Oiran 花魁


Les « Oiran » ([花魁], littéralement « premières fleurs ») étaient des courtisanes, prostituées (« yūjo » [遊女]), de haut-rang au Japon, célèbres en particulier au cours de « l’ère Edo » (江戸時代). Ce sont les principaux personnages du « karyūkai » ([花柳界]/ »monde des fleurs et des saules »). Les maisons où elles demeuraient se nommaient les « seirō » ([青楼]/ »maisons vertes »).  Les deux termes, Oiran et « Tayū » (太夫/大夫), sont souvent utilisés de façon indifférenciée. En réalité, le terme Tayū est le premier apparu; il désigne toujours une courtisane du plus haut niveau, et faisant montre de talent en matière de danse et de chant.  Le terme Oiran est apparu plus tard: les Oiran sont également des courtisanes de haut niveau, mais sans connaissance particulière de la danse ou du chant, car sont alors apparues les « Geishas » ([芸者]/ »personne qui pratique les arts »), qui, sans être des courtisanes elles-mêmes, ont repris à leur compte danses et chants.

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Les plus célèbres quartiers réservés du Japon sont « Yoshiwara » (吉原) à « Edo » (江戸) (actuel « Tōkyō » [東京]), « Shimabara » (島原市) à « Kyōto » (京東) et « Shinmachi » (新町) à « Osaka » (大阪市).  Ces quartiers réservés étaient des mondes clos, cernés par une enceinte appelée « Kuruwa » (曲輪). Les courtisanes avaient peu de chances de quitter ces quartiers et pouvaient encore moins s’en échapper. Celles qui tentaient de s’enfuir étaient toujours rattrapées et sévèrement punies. À partir de 18h, chaque soir, les courtisanes de bas niveau étaient exposées derrière les barreaux du rez-de-chaussée de la maison, comme des mannequins dans une devanture. Les clients potentiels s’arrêtaient devant ces «vitrines-prisons» pour regarder les courtisanes et en choisir une. Suivant le rang de la prostituée, l’affaire était plus ou moins vite réglée.  Car, si, à l’intérieur des quartiers réservés, la hiérarchie qui existait à l’extérieur n’avait plus cours, une autre hiérarchie existait, avec ses rituels et son étiquette. Ainsi, par exemple, les courtisanes étaient divisées en huit échelons.  Tout en haut de l’échelle, les Tayū n’avaient pas de relations avec le client avant sa troisième visite, toute aussi onéreuse que les deux premières.

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Les prestations des Tayū étaient très loin de se limiter au domaine sexuel. On attendait d’elles qu’elles puissent faire preuve d’une très grande culture, dans des domaines très divers. Une Tayū recevait la formation d’une grande dame cultivée, et ses servantes, appelées « Kamuro » (禿) s’adressaient à elle dans le langage châtié de la Cour. Elles se déplaçaient dans un équipage princier, et il était, disait-on, facile de les confondre avec une dame de la noblesse. Les maisons closes où elles demeuraient étaient ornées de paravents peints dans le style « Kano » (狩野派), et n’avaient rien à envier à un palais.  Sa maîtrise du « Shamisen » (三味線/instrument traditionnel japonais à 3 cordes) était un atout important, qui contribuait à établir son rang. Mais plus encore que ses talents musicaux, sa connaissance de la composition littéraire et de la poésie, sa capacité à faire des allusions littéraires ou à placer des mots d’esprit étaient essentielles pour une Tayū.

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Dans plusieurs villes du Japon se déroulait chaque année la parade des courtisanes de haut rang, « l’Oiran Dōchū » (花魁道中). Les courtisanes, vêtues de « kimonos » (着物) et « d’obi » (帯/large ceinture) chamarrés, le visage peint en blanc avec la poudre « Oshiroi » (白粉花), et accompagnées de leurs Kamuro, leurs petites suivantes, défilaient alors à pas lents à travers la ville.  Leur démarche était alors très particulière: lorsqu’elles paradent, les Oiran ou les Tayū avancent très lentement, en décrivant un cercle vers l’extérieur avec le pied, en même temps qu’elles fléchissent légèrement l’autre genou, et qu’elles marquent un temps d’arrêt à chaque pas.  Ces parades étaient suivies de près, car les nouveautés vestimentaires déployées à cette occasion par Oiran et Tayū contribuaient à définir la mode.  De nos jours, une grande parade des courtisanes se déroule à « Tsubame » (燕), « Niigata » (新潟市), sous le nom de « Bunsui Sakura Matsuri Oiran Dōchū » (一葉桜まつりおいらん道中). Cette parade met en scène trois Oiran vêtues de leurs plus beaux atours, « Shinano » (信濃), « Sakura » (桜), et « Bunsui » (一葉), au milieu des cerisiers en fleurs du mois d’Avril, et accompagnées par environ 70 serviteurs.

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A propos scarletexorcist

Passionné de Chine et de Japon, j'essaie de faire (mieux) connaitre ces deux cultures qui restent assez complémentaires.
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