Le Yosegi-Zaiku 寄木細工


Le « Yosegi-Zaiku » (寄木細工), ou simplement « Yosegi » (寄木), est un type de marqueterie traditionnelle japonaise apparue à la fin de la « période Edo » (江戸時代/1603 – 1867). La marqueterie Yosegi est communément utilisée sur les faces extérieures des boîtes à secrets japonaises, « himitsu-bako » (秘密箱), mais décore également de nombreux autres ouvrages d’artisanats, tels que des plateaux, des coffres, des cadres de photos et des boîtes à bijoux.

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Le Yosegi consiste en un complexe processus de marqueterie. Les différentes essences et couleurs de bois sont découpées et associées par collage pour former un motif. Ce premier élément est ensuite découpé en morceaux qui sont attachés puis collés ensemble. Le bloc ainsi obtenu est ensuite découpé en tranches à nouveau assemblées par collages, formant ainsi une plaque appelée « tane-ita » (種板). Cette plaque est rabotée pour obtenir de minces feuilles de bois, appelées « zuku » (指物), qui sont ensuite amincies puis passées au fer à repasser. Elles sont ensuite appliquées sur les surfaces à décorer et recouvertes d’un dernier laquage de finition.

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Le Yosegi est communément utilisé pour décorer une grande variété de produits d’artisanat en bois. L’une des utilisations les plus communes et réputée est celle des des boites à ouverture secrète. Les boites himitsu-bako disposent d’un système d’ouverture complexe, composé de pièces mobiles que les propriétaires déplacent dans un ordre précis, réalisant une combinaison qui permet l’accès à son contenu. D’autres boites disposent d’un mécanisme interne, et c’est la pression sur un bouton dissimulé dans la marqueterie qui déclenche l’ouverture. Il existe de très nombreuses formes de boites japonaise et de motifs diffèrents. Le travail de marqueterie du type yosegi est particulièrement adapté aux formes des pièces mobiles et aux mouvements qu’elles réalisent. La marqueterie « Hakone-yosegi-zaiku » (箱根町 寄木細工), typique de la région de « Hakone » (箱根町), fut créé à la fin de la période Edo par un artisan local, « Nihei Ishikawa » (石川仁兵衛/1790-1850). Le village de Hakone, situé à environ une centaine de kilomètres à l’est de « Tokyo » (東京), dans la préfecture de « Kanagawa » (神奈川県), est particulièrement réputé pour ses himitsu-bako et sa marqueterie.

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L’utilisation de la marqueterie Hakone-yosegi-zaiku pour la décoration des boites himitsu-bako est tardive, et date de « l’ère Meiji » (明治時代/1868-1912). Les premières boites à ouverture secrète, sont relativement simples et peu décorées. Au cours du XIXe siècle, les combinaisons de mouvements des pièces mobiles se complexifient. les artisans actuels qui créent les himitsu-bako ne fabriquent pas eux-mêmes les zuku de yosegi-zaiku, ils se les procurent auprès d’artisans spécialisés dans leur confection. Dans la région de Hakone, le village de « Hatajuku » (原宿) est particulièrement réputé pour cet artisanat. Le maître artisan « Yamada Kikujirō » (山田菊次郎) qui y œuvre notamment fait partie des artisans de Hakone-yosegi-zaiku les plus connus du Japon. En 1984, le Ministère japonais de l’industrie et du commerce international a promu ce type de travail du bois au label d’artisanat traditionnel national.

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BaoSheng DaDi 保生大帝


« BaoSheng DaDi » (保生大帝), « l’Empereur qui préserve la vie » est un dieu chinois guérisseur à coloration fortement taoïste révéré particulièrement sur les côtes du « FuJian » (福建) et à « TaïWan » (臺灣). On l’appelle aussi « Wu l’Être véritable » (吳真人) et « Seigneur du grand Tao » (大道公). Son culte est parti de « BaiJiao » (白礁), préfecture de « QuanZhou » (泉州), province du FuJian. Présenté comme un avatar de la divinité stellaire « ZiWei Xing » (紫微星), l’arc stellaire du ciel septentrional, il se serait une première fois incarné en « TaiBo » (泰伯), personnage mentionné dans le « ShuJing » (書經), recueil de textes historiques anciens utilisé pour l’éducation des futurs fonctionnaires. TaiBo était le fils aîné d’un « roi des Zhou » (周武王), présenté comme modèle de sagesse pour avoir cédé son trône à son frère cadet, avant de se retirer à « JinLing » (金陵), site de l’actuelle « NanKin » (南京). Il se serait ensuite réincarné à BaiJiao sous les « Song » (宋朝) en 979, le 15 du 3e mois lunaire, sous le nom de « Wu Tao » (吳本/prononciation inhabituelle de « 本 »). Ses autres prénoms sont « HuaJi » (華基) et « XueDong » (雪東). Il semble que BaoSheng DaDi soit le résultat de la divinisation d’une personne réelle morte en 1036; les familles « Wu » (吳) du FuJian prétendent en effet être originaire de JinLing et descendre de TaiBo, dont le fief était dans le pays de Wu.

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Sa biographie divine abonde bien sûr en épisodes fantastiques. Il aurait été conçu lorsque sa mère avait avalé en rêve une tortue; Au moment de sa naissance, les divinités astrales de « Vénus » (金星) et de la « Grande Ourse » (北斗) seraient apparues dans la chambre, accompagnant le dieu ZiWei Xing qui allait se réincarner. Wu Tao aurait été fonctionnaire, ensuite alchimiste, puis médecin exceptionnel, avant de devenir immortel et dieu. BaoSheng DaDi étendait ses secours médicaux aux animaux et aux créatures fantastiques. Un jour qu’il était allé en montagne à la recherche d’herbes médicinales, il rencontra un tigre qui étouffait car l’épingle à cheveux de la femme qu’il venait d’avaler lui était restée en travers de la gorge. L’animal le supplia de l’aider. Après l’avoir admonesté et convaincu de changer de vie, il le sauva. Un tigre est d’ailleurs souvent représenté dans ses temples. Une autre fois, il guérit l’œil d’un dragon.

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Que Wu Tao ait ou non réellement existé, le culte de BaoSheng DaDi a bel et bien pris son essor sous les Song grâce au soutien d’empereurs. « GaoZong des Song » (宋高宗) lui fit construire officiellement un temple dans le FuJian, et son fils, « XiaoZong » (宋孝宗), lui décerna son premier titre en 1171: « Être véritable du grand Tao » (大道真人). « Être véritable », terme qui apparait dans le « ZhuangZi » (莊子) et le « Huainan Zi » (淮南子), désigne un immortel taoïste distingué par l’empereur. Les souverains Song lui manifestèrent plusieurs fois leur faveur. La tradition locale l’explique par une légende: lorsque l’empereur GaoZong des Song était encore prince impérial, il fut pris en otage par le royaume de « Jin » (晉). Ayant réussi à s’échapper à pied, il arrivait devant un temple de BaoSheng DaDi lorsqu’il entendit un bruit de galop; Un cheval apparut sur lequel il grimpa et s’enfuit. Une fois en sécurité, il en descendit et s’aperçut à sa grande stupéfaction qu’il s’agissait d’un cheval de terre. Une autre dynastie dont les empereurs s’intéressèrent au dieu fut celle des « Ming » (明朝). « ChunDi » (純帝) lui décerna son titre actuel d’empereur, et « RenZong » (仁宗) lui octroya la robe impériale. Il aurait obtenu ces faveurs en remerciement de l’aide apportée à « Zhu YuanZhang » (朱元璋), fondateur des Ming, lors de la bataille du « lac PoYang » (鄱陽湖) dans le « JiangXi » (江西).

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Les immigrants de QuanZhou ont apporté son culte à TaïWan, où il est devenu très populaire. Le folklore local lui prête une rivalité avec à la grande déesse « MaZu » (媽祖), dont l’anniversaire tombe le même mois que le sien. Un dicton taïwanais attribue en effet le temps changeant du troisième mois lunaire aux deux divinités se disputant la vedette: « En mars, MaZu vente et BaoSheng fait pleuvoir ». Il est d’ailleurs conseillé de ne pas mettre leurs effigies côte à côte sur un autel. Comme ils sont tous deux censés avoir vécu sous les Song, certains fidèles n’hésitent pas à imaginer entre eux une histoire d’amour ayant mal tourné pour expliquer l’hostilité actuelle.

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Inugami 犬神


Dans la mythologie japonaise, un « Inugami » (犬神/littéralement « Dieu Chien ») est un type familier (« Shikigami » [式神]/esprit employé comme serviteur) qui a pour origine un chien. Ils sont plus communément porteurs de vengeance ou gardien pour le compte d’un « maître », appelé « Inugami-mochi » (犬神持ち). Extrêmement puissants, ils sont capables de posséder les êtres humains et d’exister indépendamment de leur « propriétaire ». Comme dans la plupart des cultures, le chien est vu au Japon comme un compagnon fidèle, audacieux et agile, susceptible de se montrer féroce envers les ennemis de son maître. Dans le folklore japonaise, ils sont d’ailleurs reconnus comme des créatures magiques; Une légende établit que les chiens pouvaient parler, mais en ont  perdu la faculté. Le peuple indigène « Ainu » (アイヌ) « d’Hokkaidô » (北海道) considère le chien comme un animal roublard, dangereux et pouvant présenter des particularités humaines.

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La croyance populaire veut qu’un Inugami soit créé en enterrant un chien jusqu’au cou et en plaçant de la nourriture autour de lui sans qu’il puisse l’atteindre. Cela ne prend que quelques heures au chien pour mourir, et durant ce temps, son maître lui explique que sa peine n’est rien comparée à la sienne. Lorsque le chien trépasse, il devient alors un Inugami. Mort avec le souhait de vouloir manger, les repas placés autour de son cadavre agissent comme une offrande pour calmer l’esprit et s’assurer que celui-ci deviennent obéissant. La technique de création de ces fétiches fut transmise de générations en générations dans diverses familles. Elles garderaient d’ailleurs leur Inugami caché dans les arrière-chambres de leur maison, sous leurs lits, dans les coiffeuses ou dissimulés entre les jarres d’eau. On dit qu’une famille possédait autant d’Inugamis qu’il y avait de membres en son sein, et lorsqu’une nouvelle personne la rejoignait, elle recevait également son propre esprit-gardien. Celui-ci était traité comme un membre de la famille par l’Inugami-mochi, mais s’épuisait rapidement à accomplir les taches bien trop souvent abusives de son propriétaire. Cependant, comme les chiens vivants, un Inugami peut se retourner contre un propriètaire trop dominateur en le mordant sauvagement, au point de lui ôter la vie.

Une légende plus spécifique établit qu’une vieille femme qui désire la vengeance contre son ennemi, enterre son chien de la même façon et dit : « Si tu as une âme, accomplit mon désire et je te servirai comme on sert un dieu ». Elle coupe alors sa tête avec une scie en bambou, libérant ainsi l’esprit du chien devenu Inugami. Celui-ci accomplit alors tous ses désirs, mais en retour, pour avoir subi cette mort si douloureuse, il hante la vieille femme. Sur les « îles Oki » (隠岐諸島), on prête aux Inugami la même fonction que les « Kitsune » (狐/ »renards ») dans d’autres régions du Japon. On croit qu’ils bénissent leur maître en leur accordant chance et succès dans les affaires mais,  en contrepartie, celui-ci se voit finalement fui par les gens et a beaucoup de mal à se marier; Aussi doit-il veiller à ne pas offenser l’esprit-chien sous peine de le voir se retourner contre lui, à l’inverse des renards, l’Inugami peut rompre les liens d’allégeance selon son bon vouloir.

Il est dit que beaucoup de petits villages au Japon sont connus pour avoir au moins une vieille femme ayant les pouvoirs d’un « Inugami-mochi ». Ainsi, la dépouille de l’esprit-chien reste à l’abri des regards lorsque ce dernier part pour exécuter les souhaits de son maître, se flétrissant et pourrissant doucement. Si l’Inugami rentre  après que son cadavre ne soit soit plus « habitable », il peut prendre possession du corps de son propriétaire, le rendant encore plus puissant. On dit qu’être possédé par un Inugami permet de guérir de la maladie ou que sa santé soit améliorée. Il en résultera néanmoins que l’hôte se comportera de la même façon qu’un chien.

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Les Sept Dieux du Bonheur 七福神


Les « Sept Dieux du Bonheur » (七福神) sont un groupe de divinités provenant du Japon, de l’Inde et de la Chine. Seul l’un d’entre eux  (« Ebisu » [恵比須]) est originaire du Japon et autochtones de la tradition « Shintō » (神道). Trois sont des « Deva » du panthéon hindou de l’Inde (« Benzaiten » [弁財天], « Bishamonten » [毘沙門天], « Daikokuten » [大黒天]) et trois sont des dieux des traditions taoïste-bouddhistes de Chine (« Fukurokuju » [福禄寿], « Hotei » [布袋], « Jurojin » [寿老人]). De nos jours, l’image des sept Dieux du bonheur est largement diffusée au Japon. Dans une tradition populaire, ils voyagent ensemble sur leur « navire au trésor » (宝船) et font escale dans les ports de l’archipel le jour du Nouvel an, pour distribuer des présents extraordinaires aux gens méritants. La coutume veut que les enfants placent une image de ce navire sous leur oreiller la nuit du 1er janvier, et s’ils font de beaux rêves, on pense que le bonheur et la chance leur seront garantis pour toute l’année. Chaque divinité existait indépendamment avant leur création par le Japon. L’origine du groupe n’est pas claire, bien que la plupart des chercheurs soulignent leur apparition pendant « l’ère Muromachi » (室町時代/1392-1568) et la fin du 15ème siècle. Dès le 19e siècle, la plupart des grandes villes ont développé des circuits spéciaux de pèlerinage leur étant dédiés. Ces pèlerinages restent encore actifs à l’époque contemporaine, mais beaucoup de gens utilisent maintenant leur voiture, les autobus et les trains pour se déplacer entre les sites. Les Sept membres du groupe ont varié dans le temps pour se fixer définitivement au cours de la fin du 17ème siècle. A l’origine, Benzaiten n’était pas un membre de l’ensemble. Une configuration tardive, comprenait à la fois « Kichijoten » (吉祥天) et Benzaiten , mais excluait Fukurokuju.

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Le groupe de sept s’inspire probablement « des Sept Sages de la foret de bambou » (竹林七賢) des périodes « Wei et Jin » (魏晉時間/220-420), dont les images sont très populaires en Chine,  ou d’un célèbre proverbe « Zen » (禅) du 8ème siècle, le « Sutra Ninnōgyō » (仁王経) qui dit « Shichinan Sokumetsu Shichifuku Sokushō » (七難即滅七福即生/ »anéantir les sept adversités pour que naissent les grandes fortunes »). Au 15ème siècle, les sept dieux du Bonheur gagnent en popularité, surtout chez les commerçants et les artisans urbains qui y voient un présage de bon augure, de bonne fortune et de longévité, apparaissant dans de nombreuses peintures, sculptures et imprimés. C’est le moine « Tenkai » (天海/décédé en 1643, fut nommé, à titre posthume, « Jigen Daishi » [慈眼大師]), qui créa la notion de « sept dieux du bonheur » au 17ème siècle, voulant ainsi symboliser les vertus essentielles de l’homme de son temps, que sont candeur, chance, dignité, gentillesse, magnanimité, popularité et longévité,  pour le « shogun Tokugawa Iemitsu » [徳川家光] (1623-1650).

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  • « Ebisu » (恵比須), Dieu de l’océan, de la pêche, de le bonne fortune, du travail honnête et du commerce, il incarne la candeur et l’équité. il a pour compagnon un poisson, symbolisant la chance et les félicitations. Il tient une canne à pêche dans la main droite et un éventail dans la main gauche; Il accorde la réussite aux pêcheurs, aux marins et aux gens de l’industrie alimentaire.

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  • « Daikokuten » (大黒天), Dieu des cinq céréales, de la Terre, de l’agriculture, de la cuisine et de la prospérité, il incarne la richesse. Son attribut est un maillet magique qu’il tient dans la main droite, portant parfois une hotte; Populaire parmi les agriculteurs, les entreprises agricoles et les commerçants, on le représente fréquemment avec Ebisu, qui dit être son fils;

  • « Benzaiten » (弁財天) Déesse de la musique, de la beauté, de l’éloquence, de la littérature et des arts, elle incarne l’amabilité. Ses attributs sont le « Biwa » (琵琶) et un joyau magique, ses emblèmes sont le serpent et le dragon des mers. Seule femme parmi les sept membres , elle est populaire parmi les artistes, les musiciens et des écrivains.

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  • « Hotei » (布袋) Dieu du contentement et du bonheur, il incarne la magnanimité. Son attribut est un sac en toile, toujours plein de nourriture et de trésors, qui ne se vide jamais; Il est prétendument le seul membre des sept à être basé sur un personnage ayant réellement existé et est connu sous le nom de « Bouddha rieur »; On dit que frotter son ventre peut porter chance; Il est une émanation du « bodhisattva Maitreya » (彌勒菩薩), populaire parmi les barmans et toutes les catégories de personnes du milieu de la restauration.

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  • « Fukurokuju » (福禄寿), patron des horlogers et des athlètes, il est le Dieu de la richesse, du bonheur, de la longévité, et de la fertilité, incarnant la popularité. Ses attributs sont la canne et un sutra contenant toute la sagesse du monde. La grue, le cerf et la tortue sont ses emblèmes, symboles de la longévité; On dit qu’il habite le même corps que Jurojin (tous deux étant des manifestations de la même divinité) et a le pouvoir de ressusciter les morts.

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  • « Jurojin » (寿老人), Dieu de la sagesse et de longévité, avec sa longue barbe blanche et son sutra attaché à sa canne, est une manifestation de Fukurokuju avec lequel il partage le même corps. La tortue, le cerf et la grue sont également ses emblèmes, ceux de la longévité, dont il dit posséder les secrets; Il porte parfois une gourde contenant du « Saké » (酒) dont il raffole. Il est populaire parmi les enseignants, les professeurs, et les scientifiques.

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  • Portant une armure antique, « Bishamonten » (毘沙門天), aussi connu en tant que « Tamonten » (多聞天), est le Dieu des trésors et des richesses, défenseur de la nation contre les influences néfastes et guérisseur des maladies incurables, il incarne la dignité. Ses attributs sont la lance,  la pagode et le scolopendre est son messager; Il est populaire parmi les soldats, les médecins et dans certains monastères bouddhistes.

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Namazu 鯰


Selon le mythe japonais, la cause des tremblements de terre proviendrait du poisson-chat géant « Namazu » (鯰) vivant dans la vase des profondeurs de la terre, et sur l’échine duquel repose l’ile du Japon. Namazu appartient au genre « yokai » (妖怪), créatures de la mythologie et du folklore japonais associées aux catastrophes. En déplaçant sa queue, il peut secouer la terre entière et, malheureusement, aime à causer des troubles et des ravages. Namazu ne peut être contrôlé que par le dieu « Kashima » (鹿島神/également appelé « Takemikazuchi » [建御雷]) , à l’aide de « kaname-ishi » (要石/ »clé de voûte »), pierre magique capable d’immobiliser la tête du poisson au sol. Cependant le dieu est parfois fatigué ou distrait de son devoir, provoquant ainsi de nouveaux tremblements de terre lorsque Namazu frétille.

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Pendant la période « Tokugawa » (徳川幕府/1603-1868) le poisson-chat géant était déjà considéré comme une divinité des rivières et associé aux catastrophes naturelles liées à l’eau, tels que les inondations ou les fortes pluies. Hormis Namazu, les tremblements de terre furent expliqués par les mouvements d’autres divinités ou de créatures qui soutiennent le Japon et ses îles principales, incluant des « Kami » (神), des géants, un bœuf, des « dragons » (竜) ou des serpents.

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Le dragon était un symbole très ancien importé de Chine et était, dans les temps anciens, le principal coupable des tremblements de terre. Mais au cours du XVIIIème siècle, le géant Namazu remplaça progressivement ce dernier dans l’imagination populaire. Ce changement était mineur du fait que les dragons était également associés à l’eau et aux rivières, restant donc étroitement liés au poisson-chat. Au XIVème siècle, le peuple interpréta le « tremblement de terre d’Edo » d’Octobre (安政江戸地震) 1855, comme un châtiment lié à la cupidité humaine et on crut que Namazu avait infligé ces ravages pour forcer le peuple à redistribuer ses richesses, aussi, dans ce rôle, on lui donna le nom de « Dieu de la rectification du monde ». Les images classiques de Namazu (plus de 300 sont aujourd’hui connues) étaient principalement une réponse au tremblement de terre d’Edo pour tenter de décrire également les « aspects positifs » (de redistribution de la richesse) de cette catastrophe. Il existe différentes versions du mythe avec de légères modifications, où Kashima n’utilise pas un rocher, mais une épée, pour immobiliser Namazu au sol.

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Akajita 赤舌


« L’Akajita » (赤舌) est un « yôkai » (妖怪) qui apparaît pendant la canicule, lorsque quelqu’un détourne l’eau des rizières voisines pour irriguer celles de son village. Quand il apparaît, la sécheresse devient encore plus sévère, dit-on. Jadis, dans la région de « Tsugaru » (つがる市), la saison du repiquage du riz était arrivée mais la pluie, elle, ne venait pas. Les diverses cérémonies destinées aux « kami » (神), dieux tutélaires des lieux, restaient infructueuses et le ciel n’offrait aucune goutte. Pour alimenter leurs rizières, les paysans de l’aval demandèrent au village de l’amont de partager leur eau et d’ouvrir leur écluse, mais ces derniers refusèrent.

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Alors, un paysan d’en bas essaya d’ouvrir l’écluse. Malheureusement, il fut surpris par des villageois d’en haut qui le rouèrent de coups tant et si bien qu’il en mourut. Depuis ce jour, les paysans d’en haut engagèrent des samouraïs errants, des « rônin » (浪人), pour surveiller leur écluse. Quant aux habitants du village d’en bas, ils étaient accablés et ne pouvaient plus compter que sur des prières et des offrandes pour que la pluie vienne. Or, un beau jour, tous virent l’eau se mettre à couler abondamment dans les rizières du village d’en bas. Qui avait ouvert l’écluse du village d’en haut? Les villageois eurent beau la fermer, ils la trouvaient chaque matin à nouveau ouverte. Le responsable n’était autre « qu’Akajita » (赤舌/litérallement « langue rouge »), incarnation vengeresse du paysan injustement chatié. Proche du « kappa » (河童/yokai des rivières), il s’apparente à un nuage noir menaçant, de par lequel on devine une bête terrifiante au visage rouge et aux griffes acérées. L’illustration ci-dessus est une peinture de « Toriyama Sekien » (鳥山石燕), peintre de yôkai de « l’époque Edo » (江戸時代).

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L’archer HouYi 后羿


« Yi » (羿), « HouYi » (后羿), « YiYi » (夷羿) ou « PingYi » (平羿) est un personnage mythique de l’antiquité chinoise, remarquable archer, considéré comme le mari de « Chang’E » (嫦娥), déesse de la lune. Il est connu par de brefs passages de textes datant des « Royaumes combattants » (戰國) aux « Han » (漢朝), comme le « ShanHaiJing » (山海經), le « HuaiNanZi » (淮南子) et le « MengZi » (孟子). La légende de HouYi (son appellation la plus fréquente en Chine) s’est développée à partir de ces sources, avec de multiples variantes dans les détails au gré de l’imagination ou des intentions du narrateur.

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Selon un passage du ShanHaiJing repris dans le HuaiNanZi, « Yao » (堯/souverain mythique de l’antiquité chinoise) fit appel à lui pour abattre les neuf soleils surnuméraires apparus durant son règne. Le succès de Yi permit à Yao de devenir empereur. Un autre passage du HuaiNanZi lui fait rencontrer « XiWangMu » (西王母/ »Reine-mère d’Occident ») lors d’une expédition de chasse. Elle lui remet des herbes d’immortalité. Sa femme Chang’E les consomme et s’envole vers la lune dont elle devient la déesse. Dans des sources d’esprit plus historique comme le MengZi, il est présenté comme un « DongYi (東夷), terme général désignant les ethnies non-« HuaXia » (華夏/terme désignant la population d’origine « Han » []) de l’Est, archer d’élite. Son clan (ou territoire) est « YouQiong » (有窮). Vassal de « TaiKang » (太康/troisième roi de la « dynastie Xia » [夏朝]), petit-fils indigne de « Yu le Grand » (大禹), il l’exile et le remplace par son frère « ZhongKang » (仲康) tout en assurant la régence. Lui aussi fait des mécontents car il consacre plus de temps à la chasse qu’aux affaires publiques. Il est tué par « Han Zhuo » (寒浞), lors d’une expédition de chasse. Les historiens chinois modernes estiment que Yi est la personnification d’une ethnie connue pour son talent à l’arc.

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Il en existe dans les détails d’innombrables versions, qui en général rassemblent l’anecdote des soleils, l‘obtention des herbes d’immortalité et l’envol de Chang’E vers la lune. Yi se fait une réputation en sauvant la terre de la sécheresse et des incendies en abattant les neuf soleils excédentaires. Ce n’est pas toujours Yao qui l’en charge, mais parfois la population, ou Yi lui-même qui se porte volontaire. Par la suite, marié à Chang’E, il entre en possession d’herbes ou d’un élixir d’immortalité. La rencontre de Yi et de sa femme, qui n’est pas racontée dans les sources les plus anciennes, est entièrement abandonnée à l’imagination du narrateur. C’est le plus souvent, comme dans le HuaiNanZi, la déesse XiWangMu qui remet à Yi les herbes magiques, mais dans les versions de la République populaire de Chine datant d’avant les années 1980, où Yi et Chang’E forment un couple modèle de proto-prolétaires vivant de la chasse et du travail manuel, il s’agit en général d’un ermite herboriste. La consommation imprévue des herbes d’immortalité par Chang’E sépare à la fin les époux, car leur effet la fait s’élever dans les airs jusque sur la lune où elle réside éternellement. Parfois la responsabilité lui en incombe, elle fait preuve d’impatience et d’avidité en absorbant immédiatement la totalité d’un élixir dont une moitié appartient à son mari, qui le garde pour leurs vieux jours. Parfois la responsabilité repose sur Yi. On raconte alors qu’il fut promu empereur après son succès contre les soleils, mais devint tyrannique. C’est lui qui veut absorber les herbes pour accroître son pouvoir et Chang’E les avale pour l’en empêcher. Une tradition folklorique moins fréquente basée sur un passage du MengZi en fait un personnage violent ou démoniaque tué par « PengMeng » (逢蒙), autre archer d’élite parfois présenté comme son disciple. Cette tradition, qui voit en lui un ancien chef des démons remplacé ultérieurement par Zhongkui (鐘馗/Dieu chasseur de démons), est expliquée par certains folkloristes chinois par l’assimilation des pratiques religieuses des minorités non-Han, dont Yi serait un représentant, à de la sorcellerie.

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La ressemblance de l’archer Yi et du héros grec Héraclès a été remarquée depuis longtemps. Ils sont tous les deux des héros solitaires et tueurs de monstres. Comme Héraclès, Yi a exécuté un certain nombre de « travaux ». Comme Yi, Héraclès était un archer. Ne voulant pas descendre sous terre après sa mort, Yi se rendit chez la Reine-Mère d’Occident et obtint d’elle des pilules d’immortalité, mais son épouse Chang’E les lui vola. De même, Héraclès parvint à dérober les pommes d’immortalité, qui étaient la propriété de la déesse Héra, mais il les rendit sur l’injonction d’Athéna. Ces deux héros, qui auraient pu éviter la mort, eurent une fin tragique. D’après certains textes chinois, Yi fut assassiné par son épouse « FuFei », qui serait donc équivalente à Chang’E, et par Han Zhuo (cité ci-dessus), l’amant de celle-ci. De même, Héraclès fut tué par son épouse Déjanire et le Centaure « Nessos », qui avait essayé de la violer. L’immortalité était un concept essentiel de la religion des Grecs et des Tokhariens. Chez Homère, les termes « immortel » et « dieu » sont synonymes. De même, la désignation tokharienne des dieux, « ñäkte », signifiait probablement « immortel ». Il importe aussi de remarquer que les « travaux » de Yi sont apparentés à la lutte de « HuangDi » (皇帝/Empereur fondateur de la dynastie « Qin » [秦朝]) contre « ChiYou » (蚩尤/Dieu mythique de la guerre). Ainsi, Yi a tué le « Grand Serpent avaleur d’astres » (巴蛇), tandis que HuangDi a vaincu ChiYou, qui essayait d’empêcher le soleil de monter au ciel. Il en est ainsi parce que Yi est devenu roi lors d’une expédition dans le bassin du Tarim et que HuangDi était la version divine du roi. Ce même parallélisme existe dans la mythologie grecque: de même que le dieu « Apollon » a tué le serpent Python près d’une source, le « roi Cadmos » a tué un serpent qui gardait une source sur le site de « Thèbes ». Apollon était souvent qualifié de « souverain », ce qui n’était jamais le cas de son père « Zeus ».

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