Geisha 芸者


Une « Geisha » (芸者), plus souvent appelée « Geiko » (芸妓) à « Kyōto » (京都), est une artiste et une dame de compagnie, qui consacre sa vie à la pratique artistique raffinée des arts traditionnels japonais pour des prestations d’accompagnement et de divertissement, pour une clientèle très aisée. Elle cultive le raffinement artistique dans divers domaines tels que l’habillement en « Kimono » (着物), la musique classique, la danse, les rapports sociaux et la conversation, des jeux… Le mot « Geisha » peut s’interpréter comme « personne d’arts » ou « femme qui excelle dans le métier de l’art ». Les Geishas étaient nombreuses aux XVIIIe et XIXe siècles. Elles existent encore dans le Japon contemporain bien que leur nombre soit en constante diminution : estimé à 17 000 dans les années 1980, il n’est plus que d’environ 200 de nos jours, principalement à Kyōto dans le quartier de « Gion » (祇園). Cependant, grâce à une meilleure communication sur les activités des Geishas, notamment par la télévision et Internet, le nombre d’apprenties (« Maikos »/舞妓) a connu récemment une nette augmentation. L’institution multi-séculaire des Geishas entretient un rapport étroit et complexe avec le phénomène de prostitution, entre idéalisation de leur rôle et de leurs activités, et réalités historiques et sociales. Il est toutefois certain que l’octroi de faveurs sexuelles par la Geisha à son client n’a jamais été entendu comme systématique ou allant de soi.

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Le mot Geisha se compose de deux caractères signifiant « art » (芸/ »Gei ») et « personne/pratiquant » (者/ »Sha »); une Geisha est donc littéralement une « personne qui pratique les arts ». Dans le dialecte de Kyōto, elles sont dénommées « Geikos » (芸妓) et leurs apprenties, « Maikos » (舞妓). Dans d’autres régions du Japon, notamment à « Tōkyo » (東京), on pourra utiliser les termes de « Hangyoku » (半玉) ou « Oshakusan » (御酌) pour désigner les jeunes filles en apprentissage, et appartiennent au « Monde des fleurs et des saules » (花柳界/ »Karyūkai »). Selon « Mineko Iwasaki » (岩崎 峰子), une Geisha doit avoir la délicatesse d’une fleur ainsi que la force et la souplesse d’un saule. Celles spécialisées dans la danse ou le jeu d’un instrument à vent ou de percussion, plus jolies, étaient appelées « Tachikatas » (立方/ »personne debout »), celles spécialisées dans le chant ou le jeu d’un instrument à corde « Jikatas » (地方/ »personne assise »), les secondes étant considérées comme les accompagnatrices des premières.

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L’ouverture des « maisons de thé » (お茶屋/ »Ochaya ») dans les quartiers de plaisirs en 1712 marque le début du métier de Geisha. Ces dernières sont le résultat de l’évolution des « Taikomochi » (太鼓持) ou « Hōkan » (幇間), équivalents au Japon des bouffons du Moyen Âge en Europe. Ainsi, les premiers Geishas étaient des hommes, dont le travail était principalement de divertir, par des chants et de la musique, les clients des maisons de thé. Au début de leur intégration aux Geishas, dans les années 1750, les femmes étaient appelées « Onna Geisha » (女芸者/littéralement : « femme Geisha »), ou « Geiko » (芸妓) à Kyōto. Elles devinrent rapidement plus nombreuses que les hommes, qui prirent le nom « d’Otoko Geisha » (男芸者/ »homme Geisha ») pour se différencier des femmes. À partir de 1800, toutes les Geishas étaient des femmes. En 1779, le gouvernement japonais officialisa ce métier et créa un bureau d’enregistrement (検番/ »Kenban »), destiné à les recenser et à faire respecter la loi. Celle-ci indiquait que seules les prostituées patentées pouvaient avoir des relations sexuelles avec leurs clients, et pas les Geishas. En 1842, la « réforme Tenpo » (天保の改革) proscrivit la prostitution et fit fermer les quartiers de plaisirs, mais ceux-ci rouvrirent en 1851. En 1886, afin de garder le contrôle sur les activités des Geishas, le gouvernement fixa un tarif officiel pour leurs activités. Jusqu’au début du XXe siècle, les Geishas étaient considérées comme à la pointe de la mode, à tel point qu’avec l’occidentalisation du Japon dans les années 1920-1930, on en vit apparaître s’habillant et dansant à l’occidentale, surnommées « Dansu Geisha » (ダンス芸者).

