Palanquin 轎


Un « palanquin » (轎) est une sorte de chaise, ou de litière, portée par des hommes ou par des animaux et dont les personnes importantes se servent, dans une grande partie de l’Asie, pour se faire transporter d’un lieu à un autre. Présent en Inde et en Chine depuis quelque deux mille ans, le palanquin se rencontre également au Japon et en Corée. À la différence de la chaise à porteurs européenne, le palanquin est parfois porté par un grand nombre de porteurs, marquant ainsi le statut de son occupant. Une variété de palanquin peut parfois être installée sur le dos d’animaux comme le dromadaire ou l’éléphant. On parle alors de « howdah ».

« Palanquin » (轎) de style chinois.

Le mot palanquin vient du tamoul « pallakku » et du « telugu pallaki », qui désigne une couche où dormir. L’utilisation de palanquins est mentionnée dans des textes aussi anciens que le « Rāmāyana », qui date de 250 av. J.-C. Les palanquins existent également en Chine, dès la « dynastie des Han » (漢朝), il y a deux mille ans. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ils connurent un engouement de la part des commerçants européens au Bengale, à tel point qu’il fallut interdire leur achat par les employés mal classés. Le palanquin fut également d’usage courant à l’île Maurice et à La Réunion avant l’abolition de l’esclavage en 1848. Étienne Claude Chevreau, intendant de l’Ile de France entre 1781 et 1785, possédait un grand palanquin qui devait être porté par 16 esclaves. Parfois appelé « manchy », il servait notamment au transport des gens de bonne famille dans les Hauts, en direction des stations thermales de Mafate ou Cilaos, par exemple. En Extrême-Orient, l’usage des palanquins a commencé à reculer après l’introduction des rickshaws dans les années 1930. Sous la dynastie des Han, l’élite voyageait dans de légers sièges de bambou, attachés sur le dos d’un porteur comme un sac à dos. Sous la « dynastie des Wei du Nord » (北魏) puis la « dynastie des Song » (宋朝), des sièges de bois suspendus à des perches apparaissent, que l’on voit sur les rouleaux de peintures de paysage.

De telles litières de bois ou de bambou, utilisées parmi les gens du commun par les femmes ou les personnes âgées, étaient appelées « MinJiao » (民轎/ »chaise à porteurs du peuple »). Les mandarins, eux, avaient recours à un « GuanJiao » (官轎/ »chaise à porteurs de mandarin »), fermé de rideaux de soie, « Jiao » (轎) étant le terme général pour désigner une chaise à porteurs. La chaise à porteurs qui avait peut-être le plus d’importance était la chaise de mariage : la mariée était traditionnellement portée à sa cérémonie de mariage au moyen d’un « portage d’épaule » (肩輿/ »JianYu), généralement loué. Ces derniers étaient laqués de rouge, la couleur propice, richement décorés et dorés, et étaient équipés de rideaux de soie rouges, destinés à protéger la jeune épousée de la vue des passants. Posséder son propre palanquin était un attribut important du statut social. Le statut des hauts personnages était dénoté par le nombre de porteurs qui portaient son palanquin. Ce nombre pouvait aller dans certains cas jusqu’à 40, voire 64 porteurs. À « Hong Kong » (香港), les chaises à porteurs furent au XIXe siècle, à une certaine époque, le seul moyen de transport public, jouant le rôle tenu aujourd’hui par les taxis. On trouvait des stations de chaises à porteurs à chaque hôtel, sur les quais, ainsi qu’aux principales intersections. Les chaises à porteurs publiques faisaient l’objet d’une licence, et faisaient l’objet d’une tarification affichée à l’intérieur. Avant que le « Peak Tram » (山頂纜車), le funiculaire de Hong Kong, ne soit mis en service en 1888, les riches résidents de « Victoria Peak » étaient portés par des « coolies » dans des chaises à porteurs pour gravir la pente raide jusqu’à leur résidence. Depuis 1975, une course annuelle de chaises à porteurs se déroule à Hong Kong au bénéfice de « l’Hôpital Matilda », pour commémorer les temps anciens.

Le « norimono » (乗り物) est la version japonaise du palanquin. Utilisé par les personnages importants et riches, tel que les « daimyō » (大名), il fut en usage au Japon pendant « l’ère Edo » (江戸時代). Les norimono pouvaient être très richement décorés. Les gens aisés, mais ne pouvant malgré tout pas accéder au coûteux norimono, utilisaient un « kago » (駕籠), sorte de logette de bambou tressé, qui était en quelque sorte un palanquin réduit à sa plus simple expression. Sur des chemins difficiles, le kago présentait l’avantage d’être beaucoup plus léger et plus maniable. Si les plus beaux norimono se distinguent très facilement d’un kago, il existe cependant de nombreuses variétés intermédiaires. Cependant, un norimono se distinguait toujours par sa poutre porteuse, toujours de section carrée, et creuse, car formée en fait de quatre fines planches. Il y avait deux raisons à cela : d’une part, la structure creuse de la poutre permettait de la rendre beaucoup plus légère qu’il n’y paraissait ; d’autre part, la hauteur de cette poutre indiquait le rang de son occupant.

« Kago » (駕籠).

Il était donc important que la qualité de l’occupant et la hauteur de la poutre soient en accord, sous peine de se retrouver en infraction avec la loi régissant la hauteur des poutres de norimono. Il faut noter cependant que cette loi sur la hauteur des poutres ne s’appliquait qu’aux hommes, et que les femmes étaient donc libres d’adopter la hauteur de poutre qu’elles désiraient. Un norimono de qualité était généralement construit en bois, et non en bambou tressé, et était entièrement fermé, comportant des portes dont les ouvertures étroites laissaient filtrer la lumière et permettait à l’occupant de distinguer les lieux qu’il traversait, sans qu’aucun regard indiscret ne puisse se glisser à l’intérieur. Selon le rang et les moyens de son occupant, un norimono pouvait faire appel à deux, quatre ou huit porteurs, voire plus. En Corée, la famille royale et l’aristocratie se déplacent dans des palanquins appelés « Gama » (가마), très richement ornés. Il existait six types de gama, correspondant chacun à un « grade » différent dans l’administration. Lors des mariages traditionnels, les fiancés se rendaient à la cérémonie chacun de son côté, dans des gama différents. À cause des difficultés présentées par le caractère montagneux de la péninsule coréenne, ainsi que de l’absence de routes pavées, les gama étaient préférés aux véhicules à roues.

Palanquin coréen.

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