Le Boddhisattva Kshitigarbha 地藏王菩薩


« Kshitigarbha », également appelé « DiZang » (地藏) en chinois et « Jizo » en japonais, est l’un des huit grands « bodhisattvas » (« Mahâsattvas »/[摩訶薩埵/大士]). Son vœu est de devenir bouddha une fois l’enfer complètement vide; il est chargé de sauver les êtres de la souffrance pendant la longue période allant du « parinirvāṇa » (無餘涅槃/ »fin de l’existence physique ») du « bouddha Shakyamuni » (釋迦牟尼佛) jusqu’à l’arrivée du futur « bouddha Maitreya » (彌勒佛). La signification du terme sanskrit « kṣitigarbha » est « matrice de la Terre ». Il est souvent appelé en chinois « DiZangWang PuSa » (地藏王菩薩) et en japonais « Jizō bosatsu » (地蔵菩薩) ou simplement « O-Jizō-sama » (地蔵様). Avec « Manjusri » (文殊菩薩), « Samantabhadra » (普賢菩薩) et « Avalokiteśvara » (觀世音菩薩), il fait partie des quatre grands bodhisattvas les plus vénérés en Chine; Son lieu de pèlerinage est sur le « Mont JiuHua » (九華山) situé dans la province de « AnHui » (安徽), à l’est de la Chine. Il était sous la « dynastie Tang » (唐朝) la déité principale de « l’école SanJie » (三階教) qui contribua à la multiplication de ses représentations. Le bodhisattva Kshitigarbha n’était pas particulièrement populaire en Inde. C’est seulement lorsque le bouddhisme s’est diffusé en Chine, que son culte s’est développé, à cause de son rôle pour secourir les morts dans le monde des enfers, car les chinois étaient particulièrement préoccupés du sort de leurs ancêtres. Les trois « sutras » (佛經) chinois qui parlent de Ksitigarbha, en particulier le « Sutra des vœux originels du bodhisattva Kṣitigarbha » (地藏菩薩本願經) sont supposés avoir été traduits du sanskrit au VIIe siècle par un moine de « HoTan » (和田), maître « Shikshânanda » (実叉難陀), mais les spécialistes s’accordent pour dire qu’ils ont été écrits directement en chinois aux VIIIe et IXe siècles. D’après le Sutra des vœux originels du bodhisattva Kṣitigarbha, il est considéré comme le grand modèle de la piété filiale, parce que c’est pour sauver sa mère des souffrances infernales qu’il a prononcé solennellement le vœu immense de ne pas devenir bouddha tant que l’enfer ne sera pas vide.

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En Chine, les personnes gravement malades sont invitées à lire ce sutra et à prier ce bodhisattva de les aider à se rétablir. Il existe de nombreuses légendes tirées de ce sutra. Le bouddha Shakyamuni y dit que celui qui récite le nom de Kṣitigarbha mille fois par jour pendant mille jours sera protégé des accidents et des maladies pendant toute sa vie par des êtres divins envoyés par le bodhisattva. Dans certains temples, des photos des personnes décédées ou des tablettes portant des noms des défunts sont placés autour de son portrait ou de sa statue afin qu’il les sauve. Au Japon, « Jizō » est spécialement sollicité par les femmes ayant fait une fausse couche ou avorté, et placé aux carrefours et aux cimetières pour qu’il libère les esprits errants. Selon la classification générale du bouddhisme, il existe cinq classes d’êtres migrants ou états de conscience :

  • Les dieux
  • Les êtres humains
  • Les « Asuras » (阿修羅)
  • Les esprits errants ou avides (餓鬼)
  • Les êtres infernaux ou démoniaques

Ces états d’être ou de conscience décrits dans le bouddhisme sont à l’origine du « cycle de la réincarnation » (« Saṃsara »/輪迴). Selon une tradition bouddhique, pour devenir bodhisattva ou bouddha, il faut en avoir fait le vœu au cours de plusieurs existences devant le bouddha de l’ère en cours.

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C’est au « Palais des Trente-trois Cieux » (忉利天) où se trouve sa mère « Māyā » que le bouddha Shakyamuni prêcha le Sutra des vœux originels du bodhisattva Kṣitigarbha. Il relate que d’innombrables « kalpas » (劫/unité de mesure pour définir le temps) auparavant, le Bodhisattva était le fils d’un riche notable. Séduit par la beauté éblouissante du « Bouddha », « rapide comme le lion et accomplissant dix mille bonnes actions », il lui demanda comment avoir une si belle prestance. Le « tathāgata » (如來/terme désignant le Bouddha) lui dit qu’il fallait libérer, pendant un temps incalculable, tous les êtres sensibles qui subissent des souffrances. Alors ce fils de notable fit immédiatement le vœu suivant : « Pendant un nombre incommensurable de kalpa, jusqu’à l’épuisement du temps, je procurerai un vaste choix de moyens habiles à l’usage des êtres des six voies et qui souffrent pour leurs fautes. Je ne deviendrai un bouddha parfaitement accompli que lorsqu’ils seront tous libérés ». Dans une autre vie encore, ce bodhisattva était une jeune fille brahmane qui, sachant sa mère en enfer à cause de ses mauvaises actions, résolue de la sauver à force d’offrandes et de prières. Elle avait à cette occasion aperçu l’enfer et fit le même vœu devant le portrait du Bouddha de cette ère, se préparant grâce à une méditation nommée « Fleur de l’Éveil ».