Mais beaucoup d’entre elles s’opposèrent à cette modernisation et se posèrent en gardiennes de la tradition japonaise, ce qui est toujours le cas actuellement. En 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fit fermer les quartiers de plaisir et envoya les Geishas travailler en usine pour soutenir l’effort de guerre. Le 25 octobre 1945, les quartiers de plaisir rouvrirent. L’interdiction totale de la prostitution en 1957 démarqua définitivement les Geishas des prostituées. À la même époque, de nouvelles lois sur le travail des enfants et la scolarité obligatoire interdirent aux filles de devenir Maiko avant quinze ans. En 1965, la « Kyōto dentō gigei shinkō zaidan » (京都伝統伎芸振興財団/ littéralement « Fondation pour le développement des arts et musiques traditionnels de Kyōto ») dénombrait à Kyōto 65 Maikos, chiffre qui chuta ensuite jusqu’à 28 en 1975, avant de remonter et se stabiliser à une moyenne de 60 dans les années 1990. Ces dernières années, on observe un engouement nouveau pour la profession de Geisha au Japon, avec pour la première fois en avril 2008 plus de 100 Maikos (101 exactement) dans les 5 « hanamachi » (花街/ »quartiers des Geishas ») de Kyōto. Il semblerait que cet engouement soit notamment dû au nombre grandissant d’informations disponibles sur ce métier : livres, reportages et documentaires télévisés, mais aussi blogs et sites web personnels de Maikos ou de Geishas.

Kyōto est traditionnellement la ville des Geishas, c’est dans cette ville que les premières Geishas ont fait leur apparition. De nos jours, c’est dans cette ville qu’elles sont les plus nombreuses. Le vêtement porté par celles-ci est le « Kimono » (着物) de soie décolleté dans le dos, surnommé « obebe no kimono » (着物のおべべ) dans le dialecte de Kyōto. Les couleurs du kimono se choisissent selon la saison, mais aussi selon l’âge de celle qui le porte : les jeunes femmes portent des couleurs vives tandis que les geishas de plus de trente ans choisissent des couleurs plus discrètes. Le kimono est plus ou moins épais selon la saison : celui d’été, « Ro » (絽), est en simple gaze de soie; le kimono d’automne ou « Hitoe » (単衣) est en soie non doublée. Enfin, le kimono d’hiver, « Awase » (袷), est doublé de crêpe. il est noué dans le dos par une large ceinture de soie, nommée « Obi » (帯/おび). Ce dernier se noue différemment selon l’âge de la Geisha : les femmes mûres le portent en « nœud de tambour » (太鼓結び/ »Taiko Musubi »), mais les Maikos le portent « en traîne » (だらり帯/ « darari obi »), avec un nœud qui remonte jusqu’aux omoplates, le bout de l’Obi traînant presque par terre. Un tel nœud nécessite une étoffe de plusieurs mètres de long. Ce nœud dans le dos distingue les Geishas des « Oiran » (花魁) et autres prostituées, qui nouaient leur obi sur le devant pour pouvoir l’enlever et le remettre plusieurs fois au cours d’une soirée. Enfiler un Kimono et nouer un Obi est une opération complexe, d’autant plus que, les kimonos étant tous de la même longueur quelle que soit la taille de la porteuse, il est généralement nécessaire de replier le tissu de celui-ci sous l’Obi, sauf pour une Geisha très grande. C’est pourquoi les Geishas font souvent appel aux services d’un « habilleur professionnel ». Les kimonos sont fabriqués et peints à la main, ce qui les rend très chers : entre 5000 et 6 000 euros pour un bon kimono. En dehors des kimonos « ordinaires », les Geishas portent le « Kurotomesode » (黒留袖) pour les cérémonies importantes, noir et orné des cinq « Kamons » (家紋/blasons) de leur « Okiya » (置き屋/ »maison de Geisha »). En guise de sous-vêtements, les geishas portent un « Koshimaki » (腰巻) ou « couvre-hanches », une simple bande de tissu fin enroulée autour des hanches, puis une combinaison.

