Vairocana, Bouddha du Grand Soleil 毘盧遮那佛 – 大日如来


« Vairocana » ou « Mahā Vairocana » (Grand soleil » ou « Grande lumière »/sanskrit), « DaRi RuLai » (大日如來) et « RuLaiFo » (如來佛) en chinois, « Dainichi Nyorai » (大日如來) en japonais, « Namnang » en tibétain, est le bouddha central des écoles tantriques (tibétaines ou « Shingon » [眞言]), ainsi que des écoles « mahayana » (大乘/ »Grand véhicule ») chinoises et japonaises « Tendaï/TianTai » (天台宗) et « HuaYan » (華嚴).  Hormis « DaRi RuLai » et « RuLaiFo », traductions du nom sanscrit, les écoles chinoises utilisent les transcriptions « PiLuZheNa » (毗盧遮那) ou « LuSheNa » (盧舍那), issues de deux traductions différentes du « Sutra Avatamsaka » (華嚴經). « L’école TianTai » (天台宗) emploie les deux, « PiLuZheNa » désignant le « dharmakaya » (法身), la nature véritable du bouddha, et « LuSheNa » le « sambhogakaya » (報身), forme du bouddha tel qu’il apparaît dans les méditations.  Le « Sūtra Maha Vairocana » (大日經), « Sutra de la divine transformation par le pouvoir mystique du Grand Vairocana » (大毗盧遮那成佛神變加持經), est, avec le « Sūtra du pic du vajra » (金剛頂經) et le « Sūtra Susiddhikara » (蘇悉地經), l’un des principaux textes des écoles tantriques.

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Les divinités anciennes rejetées ou dégradées par l’hindouisme ont souvent été reprises par le bouddhisme. Vairocana est mentionné dans le « Rig Veda » (梨俱吠陀) parmi les « Asuras » (阿修羅), terme qui a pris le sens négatif d’ennemi des dieux ou de démon, mais qui correspond à l’origine au « Ahura » (dieu) comme « Ahura mazda » le grand dieu de la lumière du zoroastrisme. La connotation de « lumière » ou « soleil » du nom Vairocana permet d’envisager une origine proto-iranienne. On a d’ailleurs aussi proposé une influence persane pour « Amitabha » (阿彌陀佛), un autre bouddha dont le nom évoque la lumière. Certains aspects de la divinité principale du « Shintoïsme » (神道), « Amaterasu » (天照大神), ont pu lui être attribués dans le bouddhisme populaire japonais. Le rôle de Vairocana s’explique par la théorie des « trois corps » (三身), développée par les premières écoles Mahayana. Selon cette théorie, on identifie trois aspects ou corps du bouddha : Le « corps de transformation » (« nirmanakaya »/應身), corps historique du bouddha, Le « corps de réjouissance » (« sambhogakaya »/報身), le bouddha en tant que déité, tel qu’il  apparaît par exemple dans les méditations, Le « corps de bouddha » (« dharmakaya »/法身), le bouddha en tant que réalité suprême, vérité ou vacuité.

Vairocana est souvent présenté comme la forme suprême (dharmakāya) dans les sutras mahāyāna, particulièrement le « Sutra Avatamsaka » (華嚴經) et le « Sutra du lotus » (妙法蓮華經). Dans les écoles tantriques, issues du courant mahāyāna, il garde cette place centrale, mais se voit parfois lui-même présenté comme émanation d’une autre entité, authentique bouddha primordial, « Vajradhara » (多杰羌佛) ou « Samantabhadra » (普賢菩薩) dans l’école tibétaine « Nyingmapa », par exemple. Dans l’école japonaise Shingon, Mahāvairocana est instructeur des enseignements ésotériques, le « Bouddha Gautama » (释迦牟尼) ou les « sambhoghakāyas » (?) prenant en charge les enseignements exotériques. Sur les « mandalas » (曼陀羅) tantriques, il est situé au centre, entouré aux quatre points cardinaux de ses émanations. Il s’agit le plus souvent « d’Akshobhya » (不動如來), « Amitabha » (阿彌陀佛), « Ratnasambhava » (寶生如來) et « Amoghasiddhi » (不空成就如來), mais leur identité peut varier. Ensemble ils constituent le groupe des cinq bouddhas de méditation. L’entourage peut être plus important car, outre les quatre bouddhas, peuvent également être représentés des « bodhisattvas » (普薩), des parèdres et « dakinis » (空行母) etc.

