Tamamo-no-Mae 玉藻前


« Tamamo-no-Mae » (玉藻前), est une figure légendaire de la mythologie japonaise. Dans « l’otogizōshi » (御伽草子), une collection de proses japonaises écrites durant la période « Muromachi » (室町時代), Tamamo-no-Mae était la favorite du père de l’empereur japonais « Konoe » (近衛天皇/qui régna de 1142 à 1155). Belle et savante, le jeune fille charmait la cour de sa présence, lorsque « l’empereur retiré » et son fils Konoe, l’empereur régnant, tombèrent tous deux mystérieusement malades. Mais l’astrologue et exorciste de la cour, l’habile « Abe no Yasuchika » (安倍泰成), compris que le mal venait de Tamamo no Mae, qui n’était autre qu’un « Kyubi no kitsune » (九尾の狐/ »renard maléfique à neuf queues »). Après avoir été tuée par l’un des deux vaillants hommes envoyés à sa poursuite, Tamamo no Mae hanta longtemps une pierre magique, mortelle pour tous ceux qui l’approchaient.

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On disait qu’elle était la femme la plus belle et la plus intelligente du Japon. Mystérieusement, son corps sentait toujours bon et ses vêtements ne se fripaient ou ne se salissaient jamais. Tamamo-no-Mae était non seulement belle, mais aussi infiniment savante en toutes choses. Bien qu’elle semblât n’avoir que vingt ans, il n’était rien à quoi elle ne puisse répondre, qu’il s’agisse de musique, de religion ou d’astronomie. À cause de sa beauté et de son intelligence, tous, à la cour impériale, l’adoraient. D’ailleurs, l’empereur retiré,  « Toba no In » (鳥羽天皇), malgré l’obscurité des origines, visiblement modestes, de la jeune fille, était profondément épris d’elle et en avait fait sa favorite. La fascination qu’elle exerçait sur « l’empereur retiré » s’était encore accrue, lorsque, par une nuit d’automne où un orage avait éclaté, orage que la cour s’efforçait d’oublier par une soirée de poésie, une soudaine rafale de vent avait éteint toutes les lumières. Là, dans l’obscurité totale, on vit luire dans la nuit, comme le radieux soleil de l’aurore, le corps de la belle Tamamo-no-Mae. Si le mystérieux phénomène sema la terreur parmi les ministres et les gardes présents, Toba no In, lui, n’y vit qu’un signe de plus de la lumineuse personnalité de la jeune fille, qu’il surnomma aussitôt Tamamo-no-Mae, « la demoiselle Joyau lumineux » (玉藻前).

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Abe no Yasuchika démasquant le renard.

Après quelque temps, l’empereur régnant Konoe ainsi que son père, tombèrent soudainement et inexplicablement malades tous les deux. Ils consultèrent plusieurs prêtres et devins afin de trouver l’explication du mal, mais personne n’avait de réponse à leur fournir. Finalement, l’astrologue de la cour, Abe no Yasuchika, qui en était également l’exorciste, révéla que Tamamo-no-Mae était la cause de la maladie: en effet, il expliqua que la belle jeune femme était en fait un mauvais renard à neuf queues qui avait placé Toba no In sous son influence, dans un complot sournois pour prendre le trône. Devant le refus de « l’empereur retiré » de chasser sa belle favorite, l’astrologue, résolu à sauver son maître, organisa une grande cérémonie en l’honneur d’une des divinités de l’au-delà, « Taisan fukun » (泰山府君). Au cours de cette cérémonie, Tamamo-no-Mae laissa paraître un malaise grandissant à l’écoute des incantations, pour se révéler bientôt pour ce qu’elle était, un renard maléfique à neuf queues. Démasquée, elle prit alors la fuite en direction du nord-est, où vont toujours se réfugier les esprits démoniaques. L’empereur ordonna à « Kazusa-no-suke » (上総広常) et à « Miura-no-suke » (三浦義明), les guerriers les plus puissants du moment, de chasser et de tuer le renard. Après avoir échappé aux chasseurs, durant quelque temps, le renard apparut à Miura-no-suke en rêve. Prenant de nouveau la forme de la belle Tamamo-no-Mae, le renard prophétisa que Miura-no-suke le tuerait le jour suivant et supplia de lui laisser la vie sauve. Miura-no-suke refusa. Tôt le jour suivant, les chasseurs trouvèrent le renard sur la lande de « Nasu » (那須町), et Miura-no-suke tira et tua la créature magique avec une flèche. Le corps du renard devint alors le « Sessho-seki (殺生石/ »pierre tueuse ») qui tue quiconque entre contact avec elle. L’esprit qui s’était emparé de l’enveloppe corporelle de Tamamo-no-Mae hanta alors la pierre.

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Lors de sa rencontre avec la pierre meurtrière, « le moine Genno » (玄翁和尚) se rendit compte que Tamamo-no-Mae avait derrière elle un long passé maléfique, qui s’étendait sur des millénaires. Ainsi, il découvrit qu’en Inde, elle avait convaincu le « Roi Hanzoku » (班足王) d’entreprendre une guerre meurtrière contre ses voisins, pour perpétrer un abominable rituel qui nécessitait la tête coupée de mille rois. C’est elle aussi qui, en Chine, avait, sous le nom de « DaJi » (妲己) été l’épouse du « roi Wu des Zhou » (周武王) et qui contribua, de par son influence néfaste auprès de ce dernier, à la chute de la « dynastie des Zhou occidentaux » (西周). La légende de Tamamo-no-Mae sert d’assise au drame « noh » (能), « Sessho-seki » (殺生石/ »La pierre tueuse »)  ainsi que dans le jeu vidéo « Ōkami » (大神) faisant aussi référence à cette légende. Ainsi, le joueur fait la rencontre de « Tsuzurao » (ツヅラオ), une belle et intelligente prêtresse, chasseuse de démons. Cependant, il est révélé par la suite que la vraie Tsuzurao fut tuée par l’esprit d’un renard à neuf queues maléfique et que son corps était possédé dès le début.

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