le « shi » étant une mesure de grains et de monnaie), souvent désigné sous ce titre dans les livres chinois de nos jours. Ses honoraires étaient considérables. À sa mort, ShiFen devint un des « Cinq Esprits/Dieux du Groupe Stellaire de la Constellation du Pôle Sud » (?) et plus tard encore, l’« Astre du Bonheur ». Une autre tradition fait de lui « KuiXing » (奎星/l’Étoile Kui »), acolyte du Dieu de la Littérature, « WenChang DiJun » (文昌帝君) ou Dieu lui-même, car il reçut lui aussi le titre de « Chargé des Dignités et des Émoluments des Vivants et des Morts ». On le représente vêtu comme un mandarin ou un fonctionnaire de la Cour, d’apparence assez frêle, portant un long manteau de couleur bleue ou verte, une coiffe sur la tête et tenant dans sa main un rouleau ou entouré d’enfants. On le confond parfois avec FuXing. Parfois par homonymie, il est remplacé par un « cerf » (鹿/ »Lu »).

« L’Astre de la Prospérité » (祿星).

 

« L’astre de la Longévité » (壽星/ »ShouXing »)

« L’Astre de La Longévité » (壽星), sans doute le plus connu des trois, et le seul à être déjà un « Esprit/Dieu ». ShouXing était une divinité stellaire, qui plus tard fut représentée sous forme humaine. Il appartient à la Constellation des étoiles « Jiao » (角) et « Kang » (亢), qui figurent au premier rang sur la liste des « Vingt-huit Loges Lunaires » (二十八宿), et c’est pour ce motif d’antériorité qu’on l’appelle « l’Astre de la Longévité ». Une autre tradition dit que lorsque ce « Vieillard du Pôle Sud » se montre, c’est alors présage de paix, mais que lorsqu’il disparaît, c’est signe de guerre. Selon cette version, son étoile se trouverait au sud des étoiles « Hu » (弧/partie du « Grand Chien » et « d’Argo »), ce serait elle qui déterminerait les limites de la vieillesse et qui fixerait la durée de la vie humaine. Au matin de l’équinoxe d’automne, elle apparaît dans la Constellation « Jing » (景), et le soir du printemps, elle apparaît dans la Constellation « Ding » (丁); pour cela, on l’appelle « Longévité Brillante » et s’il elle venait à disparaître, les hommes seraient dans la perplexité. Quoi qu’il en soit, on le reconnaît souvent à son apparence hors du commun, vêtu d’un long manteau aux larges manches, le crâne chauve et bombé, avec de longs favoris et une moustache blanche, tenant un bâton tordu à son extrémité dans la main gauche et une pêche d’immortalité dans la droite. Parfois par homonymie, il est remplacé par un pin. Au Japon, il est vénéré sous le nom de « Jurojin » (寿老人) et emprunte les mêmes traits que son homologue chinois.

« L’astre de la Longévité » (壽星).

Comme l’indique leur nom, les trois acolytes portent chance à celui qui les vénère ou leur voue un culte; on trouve souvent dans les échoppes chinoises ou les grands magasins leurs images, soit dessinées sur des posters en couleurs, soit des statues les représentant de toutes les matières possibles (porcelaine, fer, bois, plastique, etc). Il n’est pas rare non plus de les trouver dans un restaurant encore de nos jours et d’y voir devant un plat de fruits laissé à leur intention ou un autel dressé spécialement pour eux, juste à côté du « Dieu local du Sol » (土地公), un autre Esprit/Dieu, lui aussi, très cher aux Chinois.

Publié dans Culture chinoise, Culture japonaise | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les six Ding et les six Jia 六丁六甲


Les « six Ding et les six Jia » (六丁六甲) sont, au même titre que les « 28 Généraux des Loges Lunaires » (二 十八 星宿), les « 36 Commissaires Célestes » (三十六天將) et les « 72 Généraux Terrestres » (十二地煞), un groupe de 12 protecteurs célestes au service de la divinités « XuanTian ShangDi » (玄天上帝) dans l’hémisphère nord du royaume céleste. Ils sont invoqués par les « Prêtres Taoïstes » (道士) ou les Maîtres Spirituels lors de Rituels ou  cérémonies associées.