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À l’époque du « Tathāgata ayant Accompli Toute Connaissance », Ksitigarbha était un roi qui fit encore une fois le vœu solennel de sauver tous les êtres souffrants. À la période finale du Tathāgata nommé « Yeux Purs comme le Lotus », il fut une jeune fille nommée « Yeux Brillants » qui prononça ce vœu pour sauver sa mère tombée en enfer. Le bodhisattva Ksitigarbha a donc prononcé d’innombrables fois ce vœu, et a déjà sauvé des myriades d’êtres pendant un temps inimaginable comme l’explique le « Bouddha Shakyamuni (釋迦牟尼) : « À titre de comparaison, prenons toutes les herbes, tous les arbres, les bois, les forêts, les plants de riz et de chanvre, les bambous, les roseaux, les rochers, les montagnes, les poussières contenues dans les trois mille milliers de grands mondes. Chacun d’eux devient un « Gange ». Chaque goutte de chaque Gange devient un pays dont chaque grain de poussière vaut un kalpa. Puis les grains de poussière d’un kalpa deviennent chacun un kalpa. Eh bien, le temps qui s’est écoulé depuis que le bodhisattva Ksitigarbha accéda à la « Dixième Terre » (appelée « Le nuage du dharma » [法雲地]) est mille fois plus long que le temps évoqué ci-dessus. Et encore plus long a été le temps où il était encore au stade « d’arhat » (羅漢) et de « pratyekabouddha » (辟支佛/ »Bouddha solitaire »). Cette croyance explique pourquoi le bodhisattva Ksitigarbha est l’un des plus vénérés.

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« Jin QiaoJue » (金喬覺), fondateur du temple du « Mont JiuHua », l’un des quatre monts bouddhistes de Chine situé dans la province de Anhui, est considéré comme une incarnation de Kṣitigarbha, raison pour laquelle les représentations chinoises et japonaises de DiZangWang ou Jizō le montrent en costume monastique. Sa momie naturelle fut longtemps conservée sur le mont. En dehors de Chine, Jin QiaoJue est mal connu et on pense parfois que le célèbre « XuanZang » (玄奘) évoqué dans « Le Voyage en Occident » (西遊記) a servi de modèle pour les représentations de Ksitigarbha en moine. La tradition en fait un membre de la famille royale de « Silla » (royaume occupant une partie de l’actuelle Corée), venu à 24 ans par ses propres moyens poursuivre son étude du « dharma » (法/ »Loi bouddhique ») en Chine, alors domaine de « l’empereur XuanZong » (唐玄宗) de la « dynastie Tang » (唐朝). Il aurait obtenu le soutien du propriétaire d’un certain Min (閔), pour y bâtir un monastère où il serait mort à 99 ans après avoir atteint l’illumination. C’était dans la 16e année de l’ère « KaiYuan » (開元), le soir du 30 du septième mois lunaire, date à laquelle a lieu tous les ans un pèlerinage. Son corps ne s’étant pas dégradé au bout de 3 ans, il commença à faire l’objet d’un culte l’identifiant à Kşitigarbha. Le temple a joué un rôle non négligeable dans la popularité croissante de DiZangWang en Chine. De nos jours, il est encore possible de voir plusieurs momies de moine (plus récentes) sur le mont JiuHua.

