Shirabyōshi 白拍子


Les shirabyōshi (白拍子) étaient des danseuses traditionnelles du XIIe siècle appréciées à la cour impériale japonaise. Ces danseuses se produisaient pour les « kuge » (公家/nobles) et les « samouraïs » (侍) de haut rang. Elles sont parfois appelées courtisanes mais ce terme est quelque peu incorrecte, les courtisanes étant des prostituées. Les shirabyōshi étaient des artistes et, même si certaines ont eu des rapports sexuels avec des nobles, elle ne demeurait pas pour autant des prostituées.

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Les shirabyōshi sont apparues à la fin de « l’époque de Heian » (平安時代). Cette époque marque un changement culturel poussant certaines femmes à se tourner vers l’art. Après leur création, la profession de shirabyoshi connait un franc succès poussant de nombreuses femmes à vivre ainsi. La shirabyoshi est toujours habillée en homme et voue sa danse aux dieux. Le nom shirabyōshi signifie « rythme blanc » en raison de leur maquillage et du caractère lent et rythmé de leur danse. Elles étaient éduquées, savaient lire et écrire, maîtrisaient la poésie, la musique et la danse. Il a été dit que la culture shirabyōshi a fortement influencé le « théâtre nô » (能) en mettant en avant le « kusemai » (曲舞), forme peu orthodoxe de la danse.

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Les shirabyōshi sont reconnaissables grâce à la tenue purement masculine qu’elles portent inspirée du « shinto » (神道) :

  • Un chapeau « tate-eboshi » (立烏帽子), porté par les samouraïs.
  • Une épée, « tachi » (太刀) de samouraï.
  • Un « hakama » (袴) rouge, porté principalement par les hommes.
  • Un « suikan » (水干) blanc et un suikan rouge, tenue masculine shintoïste.
  • Un « kawahori » (蝙蝠扇), éventail tenu par les hommes.
  • Les shirabyōshi portaient la marque blanche traditionnelle du maquillage facial, couvrant complètement le visage et le cou et dessinant de nouveaux sourcils plus élevés sur le front, qui sera pendant des siècles associé aux « geisha » (芸者).
  • Leur coiffure était assez simple, les cheveux tirés vers l’arrière en une queue de cheval pouvant parfois aller jusqu’au sol, attachée avec un ruban appelé « takenaga » (絵元結).

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Les chants des shirabyōshi sont principalement inspirés de prières bouddhistes. Ils sont généralement lents et rythmiques, avec une importante signification incluse dans les paroles. Elles chantaient aussi des « imayo » (今様) qui sont des poèmes utilisant des images de la nature pour transmettre des significations sur les circonstances de leur vie. Les signes distinctifs de leur musique comprennent leurs voix, le « tsuzumi » (鼓/tambour) et le « fue » (笛/flûte). « Shizuka Gozen » (静御前), était la concubine et amante de « Minamoto no Yoshitsune » (源 義経), le héros tragique de nombreuses légendes folkloriques. Elle et Yoshitsune se rencontrent et tombent amoureux mais au moment où elle tombe enceinte, Yoshitsune est en fuite pour sauver sa vie. Elle est alors capturée et emmenée au shogun « Minamoto no Yoritomo » (源頼朝) à « Kamakura » (鎌倉), frère aîné de Yoshitsune. Là, elle donne naissance à un fils qui est, selon certaines versions des contes, tué sans délai par son oncle Yoritomo, mais qui survit selon d’autres versions. Dans certains contes, Shizuka est alors contrainte d’effectuer une danse pour Yoritomo et son épouse « Hōjō Masako » (北条 政子) lors d’une célébration au temple, où elle entonne un chant de louange pour son amour Yoshitsune. Cela irrite grandement Yoritomo qui a l’intention de la faire mettre à mort mais Masako supplie pour sa vie. Shizuka est libérée et cherche à rejoindre Yoshitsune mais elle apprend sa mort. Elle se fait « bhikkhuni » (尼/nonne bouddhiste) et meurt en 1189. Sa chanson est célèbre et est encore chantée aujourd’hui par les geisha.

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L’histoire de « Giō et Hotoke » (祇王·仏), rapportée dans le « Heike monogatari » (平家物語), est longue et complexe, mais raconte l’essentiel de la vie de la plus célèbre shirabyōshi, « Giō » (祇王), qui après avoir gagné le cœur de « Taira no Kiyomori » (平清盛), est évincée pour une plus jeune et plus talentueuse shirabyōshi nommée « Hotoke » (仏). Kiyomori renvoie cruellement Giō, ce qui la peine grandement et Hotoke est constamment en proie à la culpabilité. Un an plus tard, Giō est invitée à effectuer une danse pour Hotoke sur l’ordre de Kiyomori qui a véritablement l’intention de l’humilier. Dans la douleur, Giō, sa sœur et leur mère se font religieuses en quête d’une vie plus heureuse. Quelques années plus tard, la culpabilité étant trop forte pour Hotoke, elle décide donc de se faire nonne également. Elle demande alors son pardon à Giō qui lui accorde volontiers et les quatre femmes vivent le reste de leurs jours dans la prière.

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