Selon les registres et les écritures taoïstes, ils sont composés de 6 généraux mâles représentant les énergies positives et 6 divinités féminines représentant les énergies négatives, mais sont également rattachés au « zodiaque chinois » (中國占星術). Ils se composent de :

  • « Ding Mao » (丁卯), connu sous le nom de « Si MaQing » (司馬卿) – Lapin
  • « Ding Si » (丁巳), connu sous le nom de « Cui juQing » (崔巨卿) – Serpent
  • « Ding Wei » (丁未), connu sous le nom de « Shi ShuTong » (石叔通) – Chèvre
  • « Ding You » (丁酉), connu comme « Zang WenGong » (臧文公) – Coq
  • « Ding Hai » (丁亥), connu sous le nom de « Zhang WenTong » (張文通) – Cochon
  • « Ding Chou » (丁丑), connu sous le nom de « Zao ZiYu » (趙子玉) – Bœuf.

Les « 6 Généraux Ding » (六丁).

  • « Jia Zi » (甲子), connu comme « Wang WenQing » (王文卿) – Rat
  • « Jia Xu » (甲戌), connu sous le nom de « Zhao ZiJiang » (展子江) – Chien
  • « Jia Shen » (甲申), connu sous le nom « Hu WenChang » (扈文長) – Singe
  • « Jia Wu » (甲午), connu sous le nom « Wei YuQing » (衛玉卿) – Cheval
  • « Jia Chen » (甲辰), connu sous le nom de « Meng FeiQing » (孟非卿) – Dragon
  • « Jia Yin » (甲寅), connu sous le nom « Ming WenZhang » (明文章) – Tigre.

Les « 6 Généraux Jia » (六甲).

Leur rôle principal consiste en premier lieu à protéger le taoïsme, et sont également chargés de se pencher sur les problèmes associés à la pluie, au vent et au tonnerre. Permission leur est donnée d’utiliser la foudre céleste pour éliminer les entités négatives chaque fois que nécessaire. On leur a confié la tâche de prendre en charge chaque Âme mortelle et chaque corps physique. Dans l’antiquité, pour ceux qui pratiquaient la culture taoïste spirituelle, ils étaient tenus de faire la récitation du « Mantra de Protection des 6 Ding et 6 Jia » (六丁六甲護身神咒) afin de se prémunir contre les énergies négatives, garder leur corps physique en équilibre ou être en relation directe avec lesdites entités.

« Mantra de Protection des 6 Ding et 6 Jia » (六丁六甲護身神咒)

丁丑延吾壽。丁亥拘吾魂。
« Ding Chou Yan Wu Shou. Ding Hai Ju Wu Hun »

丁酉制吾魄。丁未卻吾災。
« Ding You Zhi Wu Po. Ding Wei Que Wu Zai »

丁巳度吾危。丁卯度吾厄。
« Ding Di Du Wu Wei. Ding Mao Du Wu E »

甲子護吾身。甲戌保吾形。
« Jia Zi Hu Wu Shen. Jia Xu Bao Wu Xing »

甲申固吾命。甲午守吾魂。
« Jia Shen Gu Wu Ming. Jia Wu Shou Wu Hun »

甲辰鎮吾靈。甲寅育吾真。
« Jia Chen Zhen Wu Ling. Jia Yin Yu Wu Zhen »

Publié dans Culture chinoise | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les 28 Loges Lunaires 二十八星宿


Les « 28 Loges Lunaires » (二十八星宿), également traduits par « Demeure Lunaire » ou « Maisons Lunaires », sont un système de subdivision du ciel utilisé en astronomie chinoise correspondant selon les cas à un découpage similaire à des bandes d’ascension droite, ou alors un découpage de la bande zodiacale. Dans ce second cas, la région concernée correspond à l’intersection de la bande d’ascension droite avec la bande zodiacale. Ces loges lunaires sont au nombre de 28.