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Sans occuper une place particulièrement prééminente comme en Chine ou au Japon, Ksitigarba a sa place dans le bouddhisme tantrique comme bodhisattva de la lignée de « Ratnasambhava » (寶生如來) dont il prend souvent la couleur jaune. Il tient dans sa main gauche la « perle à souhait » (如意寶珠) qui exauce les vœux. Il forme parfois un couple avec « Akasagarbha » (虛空藏菩薩/ »matrice de l’espace »), du fait de leurs noms complémentaires. Dans de nombreux « mandalas » (曼荼羅), il apparaît à un rang inférieur à celui de déités comme « Amitābha » (阿彌陀佛), mais certaines représentations le mettent avec « Avalokiteśvara » (觀音菩薩/ »GuanYin ») au même rang que les bouddhas. Dans le mandala des 42 divinités paisibles du « Bardo Thödol » (度亡經), il est associé au « Bouddha Vajrasattva-Aksobhya » (金剛薩埵 – 阿閦佛) de l’est, lequel y apparaît accompagné de deux bodhisattvas masculins, Ksitigarbha et Maitreya, ainsi que de deux bodhisattvas féminins. Dans le « bouddhisme shingon » (真言) sous le nom de Jizō, il fait aussi partie d’un groupe appelé les « 13 bouddhas dédié à l’accompagnement des mourants » dans le Bardo, à ce titre il est invoqué pendant une semaine à partir du 35ème jour. Il est en général représenté en habit monastique et porte la « couronne ornée des cinq bouddhas de sagesse » (五佛寶冠) caractéristique du clergé de haut rang, celle-ci pouvant être également remplacée par un chapeau de fonctionnaire impérial en Chine, ou tout simplement tête nue au Japon. Il a souvent dans la main gauche la « perle » (寶珠) que lui attribue le bouddhisme tibétain qui, en Chine, se voit parfois remplacée par un miroir, signe de rectitude et de clairvoyance. Dans sa main droite il tient un « bâton de marche » (錫杖/ »XiZhang » en chinois et « Shakujo » en japonais) surmonté d’une tête en métal d’où pendent un certain nombre d’anneaux (4, 6, 8 ou 12, selon les représentations). Parfois il chevauche un lion bleu féroce, animal fantastique considéré comme la transformation du grand chien blanc qui, selon la tradition, accompagnait Jin Qiaojue. Au Japon, les Jizō sont rarement assis en position du lotus. Ils peuvent avoir un aspect enfantin qui rappelle les nouveau-nés qu’on leur demande de protéger. Les mères ayant perdu un bébé leur mettent un bonnet et un bavoir rouge. Les statues japonaises de « Mizu-ko Jizō » (水子地藏), sont entourés d’enfants dans diverses positions, accrochés à leurs robes, se tenant à leur bâton ou en sécurité dans les bras de Jizō.

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Statues de « Mizu-ko Jizō » (水子地藏).

Il existe à « Kyoto » (京都) au Japon, un temple dédié à « Jizo-tenaille » (釘抜地蔵/ »Kugi-nuki Jizo« ). Autrefois, il y eut un commerçant de Kyoto qui souffrait de douleurs aux mains. Comme aucun médecin n’était capable de le soulager, il entreprit une retraite de prières adressées au Bodhisattva Jizō. Le dernier jour, Jizō lui apparut en rêve et lui révéla que son mal était d’origine karmique, causé par une action commise dans une existence précédente où il s’était livré à des actes de magie noire consistant à piquer des figurines avec des épingles. Toutefois, grâce à sa dévotion pour Jizō, il allait bénéficier d’une guérison miraculeuse. En se réveillant le lendemain matin, il constata que toutes ses douleurs aux mains avaient disparu. Il se rendit alors au temple de Jizō (le « Temple Shakudo-Ji » [石道寺]) sur les marches duquel il trouva deux clous ensanglantés. En remerciement il fit construire l’image d’une paire de tenailles ayant la silhouette du bodhisattva Jizō, celle-ci se dressant au milieu de la cour intérieure de l’édifice. Le mur du temple est recouvert de plaques votives qui portent une tenaille et deux clous.

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Plaques votives du « Temple Shakudoji » (石道寺).

Une représentation très répandue au Japon, en particulier à l’entrée des cimetières, est constituée de 6 statues de Jizō, une pour chacun des « 6 mondes » (六世間). À noter que le baton de Jizō porte généralement 6 anneaux, dont la symbolique est la même : Le Jizō qui visite « l’enfer » (地獄) tient un bâton surmonté d’un crâne ou d’une tête humaine, le Jizō qui visite le royaume des « esprits affamés » (餓鬼) porte un bol de mendiant pour nourrir les affamés, le Jizō dans le monde des « animaux » (畜生) tient une bannière, le Jizō du royaume des « asuras » (阿修羅) porte la « triple joyau » (如意寶珠), le Jizō du royaume « humain » (人) porte un chapelet et le Jizō du royaume céleste des « devas » (天) tient un disque solaire et un « vajra » (金剛). Dans la région de Tokyo, on trouve plusieurs « jardins Jizō », par exemple au « temple Hase-dera » (長谷寺), qui contiennent mille statues du bodhisattva. Au XVIIe siècle, le moine japonais « Enkū » (円空) a accompli le vœu de sculpter 100 000 images de Bouddhas et de Bodhisattvas, dont 1 000 images de Jizō. Dans l’interprétation populaire, du fait de son rôle de sauveur des âmes, DiZangWang est parfois associé avec GuanYin et Amida; deux sūtras apocryphes les considèrent d’ailleurs comme deux aspects de la même entité. Il est également associé au gardien des enfers, « YanLuoWang » (閻羅王/ »Yama » en sanscrit). La fête de Jizo, le « Jizo-Obon » (地蔵お盆) correspondant à la fête des enfants aux japon, est célébrée les  23 et 24 août et une journée pendant laquelle les enfants sont rois. On leur organise toutes sortes de jeux et de réjouissances, des distributions de cadeaux et de friandises. La couleur associée à cette fête est le rouge : les statues de Jizō sont revétues de bavoirs et chapeaux rouges, on mange de la nourriture rouge (par exemple des pastèques), le soir les rues sont illuminées de lanternes rouges, de pétards et de feux d’artifice.

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