Mandala du Sutra du grand Soleil

Mandala « Taïzôkaï » (胎蔵界).

Dans l’école Shingon il est traditionnellement représenté sur deux mandalas : Sur le « Garbha Dhātu », ou « Taïzôkaï » (胎蔵界), associé au Sutra de Mahā Vairocana et apposé au mur Est des temples, il est entouré de 414 déités répartis en 12 quartiers et représente la matière, la matrice, le soleil levant, le lotus, la compassion, le féminin. Sur le « Vajra Dhātu » ou « Kongôkaï » (金刚界), associé au Sutra du sommet du vajra, apposé au mur Ouest, il est accompagné de 1461 déités réparties en neuf groupes représentant les degrés successifs de progrès spirituel; sur ces mandalas, Vairocana représente le monde de l’esprit, le « vajra » (金刚), le soleil couchant, l’enseignement du « dharma » (法), le masculin.  Par extension, il symbolise la vie de l’univers, les 5 grands éléments symbolisés par le « stupa » (窣堵坡) et le Taïzôkaï (terre, eau, feu, air et espace) et le sixième, l’esprit qui les perçoit, représenté dans le Kongôkaï.  Au Japon, il a deux formes irritées : « Fudo myoo » (不動明王/ »Acala ») et « Aizen myoo » (愛染明王/ »Ragaraja »), correspondant respectivement aux deux mandalas de la matrice et du vajra.  Il est souvent blanc, couleur de la lumière et somme des couleurs des bouddhas qui émanent de lui. Sous le nom de « RuLaiFo », il apparaît dans le « voyage vers l’occident » (西遊記); l’épisode où « Sun WuKong » (孫悟空) le Roi singes, apprend que quelle que soit la distance parcourue il ne sort jamais de la paume de Vairocana est bien connu des Chinois.

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Takiyasha Hime 滝夜叉姫


Après que « Taira no Masakado » (平将門) ait été vaincu et décida d’abandonner la rébellion, la cour impériale déclara l’exécution de tous les membres de sa famille, considérés comme félons. Deux de ses enfants, « Yoshikado » (平良門) et « Satsuki hime » (五月姫), réussirent à échapper à leur exécution, en se cachant dans un temple, aux pieds du « mont Tsukuba » (筑波山), pendant des années. Satsuki hime devint une religieuse dévouée, à l’instar de son frère qui préférait passer son temps à explorer la montagne et jouer au « samouraï » (侍).

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Un jour, alors qu’il explorait la montagne, Yoshikado rencontra un mystérieux magicien nommé « Nikushisen » (?), qui lui appris qu’il était l’héritier de Taira no Masakado et lui donna un parchemin magique contenant les secrets de la « magie du crapaud ». Yoshikado raconta donc à sa soeur tout ce que le magicien lui avait révélé, et cette dernière étudia ledit parchemin pour en maitriser l’essence, puis prit le nom de Takiyasha hime. C’est alors qu’ils décidèrent de renverser l’empereur pour se venger. Dans une autre version de l’histoire, Satsuki hime commença secrètement à effectuer le rituel dit du « Ushi no toki mairi » (丑の時参り/littéralement « visite au sanctuaire à l’heure du Boeuf » ). Chaque soir, elle se faufilait dans le « sanctuaire Kifune » (貴船神社) pour effectuer des rituels et des incantations. Après vingt et une nuits, elle réveilla le « aramitama » (荒御霊), violent esprit du sanctuaire. Ce dernier, en lui parlant, lui accorda la connaissance de « l’onmyôdô » (陰陽道), et consenti de lui donner le nom Takiyasha Hime.