Comme toujours à l’époque ancienne, ce type de subdivision possédait un intérêt en astronomie (permettre le repérage d’un événement astronomique), ainsi qu’en astrologie, la région se voyant attribuer une certaine symbolique. Ainsi, en astrologie chinoise, les Loges Lunaires appartiennent à quatre groupes distincts appelés « Dragon Vert de l’Est » (東方青龍), « Tortue Noire du Nord » (北方玄武), « Tigre Blanc de l’Ouest » (西方白虎), et « Oiseau Vermillon du Sud » (南方朱雀), conjointement appelés « Quatre Figures » (四象) et auxquels sont associées diverses symboliques. Ces quatre groupes comportent chacun sept Loges Lunaires et ne sont pas de taille égale, tout comme les constellations modernes du zodiaque. Leur utilisation comme système de repérage précis est employée dans certains témoignages relatant par exemple l’observation d’une supernova historique, comme « SN 1006 » ou « SN 1604 ».

Leur compréhension actuelle est donc d’un intérêt réel pour l’interprétation de tous ces événements, bien plus soigneusement consignées par les astronomes d’extrême orient qu’en occident. Une Loge Lunaire était repérée par une étoile référente fixée. Cette étoile référente définit la bordure occidentale de la loge, qui correspond en réalité à la ligne passant par cette étoile et joignant les deux pôles célestes. La frontière orientale est alors définie comme par la frontière gauche de la loge suivante. Du fait de la précession des équinoxes, la largeur d’une loge lunaire varie avec le temps, jusqu’à éventuellement devenir nulle, la variation des ascensions droites de deux étoiles référentes les amène à prendre la même valeur (c’est-à-dire être alignées avec les pôles célestes). Ainsi, la loge « ZuiXi » (觜宿) possède l’étoile référente « φ1 Orionis », et la suivante, « Shen » (參宿), est basée sur « δ Orionis » (Mintaka). Ces deux étoiles possèdent désormais presque la même ascension droite, alors que leur ascension droite différait d’environ un degré (ou 4 minutes d’ascension droite) en l’an 700.

Il est établi que ceci a d’ailleurs permis aux astronomes chinois de mettre en évidence vers le IVe siècle le phénomène de précession des équinoxes (soit après les astronomes grecs). La loge peut également correspondre au niveau de l’équateur céleste à un astérisme de taille réduite comprenant deux à un peu plus d’une vingtaine d’étoiles. Selon les cas, la Loge Lunaire se réfère donc à une bande en ascension droite où se trouve l’astérisme, ou alors à la seule région couverte par celui-ci. Cette ambiguïté rend l’interprétation de certains témoignages historiques délicate. Par exemple, la possible supernova historique « SN 386 » est basée sur l’idée que la mention que cet événement astronomique se soit produit dans « NanDou » (斗宿), doit être prise en tant qu’astérisme (situé dans le plan galactique, et donc signe que l’événement était une probable supernova), et non en tant que bande d’ascension droite, auquel cas l’événement était bien plus probablement une nova.

 

 

Ces Loges Lunaires d’origine chinoise étaient également en vigueur dans le Japon médiéval. Ainsi, le « Bansenshūkai » (萬川集海), écrit en 1676 par le maître ninja « Fujibayashi Yasutake » (藤林保武), consacre plusieurs passages à ces étoiles et constellations, dans son « cahier 8, volume 17 », traitant de l’astronomie et de la météorologie. Le texte original de cet ouvrage présente par exemple un schéma montrant la représentation traditionnelle de ces 28 loges lunaires.

Publié dans Culture chinoise, Culture japonaise | Tagué , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Dharmapala 護法神


Les « Dharmapālas » (護法神), signifiant « Défenseurs du Dharma/Foi Bouddhiste » en sanskrit, sont des déités courroucées du « bouddhisme Mahayana » (大乘/ »Grand Véhicule ») et des textes tantriques. Ils sont généralement représentés sous une forme menaçante (visage féroces, crocs apparents, aura de flammes, cheveux hérissés, membres multiples, ornements macabres tels que des crânes humains ou serpents servant de colliers, et brandissant des armes diverses). Leur rôle est particulièrement important dans le bouddhisme tibétain où ils sont appelés « Drag-Gshed » (ཌྲག-གཤེད), de « drag-po » (coléreux ou cruel) et « gshed-ma » (démons infernaux bourreaux).

« Kundali » (軍荼利明王), un des 5 principaux « Rois de Sagesse » (明王).