Cette combinaison doit être en harmonie avec les couleurs du kimono, car elle apparaît en deux endroits : au niveau des chevilles quand la geisha relève son kimono pour marcher, et au niveau du col. Ce col est traditionnellement cousu chaque matin à la combinaison choisie par la geisha, puis décousu le soir pour être lavé. Il est rouge, couleur associée à l’enfance, pour les Maikos, et blanc pour les Geishas confirmées. Ces dernières portent aux pieds des « Tabis » (足袋/ »chaussettes ») et des « Getas » (下駄/ »sandales de bois »). Bien souvent le maquillage que l’on associe aux Geishas est en réalité celui des Maiko. La distinction entre les deux réside dans le port du rouge à lèvres. Si les Geishas ont les lèvres entièrement teinte, il ne s’agit chez les Maikos que de la lèvre inférieure. Le visage est entièrement fardé de blanc, par-dessus une couche d’huile appelée « bintsuke-abura » (鬢付け油). Le maquillage est étalé à l’aide d’une brosse de bambou, puis l’excédent est tamponné avec une éponge. Autrefois, ce maquillage contenait du plomb, si bien que beaucoup d’anciennes Geishas souffraient de maladies et de problèmes de peau. De nos jours, il est à base de poudre de riz. La nuque est également maquillée de blanc, en laissant apparaître une partie de la peau. Les joues, les yeux et les lèvres sont maquillés de rose et de rouge. Les sourcils et le contour des yeux sont tracés avec un bâtonnet de charbon de « paulownia » (泡桐), ou avec du « khôl ». La bouche peut être entièrement teintée de rouge, mais beaucoup de Maikos maquillent uniquement leur lèvre inférieure, de façon à avoir un air boudeur. Le maquillage est une opération délicate, et les Maikos se font souvent aider par leur « okâsan » (おかあさん/ »mère ») ou par une maquilleuse lorsqu’elles débutent; Par la suite, elles doivent apprendre à faire leur maquillage elles-mêmes. Au fur et à mesure de leur carrière, elles en diminuent la quantité; les Geishas de plus de trente ans ne portent quasiment plus de maquillage, sinon dans les grandes occasions.

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Les coiffures des Geishas sont des chignons traditionnels réalisés chez un coiffeur spécialisé et doivent tenir une semaine. Afin de ne pas aplatir leur coiffure, les Geishas doivent dormir sur un « repose-nuque » appelé « takamakura » (高枕). Les chignons nécessitant de tirer beaucoup sur les cheveux au sommet du crâne, beaucoup d’anciennes Geishas ont une calvitie. Cela tend à disparaître de nos jours, d’une part parce que les Maikos débutent plus tard qu’avant, et d’autre part parce que certaines Geishas utilisent des perruques. La coiffure typique des Maikos est dite en « pêche fendue »; Il s’agit d’un chignon divisé en deux et au milieu duquel apparaît une étoffe de soie : autrefois rouge puis blanc une fois la virginité de la Geisha perdue. Les plus âgées portent d’autres types de chignon comme le « Marumage » (丸髷). Ceux-ci sont ornés de peignes, ainsi que d’épingles à cheveux nommées « Kanzashi » (簪).