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Takiyasha Hime et son frère retournèrent à la forteresse de leur père, au « château Sōma » (相馬藩) dans la province « Shimosa » (下総国). Ils appelèrent les soldats survivants restés fidèles à leur cause et utilisèrent la magie noire nouvellement acquise pour lever une armée de « yôkais » (妖怪/êtres surnaturels) afin de poursuivre la rébellion opposant le clan Taira à l’empereur. « Oya no Tarō Mitsukuni » (大宅太郎光国), un guerrier qui détenait un certain savoir sur l’onmyôdô, avait entendu parler des rumeurs sur les plans de Takiyasha hime et parti enquêter à Sōma. Quand il est arriva, Takiyasha hime se déguisa en prostituée et tenta de le séduire. Cependant, Mitsukuni se doutant du piège, évoqua la mort brutale de Taira no Masakado, ce qui eut pour effet d’émouvoir Takiyasha hime et la contraint à prendre la fuite. Cette nuit-là, elle lui tendit une embuscade avec une armée de squelettes et de Yôkais. Selon la célèbre estampe « d’Utagawa Kuniyoshi » (歌川 国芳), Takiyasha hime déchaîna sur lui un gigantesque « gashadokuro » (がしゃどくろ/Squelette géant du folklore japonais), haut comme un château.

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Chevauchant un crapaud géant lors de la bataille, Takiyasha hime chargea le brave guerrier Mitsukuni. En fin de compte, malgré sa magie, elle fut vaincue et sa rébellion fut aussi éphémère que celle de son père. De nos jours, de nombreuses statues de grenouilles décorent la tombe de Taira no Masakado dans « Kubizuka » (将門塚).

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LongNü 龍女


« LongNü » (龍女), traduit par « Fille Dragon », avec « Sudhana » (善財童子/dit « ShanCai tongZi ») sont considérés comme les serviteurs et disciples du « Bodhisattva Avalokiteshvara » (觀音菩薩/ »GuanYin ») dans le bouddhisme chinois. Ils représentent les deux principaux textes du « Mahāyāna » (大乘/ »Grand Véhicule ») : le « Sutra du Lotus » (妙法蓮華經) et le « Sutra Avatamsaka » (華嚴經), dans lesquels LongNü et Sudhana apparaissent, respectivement. La représentation de LongNü et Sudhana avec Avalokiteśvara peut avoir été influencée par la « Dame de Jade » (玉女) et « l’Enfant Doré » (金僮), apparaissant tous deux dans l’iconographie de « l’ Empereur de Jade » (玉皇大帝). Elle est décrite comme la fille du « Roi Dragon de la Mer d’orient » (東海龍王).

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LongNü est représentée dans le 12ème chapitre du Sutra du Lotus comme étant pleine de sagesse et capable d’atteindre l’illumination instantanément. Dans ce même sutra, le « Bodhisattva Mañjuśrī » (文殊菩薩/ »WenShu ») l’évoque en disant : « fille du roi dragon de la mer de l’Est, elle n’est âgée que de huit ans. Sage, vertueuse et éloquente, ses sens sont aiguisés et elle connait également toutes les facultés et les actes des êtres sensibles. Elle a acquis la puissance de la mémoire et conserve tous les trésors secrets des « Bouddhas » (佛) en entrant dans une profonde méditation. Ses pensées sont subtiles, étendues et miséricordieuses. Cependant, le premier disciple du Bouddha, « Śāriputra » (舍利弗), ne cru pas qu’une femme pouvait atteindre l’état d’éveil. En réponse à cela, la jeune fille offrit une perle au Bouddha, symbolisant l’ego, qu’il accepta. Elle se transforma donc instantanément en un Bodhisattva masculin perfectionné, puis atteint la complète illumination ». Le sutra du Lotus véhicule l’idée que certains organes (mâles) sont propres aux plus grandes destinées, tandis que d’autres (femmes) ne le sont pas. Dans le « bouddhisme Chan » (禪) , l’histoire fut prise en exemple pour souligner le potentiel de « soudain éveil ».

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« LongNü » (龍女), « GuanYin » (觀音菩薩) et « ShanCai TongZi » (善財童子).