Malgré leur aspect agressif, ce sont des déités bénéfiques car leur fonction est de protéger le bouddhisme et ses pratiquants; beaucoup sont considérés comme des émanations de « bodhisattvas » (བྱང་ཆུབ་སེམས་དཔའ།/菩薩) ou de « bouddhas » (佛). Ils sont parfois « yidams » (本尊/ »objet de méditation »), bien que certains considèrent qu’ils ne peuvent être utilisés comme tels que par les yogis expérimentés ou les « lamas » (བླ་མ/喇嘛). Leur apparence effrayante et leurs actions violentes décrites dans les « sadhanas » (साधना/修行/ »méditations rituelles »), où ils tuent et dévorent la chair de leurs victimes, et boivent leur sang ou fracassent leurs os, représentent la destruction des obstacles internes (avidité, colère) ou externes à la poursuite de la réalisation spirituelle.

« Palden Lhamo » (吉祥天母).

On distingue les Dharmapālas éveillés, tels que « Mahakala » (ནག་པོ་ཆེན་པོ།/大黑天), « Palden Lhamo » (དཔལ་ལྡན་ལྷ་མོ།/吉祥天母), « Ekajati » (ལྷ་ཚེ་གཅིག་མ།/?), « Caturmukha » (?/梵天), « Vajravega » (?), « Cittapati » (?), « Yama » (གཤིན་རྗེ/閻王), « Achi Chokyi Drolma » (?), et les dharmapālas non-éveillés ou « mondains » qui sont des « damchen » (?), esprits de la nature subjugués par « Padmasambhava » (པདྨ་འབྱུང་གནས།/蓮花生) ou d’autres « mahāsiddhas » (八十四大成就者), ou bien des divinités d’origine hindoue qui ont fait vœu de protéger le bouddhisme. Quelques-uns d’entre eux sont considérés comme éveillés dans certaines traditions, comme « Rahula » (སྒྲ་གཅན་འཛིན།/羅睺羅) et « Dorje Legpa » (?/金剛善護法/lignée « Nyingma » [རྙིང་མ་/寧瑪派]), « Begtse Chen » (བེག་ཙེ་ཆེན་ལྕམ་སྲིང/?/cycle de « Hayagriva » [རྟ་མགྲིན།/馬頭觀音] de la lignée « Sakya » [ས་སྐྱ་པ།/薩迦派]), « Dorje Setrap » (?/金甲衣護法/lignée « Gelug » [དགེ་ལུགས་པ/格魯派]) et le très discuté « Dorje Shugden » (རྡོ་རྗེ་ཤུགས་ལྡན/多杰雄登/faction issue de Gelug). Du fait que les rituels les concernant étaient autrefois transmis de façon secrète ou de leur aspect, leurs représentations sont parfois exposées dans une pièce moins directement accessible, ou même cachées.

« Vajrabhairava » (གཤིན་རྗེ་གཤེད་, རྡོ་རྗེ་འཇིགས་བྱེད།/大威德金剛).

Les huit principaux dharmapālas du bouddhisme tibétain sont :

  • Mahakala (Nagpo Chenpo) མ་ཧཱ་གཱ་ལ།/大黑天
  • Yama (Shinje) གཤིན་རྗེ།/閻摩
  • Yamantaka (Shinje Shed) གཤིན་རྗེ་གཤེད/大威徳明王
  • Hayagriva (Tamdrin) རྟ་མགྲིན།/馬頭觀音
  • Vaiśravana (Kubera) (Bishamonten) རྣམ་ཐོས་སྲས/多聞天王/毘沙門天
  • Shri Devi (Palden Lhamo) དཔལ་ལྡན་ལྷ་མོ།/吉祥天母
  • Changpa Prana Atma (Begtse) བེག་ཙེ་ཆེན/?

Au Tibet, la plupart des monastères ont leur propre Dharmapāla qui, outre son rôle de protecteur, focalise parfois le chauvinisme et les rivalités monastiques. Selon certains témoignages, il arrive que sa pratique soit plus suivie par la communauté que celles de déités de niveau théoriquement supérieur. La nécessité de travailler sans relâche pour assurer sa subsistance pouvant être considérée comme un obstacle à la pratique, certaines formes de Mahākāla, l’un des principaux dharmapālas, sont considérées comme des pourvoyeurs d’aisance matérielle. Alexandra David-Néel explique de ces démons qu’ils sont tenus en esclavage par les lamas magiciens qui les contraignent à leur rendre des services en tout genre et ne se gênent point pour les châtier à l’occasion. La statue d’un dharmapala « reste confinée dans une armoire avec des charmes et des offrandes » afin qu’il ne s’en échappe point.

