Le Bouvier et la Tisserande 牛郎織女


L’histoire du « Bouvier et de la Tisserande » (牛郎織女) est l’une des quatre grandes légendes du folklore chinois, avec celle de « Meng JiangNü » (孟姜女), celle de « Serpent blanc » (白蛇傳) et celle de « Liang Shanbo et Zhu Yingtai » (梁山伯與祝英台). La rencontre du Bouvier et de la Tisserande est fêtée en Chine lors de la fête du septième jour du septième mois du calendrier lunaire, essentiellement par les femmes et les amoureux. Au Japon la fête est appelée « Tanabata » (七夕) et « Chilseok » en Corée.

À l’origine c’est un buffle, et non un bouvier, qui est en relation avec une tisserande. Le Classique des vers, le plus ancien recueil de la poésie chinoise, mentionne déjà l’un et l’autre sous la forme de deux étoiles. Il existait sans doute dans l’Antiquité une déesse des travaux féminins, des mûriers et des cucurbitacées, assimilée à une étoile. Il existait par ailleurs une étoile du Buffle des sacrifices. Pour désigner l’ensemble des tâches réparties par sexe, une expression disait : « l’homme laboure, la femme tisse », puisqu’il s’agissait des deux travaux essentiels, le buffle servant au labour, et les rouleaux de tissu servant à payer les impôts. Aussi dès cette période l’étoile du Buffle a-t-elle dû être naturellement associée à celle de la Tisserande, d’autant qu’elles se font face de part et d’autre de la Voie lactée (alors nommée le Fleuve céleste en Chine) pendant le septième mois lunaire et que leur éclat est remarquable. La poésie de la « dynastie Han » (漢朝) traite du thème des amants séparés : ainsi de l’un des Dix-neuf poèmes anciens ou d’un poème de « Cao Pi » (曹丕/187-226)2, mais les premiers textes rapportant la légende du Buffle et de la Tisserande datent du VIe siècle.

Timbre à effigie des deux amants.

Timbre à l’effigie des deux amants.

Entre-temps étaient apparues des histoires sur des fils modèles de piété filiale. Selon l’une d’entre elles, relatée par « Liu Xiang » (劉向/77-6 avant J.-C.), « Dong Yong » (董永), après la mort de son père avec qui il avait vécu dans la pauvreté, doit se vendre comme esclave pour lui assurer des funérailles. Il croise alors une jeune fille qui demande à l’épouser. Celle-ci rachète la liberté de Dong Yong en tissant trois cents rouleaux de soie pour son maître en un temps record. Elle avoue alors être une fille céleste, envoyée par le Ciel, puis disparaît. La légende du Bouvier et de la Tisserande résulte de la synthèse entre les deux histoires précédentes, celle du Buffle et de la Tisserande et celle de Dong Yong. D’une histoire d’amour entre deux étoiles, présidant aux travaux féminins et masculins, la légende est devenue celle de l’union entre un mortel et une immortelle. Fête féminine à l’origine, le personnage principal est la Tisserande encore sous les « Tang » (唐朝). Sous les « Song » (宋朝) au XIe siècle, sous l’influence du néoconfucianisme, le personnage principal est désormais le Bouvier. La Tisserande commet en effet une faute en se mariant avec un mortel, en contradiction avec le rigorisme de l’époque. Sous le régime communiste, la lutte des classes est introduite dans les différentes variantes de l’opéra local « L’Union des immortels célestes » (天仙配), issu de la légende.

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Un jeune orphelin est victime de l’hostilité de son frère et de sa belle-sœur. Comme il prend soin du buffle de la famille, celui-ci lui donne comme conseil de quitter sa famille, avec comme seule possession le buffle lui-même. Le jeune homme part vivre sur une montagne. Là, le buffle lui donne un nouveau conseil : s’il se rend de l’autre côté de la montagne, il y trouvera un lac. Sept jeunes filles venues du ciel viendront s’y baigner. Il pourra alors dérober les vêtements de l’une d’elles et celle-ci deviendra son épouse. Le jeune suit le conseil du buffle et épouse effectivement l’une des jeunes filles. Peu avant de mourir, le buffle conseille au jeune homme de conserver sa peau. En effet s’il la revêt, elle lui permettra d’exaucer un vœu. Le couple a par la suite deux enfants. C’est alors que la « Reine Mère d’Occident » (西王母) se rend compte que la Septième Fée, la Tisserande des nuages colorés du couchant, a disparu. La Terre et le Ciel devant demeurer séparés, elle vient chercher la Tisserande. Le Bouvier, prenant ses deux enfants, revêt alors la peau du buffle et fait le vœu de pouvoir rejoindre sa femme. La Reine Mère Céleste, quand elle le voit à leur poursuite, fait un trait dans le ciel : ce trait est le Fleuve Céleste (la Voie lactée). Le Bouvier et le Tisserande sont transformés en deux étoiles de part et d’autre de la Voie lactée, et ne peuvent se rejoindre qu’une fois l’an, le septième jour du septième mois lunaire. Les pies font ce jour-là un pont au-dessus de la Voie lactée. De nombreuses variantes de l’histoire de la Tisserande et du Bouvier existent dans les différentes provinces de Chine. Mais pour que toutes puissent être assimilées à cette légende, il est nécessaire qu’elles présentent certains éléments qui ne peuvent varier : les deux personnages doivent être assimilés aux deux étoiles du même nom, ils doivent avoir une relation amoureuse et se réunir chaque année le septième jour du septième mois.

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