Un seul chapitre du « Conte complet de GuanYin de la mer du Sud » (南海觀音全傳), datant de la « dynastie des Ming » (明朝), fait mention du lien entre LongNü et Sudhana en tant qu’acolytes d’Avalokitesvara. Lorsque le troisième fils du Roi-Dragon sortit pour nager en mer sous la forme d’une carpe, il fut capturé par un pêcheur. Hors de l’eau, il fut impossible pour lui de se transformer à nouveau en dragon, promis à la mort, sur le marché local. Lorsqu’Avalokiteśvara appris la situation, elle donna à ShanCai de l’argent et l’envoya sur le port pour l’acheter et ainsi lui permettre d’être libéré. Toujours vivant après une heures hors de l’eau, cela attira une grande foule et bientôt une guerre d’enchères commença, encouragé par la croyance populaire, voulant qu’un poisson ayant lutté contre la mort accorderait l’immortalité en étant mangé. ShanCai surenchéri et pria le pêcheur d’épargner la vie des poissons, mais en vain. C’est alors que la voix d’Avalokiteśvara se fit entendre au loin : « Une vie devrait appartenir à celui qui tente de la sauver et plutôt qu’à celui qui tente de la prendre ». Aussitôt, la foule réalisa son erreur et se dispersa. ShanCai était désormais en mesure de rapporter la carpe à sa maîtresse afin de la rendre à la mer. En signe de gratitude, « Ao Guang » (敖廣), le Roi Dragon, donna en cadeau la « Perle de Lumière » à GuanYin, ainsi que sa fille LongNü, afin qu’elle devienne sa disciple.

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Le Garçon de la Richesse Bienveillante 善財童子


« Sudhanakumara », principalement connu comme « Sudhana » ou « ShanCai » (善財) ou « ShanCai TongZi » (善財童子) en chinois, traduit par « l’enfant de la richesse », est le principal protagoniste dans le chapitre le plus long du « Sutra Avatamsaka » (華嚴經/ »Sutra de l’ornement fleuri »). Avec « LongNü » (龍女), Sudhana apparaît dans les contes populaires bouddhistes et taoïstes comme le serviteur de « GuanYin » (觀音菩薩). Leur représentation a probablement été influencé par celle de la « Dame de Jade » (玉女) et celle de « l’enfant doré » (金僮) qui apparaissent tous deux dans l’iconographie de « l’Empereur de Jade » (玉皇大帝). Un récit sur Sudhana, détaillée dans le roman classique « le voyage vers l’occident » (西遊記), le dépeint comme le principal antagoniste, « l’enfant rouge » (紅孩兒), qui finira par être vaincu par GuanYin elle-même et deviendra par la suite son assistant.

À la demande du « bodhisattva Wenshu » (文殊菩薩), Sudhana fit un pèlerinage et consulta 53 sages afin de parfaire ses pratiques de la voie de l’illumination. « Les 53 stations de Tokaido » (東海道五十三次), série d’estampes japonaises peintes par « Utagawa Hiroshige » (歌川広重), sont une métaphore du voyage de Sudhana. Sa quête atteint son apogée lorsqu’il rencontre le « Bouddha Maitreya » (彌勒菩薩), qui lui ouvre ainsi les portes de sa tour merveilleuse. Dans celle-ci, Sudhana connaît toutes les « Dharmadhatu » (dimensions) dans une succession de visions fantastiques. Le dernier maître qu’il visite est « Samantabhadra » (普賢菩薩), qui lui enseigne que la sagesse existe seulement afin qu’elle soit mise en pratique. Le pèlerinage de Sudhana reflète celui du « Bouddha Gautama » (釋迦牟尼佛) et le « Sutra Gandavyuha » (華嚴經) devient très populaire en Chine pendant la « dynastie des Song » (宋朝) lorsqu’on l’adapte et le diffuse dans de petits livrets illustrés, où chaque page se consacre à l’un des maîtres spirituels de Sudhana.

Le chapitre 18 du « conte complet de GuanYin de la mer du Sud » (南海觀音全撰), est le premier texte qui établi un lien entre ShanCai et GuanYin. Dans le conte, ShanCai est un garçon handicapé très intéressé par l’étude des enseignements du Bouddha. A cette époque, GuanYin atteint l’illumination et prend sa retraite sur le « mont PuTuo » (普陀山). Lorsque ShanCai apprend que le bodhisattva s’y trouve, il se rend rapidement sur place pour lui demander d’etre son élève. Après avoir eu une discussion avec lui, GuanYin décide de tester sa détermination à étudier le « Dharma » (法/ »loi bouddique »). Elle transforme alors les arbres et les plantes en brigands armés, qui courent jusqu’à la colline pour les attaquer. Feignant d’etre effrayée, GuanYin se précipite au bord d’une falaise et saute, suivi de ShanCai, tentant de la sauver malgré le risque. Shancai et Guanyin réussissent finalement à remonter la falaise, et c’est alors que GuanYin demande à l’enfant de regarder en bas. ShanCai voit sa dépouille mortelle au pied de la falaise et GuanYin lui demande alors de marcher. Il découvre ainsi qu’il a retrouvé l’usage de ses jambes. En se regardant dans un bassin d’eau, il découvre également qu’il a désormais un beau visage. Depuis ce jour, Guanyin enseigne à  ShanCai l’ensemble du Dharma bouddhique. Plus tard, ils rencontrent LongNü, qui devient alors la deuxième servante de la divinité.

GuanYin accompagnée de ses deux acolytes, LongNü et ShanCai.

Le « parchemin précieux de ShanCai et LongNü » (善財龍女寶撰), un rouleau du 18 ou 19ème siècle, comprenant 29 folios, fournit une autre version des circonstances de la rencontre de Shancai et Longnü et des raisons qui les amenèrent à devenir les acolytes de GuanYin. Ce récit semble avoir une origine taoïste. L’histoire se déroule à l’époque du règne de l’empereur « XiZong » (唐僖宗) de la « dynastie des Tang » (唐朝). Un ministre vertueux, et son épouse n’ont toujours pas d’enfant malgré leur age avancé. Lorsque l’homme rejette la recommandation de sa femme de prendre une concubine, elle suggère alors qu’ils prient le bodhisattva GuanYin afin qu’il leur vienne en aide. GuanYin voit que la destinée du couple est de ne pas avoir de descendance, aussi elle ordonne donc à ShanCai de s’incarner dans le fils que Dame Han mettra au monde et qui portera le nom de « Chen Lian » (?). En tant qu’enfant, ce dernier ne s’intéresse pas aux activités civiles ou militaires mais révèle cependant un grand intérêt pour l’illumination religieuse, au grand désarroi de son père. À l’âge de sept ans, celui-ci finit par céder et lui permet d’étudier sous la tutelle de « l’immortel du dragon jaune » (黃龍仙人). Bien qu’ayant été un apprenti consciencieux, il ignora cependant toutes les demandes de son père pour lui rendre visite pendant son apprentissage. Alors que le 60e anniversaire de son père approchait, ShanCai fut, une fois de plus, prié de rentrer à la maison pour le visiter. Comme son maître était absent, Shancai décida donc de retourner à la maison pour cette occasion spéciale. Sur son chemin, en montagne, il entendit une voix qui appelait à l’aide. Il constata qu’un serpent, piégé dans une bouteille depuis les 18 dernières années,  implorait qu’on le libère. Shancai, par bonté d’âme, décida de faire cesser le supplice de l’animal en le libérant, et sitôt l’eut il fait, que le reptile révéla sa véritable forme: un serpent géant désireux de faire de l’enfant son repas. ShanCai protesta vivement contre le comportement ingrat du démon, en soutenant qu’un acte de bonté ne devait pas être remercié par une querelle ou des représailles, aussi, le serpent décida de porter l’affaire devant trois juges.

LongNü et ShanCai TongZi.

Le premier juge était le « Etoile du buffle des eaux dorées » (金水牛星) sous sa forme humaine. Il convenu avec le serpent que, compte tenu de ses expériences passées avec les humains, son envie de dévorer l’enfant était donc justifiée. Le buffle raconta de quelle façon il fut chassé du ciel par le « Bodhisattva DiZang » (地藏) vers le monde des hommes et puni en apportant son aide en labourant les champs, en gage de pénitence. Ksitigarbha promis que si les humains ne montraient pas de reconnaissance et de bonté envers le buffle pour ses bons et loyaux services, ses yeux tomberaient. En chutant des cieux, le buffle atterri face la première sur le sol et perdu toutes ses dents de devant. bien des années plus tard, après avoir beaucoup souffert du labeur pour son maître humain, il fut finalement égorgé puis mangé. Pour cette raison, les yeux de Ksitigarbha tombèrent et se manifestèrent sur Terre sous la forme d’escargots. Le deuxième juge était le maître taoïste « ZhuangZi » (莊子), qui donna également raison au serpent en parlant d’un incident s’étant produit suite à la résurrection d’un mort, qui le remercia de sa gentillesse en le calomniant devant la cour en l’accusant d’avoir volé son argent.

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Le troisième juge, qui était en fait GuanYin déguisée en jeune fille, dit également au serpent qu’il  pouvait manger l’enfant à condition qu’il puisse montrer à chacun la façon dont il avait pu entrer dans la bouteille et s’en extraire. C’est alors que ce dernier s’empressa de se faufiler à l’intérieur et fut à immédiatement piégé. Quand le serpent demanda grâce, Guanyin lui dit que s’il voulait être sauvé, il devait s’adonner à des pratiques religieuses au « Temple FaYu » (法雨禪寺) sur le Mont PuTuo pour une durée de sept ans. Trois ans plus tard, quand GuanYin retourn audit Mont, elle apparu à ShanCai au milieu de l’océan, qui la rejoignit en marchant sur l’eau et devint alors son disciple.

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Tomoe Gonzen 巴 御前


« Tomoe Gozen » (巴 御前/1161-1184 ou 1247) est l’une des rares femmes « samouraï » (侍) de toute l’histoire du Japon. Tout comme « Benkei » (弁慶), sa vie a été à tel point utilisée et distordue dans les légendes populaires qu’il est aujourd’hui impossible de distinguer la vérité de la légende. Tomoe combattit auprès de son mari (ou amant, selon les sources) « Minamoto no Yoshinaka » (源義仲) au cours de la « guerre de Gempei » (源平合戦), et ses exploits sont relatés dans le grand roman guerrier concernant cette guerre, le « Heike Monogatari » (平家物語). Si beaucoup de femmes de l’époque savaient manier la « naginata » (薙刀), Tomoe était réputée être un samouraï de haut niveau, douée pour l’équitation, le tir à l’arc et le « kenjutsu » (剣術/ »art de l’épée »). On dit d’elle qu’elle était sans peur et très douée dans la bataille. Très respectée par les hommes, elle était l’un des principaux capitaines de Yoshinaka durant la guerre, et mena ses troupes au combat. Après avoir repoussé les « Taira » (平氏) dans les provinces de l’ouest, Yoshinaka prit « Kyoto » (京都) et commença à intriguer pour prendre le contrôle du clan Minamoto, allant même jusqu’à kidnapper l’ex-empereur « Go-Shirakawa » (後白河天皇).

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Le chef du clan, son cousin « Minamoto no Yoritomo » (源頼朝), envoya alors ses troupes contre le rebel, sous le commandement de ses frères « Yoshitsune » (源 義経) et « Minamoto no Noriyori » (源範頼). La confrontation finale eut lieu le 21 février 1184 à la « bataille d’Awazu » (粟津の戦い). Les troupes de Yoshinaka combattirent bravement, mais furent largement dépassées par le nombre. Quand Yoshinaka vit sa fin arriver, n’ayant plus que quelques soldats debout, il dit à Tomoe Gozen de fuir au lieu de se faire tuer par Yoritomo. Ce qui advint ensuite de Tomoe n’est pas clair. Une version dit qu’elle resta et mourut à ses côtés. D’autres qu’elle a été vue fuyant le champ de bataille en emportant une tête (peut-être celle de Yoshinaka, à moins que ce fut celle d’un ennemi). La suite est encore moins certaine: certaines versions prétendent qu’elle se jeta dans l’océan avec la tête, alors d’autres la font survivre et devenir religieuse bouddhiste voire qu’elle se serait remariée. De par le caractère si inhabituel de sa vie, elle est devenue une légende qui elle-même s’est diversifiée en de nombreuses versions contradictoires, ce qui augmente encore son intérêt aux yeux des Japonais, certaines légendes allant même jusqu’à dire qu’elle était la réincarnation d’une déesse des rivières.

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Le Yosegi-Zaiku 寄木細工


Le « Yosegi-Zaiku » (寄木細工), ou simplement « Yosegi » (寄木), est un type de marqueterie traditionnelle japonaise apparue à la fin de la « période Edo » (江戸時代/1603 – 1867). La marqueterie Yosegi est communément utilisée sur les faces extérieures des boîtes à secrets japonaises, « himitsu-bako » (秘密箱), mais décore également de nombreux autres ouvrages d’artisanats, tels que des plateaux, des coffres, des cadres de photos et des boîtes à bijoux.

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Le Yosegi consiste en un complexe processus de marqueterie. Les différentes essences et couleurs de bois sont découpées et associées par collage pour former un motif. Ce premier élément est ensuite découpé en morceaux qui sont attachés puis collés ensemble. Le bloc ainsi obtenu est ensuite découpé en tranches à nouveau assemblées par collages, formant ainsi une plaque appelée « tane-ita » (種板). Cette plaque est rabotée pour obtenir de minces feuilles de bois, appelées « zuku » (指物), qui sont ensuite amincies puis passées au fer à repasser. Elles sont ensuite appliquées sur les surfaces à décorer et recouvertes d’un dernier laquage de finition.

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Le Yosegi est communément utilisé pour décorer une grande variété de produits d’artisanat en bois. L’une des utilisations les plus communes et réputée est celle des des boites à ouverture secrète. Les boites himitsu-bako disposent d’un système d’ouverture complexe, composé de pièces mobiles que les propriétaires déplacent dans un ordre précis, réalisant une combinaison qui permet l’accès à son contenu. D’autres boites disposent d’un mécanisme interne, et c’est la pression sur un bouton dissimulé dans la marqueterie qui déclenche l’ouverture. Il existe de très nombreuses formes de boites japonaise et de motifs diffèrents. Le travail de marqueterie du type yosegi est particulièrement adapté aux formes des pièces mobiles et aux mouvements qu’elles réalisent. La marqueterie « Hakone-yosegi-zaiku » (箱根町 寄木細工), typique de la région de « Hakone » (箱根町), fut créé à la fin de la période Edo par un artisan local, « Nihei Ishikawa » (石川仁兵衛/1790-1850). Le village de Hakone, situé à environ une centaine de kilomètres à l’est de « Tokyo » (東京), dans la préfecture de « Kanagawa » (神奈川県), est particulièrement réputé pour ses himitsu-bako et sa marqueterie.

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L’utilisation de la marqueterie Hakone-yosegi-zaiku pour la décoration des boites himitsu-bako est tardive, et date de « l’ère Meiji » (明治時代/1868-1912). Les premières boites à ouverture secrète, sont relativement simples et peu décorées. Au cours du XIXe siècle, les combinaisons de mouvements des pièces mobiles se complexifient. les artisans actuels qui créent les himitsu-bako ne fabriquent pas eux-mêmes les zuku de yosegi-zaiku, ils se les procurent auprès d’artisans spécialisés dans leur confection. Dans la région de Hakone, le village de « Hatajuku » (原宿) est particulièrement réputé pour cet artisanat. Le maître artisan « Yamada Kikujirō » (山田菊次郎) qui y œuvre notamment fait partie des artisans de Hakone-yosegi-zaiku les plus connus du Japon. En 1984, le Ministère japonais de l’industrie et du commerce international a promu ce type de travail du bois au label d’artisanat traditionnel national.

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BaoSheng DaDi 保生大帝


« BaoSheng DaDi » (保生大帝), « l’Empereur qui préserve la vie » est un dieu chinois guérisseur à coloration fortement taoïste révéré particulièrement sur les côtes du « FuJian » (福建) et à « TaïWan » (臺灣). On l’appelle aussi « Wu l’Être véritable » (吳真人) et « Seigneur du grand Tao » (大道公). Son culte est parti de « BaiJiao » (白礁), préfecture de « QuanZhou » (泉州), province du FuJian. Présenté comme un avatar de la divinité stellaire « ZiWei Xing » (紫微星), l’arc stellaire du ciel septentrional, il se serait une première fois incarné en « TaiBo » (泰伯), personnage mentionné dans le « ShuJing » (書經), recueil de textes historiques anciens utilisé pour l’éducation des futurs fonctionnaires. TaiBo était le fils aîné d’un « roi des Zhou » (周武王), présenté comme modèle de sagesse pour avoir cédé son trône à son frère cadet, avant de se retirer à « JinLing » (金陵), site de l’actuelle « NanKin » (南京). Il se serait ensuite réincarné à BaiJiao sous les « Song » (宋朝) en 979, le 15 du 3e mois lunaire, sous le nom de « Wu Tao » (吳本/prononciation inhabituelle de « 本 »). Ses autres prénoms sont « HuaJi » (華基) et « XueDong » (雪東). Il semble que BaoSheng DaDi soit le résultat de la divinisation d’une personne réelle morte en 1036; les familles « Wu » (吳) du FuJian prétendent en effet être originaire de JinLing et descendre de TaiBo, dont le fief était dans le pays de Wu.

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Sa biographie divine abonde bien sûr en épisodes fantastiques. Il aurait été conçu lorsque sa mère avait avalé en rêve une tortue; Au moment de sa naissance, les divinités astrales de « Vénus » (金星) et de la « Grande Ourse » (北斗) seraient apparues dans la chambre, accompagnant le dieu ZiWei Xing qui allait se réincarner. Wu Tao aurait été fonctionnaire, ensuite alchimiste, puis médecin exceptionnel, avant de devenir immortel et dieu. BaoSheng DaDi étendait ses secours médicaux aux animaux et aux créatures fantastiques. Un jour qu’il était allé en montagne à la recherche d’herbes médicinales, il rencontra un tigre qui étouffait car l’épingle à cheveux de la femme qu’il venait d’avaler lui était restée en travers de la gorge. L’animal le supplia de l’aider. Après l’avoir admonesté et convaincu de changer de vie, il le sauva. Un tigre est d’ailleurs souvent représenté dans ses temples. Une autre fois, il guérit l’œil d’un dragon.

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Que Wu Tao ait ou non réellement existé, le culte de BaoSheng DaDi a bel et bien pris son essor sous les Song grâce au soutien d’empereurs. « GaoZong des Song » (宋高宗) lui fit construire officiellement un temple dans le FuJian, et son fils, « XiaoZong » (宋孝宗), lui décerna son premier titre en 1171: « Être véritable du grand Tao » (大道真人). « Être véritable », terme qui apparait dans le « ZhuangZi » (莊子) et le « Huainan Zi » (淮南子), désigne un immortel taoïste distingué par l’empereur. Les souverains Song lui manifestèrent plusieurs fois leur faveur. La tradition locale l’explique par une légende: lorsque l’empereur GaoZong des Song était encore prince impérial, il fut pris en otage par le royaume de « Jin » (晉). Ayant réussi à s’échapper à pied, il arrivait devant un temple de BaoSheng DaDi lorsqu’il entendit un bruit de galop; Un cheval apparut sur lequel il grimpa et s’enfuit. Une fois en sécurité, il en descendit et s’aperçut à sa grande stupéfaction qu’il s’agissait d’un cheval de terre. Une autre dynastie dont les empereurs s’intéressèrent au dieu fut celle des « Ming » (明朝). « ChunDi » (純帝) lui décerna son titre actuel d’empereur, et « RenZong » (仁宗) lui octroya la robe impériale. Il aurait obtenu ces faveurs en remerciement de l’aide apportée à « Zhu YuanZhang » (朱元璋), fondateur des Ming, lors de la bataille du « lac PoYang » (鄱陽湖) dans le « JiangXi » (江西).

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Les immigrants de QuanZhou ont apporté son culte à TaïWan, où il est devenu très populaire. Le folklore local lui prête une rivalité avec à la grande déesse « MaZu » (媽祖), dont l’anniversaire tombe le même mois que le sien. Un dicton taïwanais attribue en effet le temps changeant du troisième mois lunaire aux deux divinités se disputant la vedette: « En mars, MaZu vente et BaoSheng fait pleuvoir ». Il est d’ailleurs conseillé de ne pas mettre leurs effigies côte à côte sur un autel. Comme ils sont tous deux censés avoir vécu sous les Song, certains fidèles n’hésitent pas à imaginer entre eux une histoire d’amour ayant mal tourné pour expliquer l’hostilité actuelle.

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