Les « 4 Rois Celestes » (རྒྱལ་ཆེན་བཞི/四大天王).

Les courants vajrayāna japonais (« shingon » [眞言宗] et partiellement « tendai » [天台宗]) connaissent comme divinités courroucées les « Myo-O » (明王), « rois de Sagesse », dont les plus connus sont les « cinq grands rois de Sagesse » (五大明王/ »Go Daimyo-O »), rattachés chacun à un des bouddhas de sagesse :

  • « Acala » (阿遮羅/ »Fudo Myo-O »/不動明王), au centre et correspondant à « Vairocana » (大日如来).
  • « Trailokyavijaya » (降三世明王/ »Gozanze Myo-O »), correspondant à l’est et à « Akshobhya » (阿閦如来).
  • « Kundali » (軍荼利明王/ »Gundari Myo-O »), correspondant à « Ratnasambhava » (寶生如来) au sud.
  • « Yamantaka » (大威徳明王/ »Daiitoku Myo-O »), correspondant à « Amitâbha » (阿弥陀如来) à l’ouest.
  • « Vajrayaksa » (金剛夜叉明王/ »Kongoyasha Myo-O »), correspondant à « Amoghasiddhi » (不空成就如来 ) au nord.

La plupart, comme « Mahākāla » (大黑天/ »Daikokuten »), « Hayagriva » (馬頭観音/ »Bato Kannon »), ou « Atavaka » (大元帥明王/ »Daigensui Myo-O ») sont restés proches de l’iconographie indienne. Deux d’entre eux, « Fudo Myo-O » (不動明王) et « Aizen Myo-O » (愛染明王) sont plus particulièrement vénérés car associés aux deux grands « mandalas » (曼荼羅) du bouddhisme japonais, le « Taïzôkaï » (胎蔵界) et le « Kongôkaï » (金刚界).

« Les 5 Rois de Sagesse » (五大明王) .

Publié dans Culture chinoise, Culture japonaise | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Romance de Liang ShanBo et Zhu YingTai 梁山伯與祝英台


« La Romance de Liang ShanBo et Zhu YingTai » (梁山伯與祝英台) est une légende chinoise qui raconte l’histoire d’amants désespérés, préférant mourir que d’être séparés, à l’instar de « Roméo et Juliette ». Cette légende est un tel monument de la mythologie et de la culture chinoise qu’en 2006 elle a été présentée au classement de l’UNESCO dans l’objectif d’entrer à son répertoire du patrimoine oral et immatériel. L’arrière-plan historique de cette légende est la « dynastie orientale des Jin » (東晉/316-420). Zhu YingTai est née dans une riche famille de « ShangYu » (上虞), dans la province du « ZheJiang » (浙江). Elle a huit grands frères qui vont tous à l’école. Zhu YingTai est intelligente et aimerait elle aussi s’instruire, connaître le monde, mais, à cette époque, la tradition veut que les petites filles chinoises n’aillent pas à l’école et restent à la maison pour apprendre ce que toutes les petites filles doivent apprendre.