La structure d’un Okiya, maison de Geisha, s’apparente à une structure familiale, où la patronne est appelée okāsan, « mère », et où les Geishas plus âgées sont considérées comme les grandes sœurs des plus jeunes. Les Okiyas, auxquelles étaient généralement vendues les Geishas, percevaient alors la majeure partie de leur salaire, jusqu’au remboursement total de leur dette. Un Okiya se transmet par succession. L’une des geishas de la maison est désignée comme « l’héritière » (跡取り/ »Atotori ») : il peut s’agir soit d’une fille naturelle de l’Okāsan, soit d’une Geisha talentueuse adoptée par la maison. En tant qu’héritière, ses gains se confondent avec ceux de son Okiya, et elle est censée devenir la prochaine Okāsan. De nos jours, les jeunes filles ont le choix entre deux modes de vie : soit elles vivent dans un Okiya, qui leur fournit un logement et des Kimonos mais perçoit une partie de leurs gains en échange, soit elles sont indépendantes : elles vivent alors dans leur propre logement, et doivent financer elles-mêmes leurs vêtements et leur équipement, mais elles conservent la quasi-totalité de leurs gains. Elles restent cependant rattachées à l’Okiya, qui leur sert « d’agence de rendez-vous » et qui perçoit une petite commission en échange. Qu’elles soient indépendantes ou non, la vie des Geishas est partagée avec tout le Hanamachi : à chaque occasion importante, elle en fait le tour et annonce la nouvelle aux patrons des maisons de thé en leur offrant de la nourriture ou des cadeaux. Généralement, une cérémonie a également lieu dans la maison de thé habituelle de la Geisha. Elles forment souvent de véritables « lignées ». En effet, chaque jeune fille désirant devenir Geisha doit pour cela se trouver une « grande sœur », elle-même Geisha confirmée et plus âgée qu’elle, qui lui enseigne le métier, l’emmène à ses rendez-vous, et touche en contrepartie un pourcentage des gains de sa « petite sœur » durant l’apprentissage.

La « grande sœur » et la « petite sœur » se lient lors d’une cérémonie appelée « san san ku do » (さんさんくど), au cours de laquelle elles boivent trois gorgées dans trois coupes de saké. Cette cérémonie est également un moment clé du mariage traditionnel japonais, elle symbolise la création d’un lien entre deux personnes. La « petite sœur » se choisit à ce moment un nom de Geisha, sur les conseils de son Oneesan. Elle prend généralement un nom dont la racine est la même que celui de sa « grande soeur » : ainsi, la petite sœur d’une Geisha nommée « Ichiume » pourra prendre le nom de « Ichigiku ». Une Geisha, pour augmenter ses gains ou devenir indépendante, a besoin d’un protecteur, nommé « Danna » (旦那), un homme riche qui lui fait divers cadeaux, ce qui ne le dispense pas de payer les prestations de la Geisha au tarif normal. Elle et son Danna se lient au cours d’une cérémonie analogue au san san ku do. Autrefois, la notion de Danna impliquait que la Geisha ait des relations sexuelles avec son protecteur, même si ce n’était jamais dit officiellement; Ce dernier était d’ailleurs souvent choisi non pas par la Geisha elle-même, mais par l’Okiya, en fonction de sa richesse et de son prestige. Il est possible qu’une Geisha ait des relations plus ou moins suivies avec des hommes qu’elle a rencontrés, mais ces relations sont généralement discrètes, car la réputation d’une Okiya pâtirait du mauvais comportement de celles-ci. Les Geishas sont censées être célibataires, et celles qui se marient abandonnent leur métier. Celles qui mettent un terme à leur carrière organisent une cérémonie d’adieu, le « hiki-iwai » (引き祝い), au cours de laquelle elles offrent du riz bouilli à leur Oneesan et à leur Okāsan.

Les geishas étaient traditionnellement entraînées depuis leur petite enfance. Les jeunes filles étaient vendues par les familles pauvres aux Okiyas, qui se chargeaient de les élever et d’assurer leur éducation. Durant leur enfance, elles travaillaient comme bonnes, puis comme assistantes dans les maisons de Geishas pour contribuer à leur entraînement mais aussi pour assurer le remboursement de la dette contractée pour le coût de leur éducation qui est souvent élevé. En particulier, la plus jeune fille de l’Okiya avait pour tâche de veiller à l’entrée et d’accueillir les Geishas qui revenaient de leurs rendez-vous. C’est une forme d’entraînement traditionnel au Japon et qui perdure encore aujourd’hui, dans laquelle l’étudiant vit chez son maître, l’aide, le regarde pratiquer, l’assiste et exécute les tâches ménagères. Cet entraînement dure souvent plusieurs années. Elles commençaient dès leur plus jeune âge à pratiquer un vaste éventail d’arts. La tradition japonaise veut que les enfants qui pratiquent les arts commencent « le sixième jour du sixième mois de leur sixième année », mais il arrivait que les futures Geishas commencent plus tôt. La formation des Geishas inclut la pratique de plusieurs instruments de musique : le « Shamisen » (三味線), instrument à trois cordes typique des Geishas, mais aussi la flûte japonaise ainsi que différents tambours traditionnels : le « Tsutsumi » (鼓) qui se tient sur l’épaule, « l’Okawa » (大鼓) sur les cuisses, et enfin le « Taiko » (太鼓), le plus grand, que la Geisha pose à côté d’elle et frappe avec une baguette. À noter que les airs de Shamisen ne sont généralement pas inscrits sur des partitions, et les Geishas les apprennent à l’oreille. Elles étudient également le « Chanoyu » (茶の湯/ »cérémonie du thé »), « l’Ikebana » (生け花/ »composition florale »), la poésie et la littérature japonaise. La danse traditionnelle est étudiée par toutes les Geishas afin d’obtenir un port gracieux et une démarche élégante, mais seules les Geishas les plus belles et les plus douées sont encouragées à se spécialiser dans cet art. Pour leur apprentissage, elles traversent une plus ou moins longue période (d’au moins un an) au cours de laquelle elles suivent et observent leur « grande sœur ». Elles n’ont alors pas de clients, mais participent aux fêtes le soir, et vont à l’école la journée. Cette période, qui dure quelques mois de nos jours, est appelée « Minarai » (見習い), ce qui signifie « apprendre par l’observation ». Les très jeunes filles sont alors appelées « Shikomiko » (仕込妓/ »apprenties-Geishas »). En regardant et assistant leurs aînées, elles apprennent le « Kitsuke » (着付/ »port du Kimono »), l’art de la conversation, différents jeux (par exemple le jeu de celui qui boira le plus, avec un client), et l’art de divertir. Une fois devenues apprenties, elles accompagnent des Geishas dans les maisons de thé, aux réceptions et banquets. Durant cette période, leur Oneesan se charge de leur transmettre sa propre expérience, en échange de quoi elle perçoit un pourcentage des gains de sa « petite sœur ».

Cette méthode d’entraînement persiste encore aujourd’hui mais elle est raccourcie, étant donné que la majeure partie des Geishas le deviennent à la fin de l’adolescence. La formation d’une Geisha se termine officiellement lors de la cérémonie dite du « changement de col » (襟替え/ »Erikae »), où elle remplace son col rouge de Maiko par le col blanc des Geishas confirmées. La tradition veut que la Maiko soit mise aux enchères lorsqu’elle est jugée digne de devenir une Geisha à part entière. À « l’époque Edo » (江戸時代), leur virginité était vendue au plus offrant vers l’âge de 14 ans. Vers les années 1950, la pratique est toujours vivace mais les enchères ne commencent que lorsque la Maiko a fêté ses 18 ans. Leur virginité n’a pas de prix et atteint souvent des sommes tellement importantes que seuls de grands industriels peuvent se les offrir. Le prestige en rejaillit sur leur firme. Ces « Dannas » richissimes, qui n’achètent pas que « la première nuit » (水揚げ/ »Mizuage »), mais un ensemble de nuits s’étendant parfois sur plus d’une année. Souvent mariés par ailleurs, ils achètent, en fait, l’admiration de leurs pairs et n’ont pas toujours de relations sexuelles avec la Maikos. Aujourd’hui, les Geishas n’entrent plus dans les Okiyas dès leur enfance. Devenir une Geisha est désormais un acte entièrement volontaire, qui se fait souvent à dix-sept ou dix-huit ans. L’apprentissage reste néanmoins long et difficile; Cependant, les Geishas étant de plus en plus difficiles à recruter, les apprenties sont chouchoutées par leurs aînées, ce qui contraste avec l’époque où leur travail était volontairement difficile, voire épuisant, pour s’assurer de leur obéissance.

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Le travail principal des Geishas est de participer aux banquets nommés « Zashikis » (座敷). Ceux-ci ont généralement lieu dans les maisons de thé ou les « restaurants traditionnels » (料亭/ »ryōtei »), mais peuvent également se dérouler dans des salons privés ou chez des particuliers. Les Geishas ont pour rôle de divertir leurs clients; Selon le client et les circonstances, ce peut être en dansant et en jouant des airs traditionnels, ou simplement en discutant et en jouant à divers jeux de société. Les Zashikis ne sont pas ouverts à n’importe quels clients. Il faut connaître le « Geisha Asobi » (芸者遊び), l’art de se divertir en compagnie des Geishas, et aussi être un client solvable. En effet, les Zashikis sont payés sur facture, après le banquet, par les clients au restaurant, qui paye les honoraires des Geishas au « kenban » (けんばん), qui se charge de répartir l’argent entre les Geishas ayant participé. Si les clients tardent à payer, voire ne payent pas du tout, le restaurant doit payer lui-même les honoraires des Geishas; C’est pourquoi beaucoup de restaurants ou « d’Ochayas » (お茶屋/ »salons de thé ») ne sont ouverts qu’aux habitués ou aux personnes recommandées par leurs habitués. Les honoraires des Geishas portent le nom poétique de « O-hana » (お花) ou « Hanadai » (花代), « argent-fleur ». Ils sont proportionnels au temps que passe la Geisha au Zashiki. Une Maiko n’encaisse qu’un demi-hanadai là où une geisha confirmée en reçoit un entier.

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Les Geishas danseuses se produisent lors de festivals de danse. Les plus célèbres, à Kyōto, sont le « Kamogawa Odori » (鴨川をどり/ »danse du fleuve Kamo ») à Ponto-chô, et le « Miyako Odori » (都をどり/ »danse de la capitale ») à Gion. Le Miyako Odori a débuté à l’occasion de l’Exposition Universelle de Kyōto en 1871. Le Kamogawa Odori a débuté en 1872, et depuis, il a lieu tous les ans en mai et en octobre; Il n’a été interrompu qu’en 1945, au moment de la fermeture des Okiyas pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors de ces festivals, les Geishas donnent des représentations de danse traditionnelle, mais aussi de théâtre « kabuki » (歌舞伎), en particulier pour le Kamogawa Odori. Les Geishas ne sont pas payées pour leurs représentations dans les festivals. Au contraire, elles dépensent souvent beaucoup pour les financer, et vont parfois même jusqu’à s’endetter. Cela est dû au fait que pour une « Odoriko » (踊り子/ »Geisha danseuse »), participer à un festival est une marque de prestige importante. Pour cette raison, les Geishas qui participent aux festivals de danse ne sont pas des débutantes, elles ont souvent au moins trente ans. Tōkyō est la seconde ville la plus importante en matière de nombre de Geishas. La capitale du Japon possède elle aussi ses Hanamachis, dont les plus renommés sont « Shinbashi » (新橋), « Asakusa » (浅草), « Mukōjima » (向島), « Kagurazaka » (神楽坂) et « Akasaka » (赤坂), ce dernier étant le Hanamachi le plus cher et le plus renommé de Tōkyō; Il abrite, comme à Kyōto, un festival de danse annuel nommé « Azuma Odori » (東をどり). À Tōkyō, le terme associé aux Geishas est « Gyoku » (玉/ »bijou/pierre précieuse ») plutôt que « hana » (花/ »fleur »). Leurs honoraires sont surnommés « argent-bijou » (玉代/ »gyokudai »); De même, les apprenties Geishas de Tōkyō sont appelées « hangyoku » (半玉), ce qui signifie « demi-bijou » car, comme à Kyōto, elles ne perçoivent que la moitié des honoraires d’une Geisha confirmée, donc un demi-gyokudai. Les jeunes filles de Tōkyō ne décident généralement pas de devenir Geishas avant dix-huit ans, alors qu’à Kyōto, elles commencent à dix-sept ans (les lois sur le travail des enfants interdisent de commencer plus tôt). De plus, la période d’apprentissage est très réduite, et les Hangyoku ne le restent généralement que quelques mois à un an et demi. Contrairement à ce qui se passe à Kyōto, il est courant que les Geishas de Tōkyō vivent en dehors de leur Hanamachi. Elles sont rattachées à un Okiya comme le demande la loi, mais ce dernier ne leur sert que d’agence de rendez-vous, et de vestiaire où elles stockent leurs kimonos.

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Les Geishas de province sont parfois surnommées « chihō » (地方/littéralement « province »). On les trouve principalement dans les lieux touristiques ou de villégiature. En 1975 et 1976, « Liza Dalby », une anthropologue américaine, suit de près des Geishas dans leur activité à Kyōto, au point d’y participer également, sans toutefois avoir suivi la formation adéquate ni faire partie d’un Okiya. En 1983 elle publie « Geisha » basé sur son travail de recherche de thèse qui est adapté pour la télévision en 1986 sous le titre de « American Geisha ». Elle est consultante pour le film « Mémoires d’une geisha » sorti en 2005. En décembre 2007, le quartier d’Asakusa de Tokyo a vu les débuts de « Sayuki » (沙雪), la première Geisha occidentale dans l’histoire du Japon. Sayuki, de son vrai nom « Fiona Graham », est une anthropologue australienne devenue Geisha à la suite d’un projet universitaire. Cependant, depuis juin 2011, Sayuki ne fait plus partie de l’association officielle des Geishas d’Asakusa, mais continue néanmoins de faire des banquets à Tokyo. Selon une geisha membre de l’association, elle aurait refusé de suivre les leçons normalement imposées, devenant hystérique lorsque lui était refusé le droit de pratiquer devant des clients, par manque de formation. D’après « Peter Mac Intosh », un réalisateur de documentaires qui a étudié le monde des Geishas pendant 18 ans, Fiona Graham n’agit pas comme une geisha.

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Les Geishas et prostituées étaient historiquement cloisonnées dans les mêmes quartiers. Au sein du « karyukai », « monde des fleurs et des saules », qui désigne le quartier des plaisirs, ces deux catégories bien particulières de femmes se rencontraient et parfois même se côtoyaient au sein d’une même maison de thé. Au XIXe siècle il pouvait ainsi arriver qu’une maison de thé propose, en plus d’une mise à disposition de ses Geishas pour un Zashiki, les services nocturnes d’une prostituée, elle aussi rattachée à la maison. En période de crises, il n’était pas rare de voir des Geishas de moindre classe se prostituer. Cependant cela n’était pas dénué de conséquence, et bien souvent la Geisha ne pouvait espérer par la suite retrouver une position honorable, après avoir cédé ouvertement à la prostitution. La méprise entre ces deux métiers, principalement en Occident, s’explique également par la relation particulière qu’entretiennent les Geishas avec leur mécène. À l’instar des artistes occidentaux, pour subvenir aux besoins onéreux de leurs coiffures et kimonos, les geishas usent du mécénat. Un mécénat qui s’exprime par une forme toute particulière qui se retrouve dans le don de pourboires exorbitants par leurs clients les plus fidèles. Si aucun ne bénéficie de faveur particulière, il en va cependant différemment pour l’homme que choisit de prendre pour Danna la geisha. Il doit subvenir à l’ensemble de ses besoins, par le cadeaux d’onéreux costumes, l’achat si elle est danseuse de la majeure partie des billets de ses spectacles, la mise à disposition d’un logement et plus simplement d’une rente couvrant les frais de coiffures, autant que ceux de l’habilleur et de ses vêtements. Si être Danna se révèle le plus onéreux des investissements, il apporte au porteur de ce statut une importance sociale et un prestige auprès des siens. La Geisha, en échange, lui accorde toute son attention, le privilégie dans le choix de ses Zashiki et offrait, autrefois, à lui seul ses faveurs sexuelles.

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Les Geishas des villes thermales japonaises ou « Onsens » (温泉), des lieux de détente où l’ambiance est globalement plus légère que dans les villes, étaient souvent plus sollicitées sexuellement, en particulier pour le jeu de la « petite rivière », où les danseuses relevaient progressivement leur kimono comme pour traverser une rivière de plus en plus profonde. Elles avaient ainsi moins bonne réputation. De nos jours, cette pratique a disparu. Avec l’ouverture du Japon au reste du monde au XIXe siècle, les occidentaux au Japon découvrent ces femmes et se font parfois abuser par des prostituées maquillées en geisha, notamment dans les Onsens. Le terme « Onsen Geisha » (温泉芸者) est ainsi utilisé comme euphémisme en japonais pour désigner ces prostituées se faisant passer pour des geishas.

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