Alors Zhu YingTai réfléchit et la solution lui apparaît : il suffit de se cacher sous des vêtements de garçon et personne ne se doutera de rien ! C’est donc ainsi déguisée qu’elle parvient à acquérir l’accord de son père et le droit de franchir la porte de l’école, sans que personne ne la remarque. Sans éveiller les soupçons, Zhu YingTai prend sa place au milieu des garçons et découvre le Savoir. Un jour d’excursion à « HangZhou » (杭州) avec sa classe, elle rencontre Liang ShanBo qui vient de l’école de « KuaiJi » (會稽/aujourd’hui « ShaoXing » [紹興市]). Dès les premières paroles échangées, ils ressentent une forte affinité, si forte qu’ils scellent bientôt leur amitié par un geste symbolique. Pendant les trois ans qui suivent, ils étudient ensemble dans la même école. Ils sont tous deux aussi doués l’un que l’autre, bien que ShanBo consacre beaucoup plus de temps à étudier que YingTai. La jeune femme tombe peu à peu amoureuse de ShanBo qui, obnubilé par ses études, ne s’aperçoit pas qu’elle grandit et devient manifestement une femme. Le jour arrive où ce dernière reçoit une lettre de son père qui lui demande de revenir au plus vite. Elle n’a alors d’autre choix que de se préparer en hâte et de prier ShanBo de lui faire ses adieux. Cependant, au fond de son cœur, elle s’est déjà avoué un éternel amour pour lui. Avant son départ, elle se confie à la femme de leur maître en lui révélant sa véritable identité et ses sentiments pour son camarade de classe. Après lui avoir conté toute l’histoire, elle lui demande enfin de remettre à ShanBo un pendentif en jade, son cadeau de fiançailles. Celui-ci décide d’accompagner YingTai sur le chemin qui les mène vers leur séparation. YingTai tente diverses allusions afin que ShanBo se rende compte qu’elle est bien une femme cachée sous un déguisement d’homme.

Entre autres, elle compare leur relation à un couple de « canards mandarins » (鴛鴦/symbole du couple amoureux dans la culture chinoise) mais ShanBo n’entend rien à ses indices et n’a même pas le plus petit soupçon. En dernier recours, il lui vient une idée. Elle se tourne vers lui et lui suggère qu’elle pourrait être son conseiller en amour, l’aider à trouver une femme, elle pourrait agir un peu comme une sœur. Avant de se séparer, elle insiste pour qu’il lui rende visite chez elle un jour en espérant qu’il pourra lui proposer une demande en mariage. Les deux amis s’éloignent l’un de l’autre à regret. Quelques mois plus tard, quand ShanBo rend visite à YingTai, il découvre bel et bien une femme et prend conscience avec déception qu’il a perdu du temps. Enfin, leur amour peut s’exprimer ouvertement. Ils sont passionnément voués l’un à l’autre, ils font alors le vœu de s’aimer jusqu’à ce que la mort les sépare. La joie de leurs retrouvailles et l’espoir de leur union prochaine ne durera pas longtemps : au moment où ShanBo demande la main de YingTai, il apprend que ses parents ont déjà arrangé un mariage avec un homme d’origine noble nommé « Ma WenCai » (馬文才). ShanBo, le cœur brisé, se laisse mourir et s’éteint bientôt. Le jour du mariage, YingTai se rend en bateau chez son futur mari, mais, au moment où l’embarcation passe aux abords du lieu où repose son bien aimé, une mystérieuse tempête éclate, empêchant la procession de poursuivre sa route. Lorsqu’elle apprend qu’il s’agit de la tombe de ShanBo, elle s’effondre de désespoir et supplie que la sépulture s’ouvre.

Soudain, le sol se déchire dans un fracas de tonnerre. Sans plus d’hésitation, elle se jette dans le trou béant pour rejoindre ShanBo. Deux papillons apparaissent alors, s’envolant de la tombe et voletant de concert vers l’infini. En 347, la population locale rendit hommage à la mémoire de Liang ShanBo en édifiant une temple à son nom. Ce dernier, alors fonctionnaire, avait largement contribué à résoudre les problèmes liés aux crues de la rivière qui causaient de terribles inondations. Le parc culturel « Liang-Zhu » (梁祝文化公園), situé à « NingBo » (寧波), prend la légende des amours de YinTai et ShanBo pour thème principal. La « Tombe de Liang-Zhu » (梁祝塚), le « Temple de Liang ShanBo » (梁山伯廟), « le Pont des Époux » (夫妻橋) et « Qin Gong » (寢宮) sont officiellement reconnus par l’association culturelle chinoise Liang-Zhu comme sites culturels significatifs pour la naissance de la légende. Cette romance célèbre dans le monde entier a donné lieu à diverses adaptations au cinéma, dont « The Love Eterne » (1963) et « The Lovers » (1994). Elle est omniprésente dans la culture chinoise, notamment musicale. Elle est en particulier le thème d’un opéra de style « ZaJu » (雜劇), et celui d’un célèbre concerto pour violon.

« The Love Eterne » (1963).

Publié dans Culture chinoise | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire